European Bulletin of Himalayan Research : une revue européenne tournée vers la science ouverte

10 avril 2026

European Bulletin of Himalayan Research (EBHR) est une des rares revues scientifiques couvrant la recherche en sciences humaines et sociales à l’échelle de l’Himalaya. Depuis sa fondation en 1991, elle a été publiée par un collectif de chercheurs et chercheuses européens et coordonnée alternativement depuis Heidelberg, Paris et Londres. 

En France, l’expression « Haute Asie » a longtemps regroupé les régions himalayennes avec le Tibet, le Turkestan, ainsi que la Mongolie. L’Himalaya devient objet d’étude au xixe siècle, dans le contexte colonial de l’Asie du Sud, lorsqu’un nombre croissant de fonctionnaires coloniaux, explorateurs ou érudits européens parcourent sa partie indienne et publient leurs découvertes dans les revues savantes orientalistes ou géographiques. Cependant, dans les années 1950, les découpages en aires régionales issus du contexte de la guerre froide, et une fermeture des zones frontalières aux enquêtes de terrain côté indien comme côté chinois, n’offraient encore aux études himalayennes qu’une position marginale. Elles connurent pourtant au même moment un développement notoire avec l’ouverture du Népal et l’arrivée de chercheurs allemands, américains, français, britanniques et japonais. Cette époque marque la phase fondatrice des études himalayennes et le début d’une réflexion renouvelée concernant l’appréhension de cette région dans sa diversité.

Dans ce contexte d’effervescence, une première revue, Kailash: A Journal of Himalayan Studies, est fondée en 1973 au Népal par un collectif de chercheurs internationaux. Devenue une référence, elle reste cependant difficile à se procurer et de publication irrégulière. Peu après, l’Association for Nepal and Himalayan Studies lance aux États-Unis, en 1980, le Himalayan Research Bulletin (HRB) qui ne devint une revue scientifique que vingt ans plus tard, sous le nom de HIMALAYA: The Journal of the Association for Nepal and Himalayan Studies

À Arc-et-Senans en 1990, une conférence franco-allemande co-financée par le CNRS et la Fondation allemande pour la recherche (DFG) et pilotée par l’unité propre de recherche Milieux, sociétés et cultures en Himalaya, réunit la plupart des spécialistes européens de cette aire culturelle, relevant d’un large spectre des sciences humaines et sociales ainsi que des sciences de la terre. Les actes ont été publiés aux Éditions du CNRS. Lors de la séance de conclusion surgit l’idée de créer un bulletin au service de la communauté des chercheurs et chercheuses spécialistes de l’Himalaya. Les représentants du Südasien-Institut à Heidelberg prennent en main la publication de European Bulletin of Himalayan Research pour une période d’essai. Les trois premiers numéros sont envoyés gratuitement à un cercle de 133 chercheurs et chercheuses dans dix-sept pays, et distribués dans diverses institutions au Népal et en Inde. Attirant l’attention en dehors même du public universitaire européen, à partir du numéro 5 paru en 1993, les abonnements des bibliothèques et des particuliers sont suffisamment nombreux pour permettre un auto-financement.

En 1994, le principal animateur du Bulletin, Richard Burghart, disparaît prématurément. EBHR élargit son équipe de rédaction et amorce la mise en place d’un système de rotation de la responsabilité éditoriale selon une périodicité allant de deux à cinq ans, tout d’abord avec la School of Oriental and African Studies de Londres puis, à partir de 1996, avec le laboratoire Milieux, sociétés et cultures en Himalaya du CNRS.

Dans leur apparence, les contenus des dix premiers numéros revêtaient la forme d’un « bulletin » stricto sensu, avec des informations sur les recherches en cours, des articles de recension, des notes sur l’actualité politique, des annonces de conférences à venir et de financements… À partir du numéro 11, paru en 1996, EBHR devient un journal scientifique à part entière publiant essentiellement des articles de recherche produits par des chercheurs et chercheuses confirmés.

Transition numérique

Dans les années qui suivent, les volumes de varia alternent avec des numéros thématiques. La revue continue à être imprimée grâce aux abonnements des particuliers comme des bibliothèques, avec une diffusion importante au Népal et en Inde où elle est commercialisée en librairie. Avant les années 2000, le coût de l’impression dans les institutions académiques européennes reste abordable et le Bulletin bénéficie en outre, que ce soit en France au Royaume-Uni ou en Allemagne, des moyens humains assurant le secrétariat et la mise en pages. Ces conditions favorables disparaissant, les éditeurs se tournent alors vers une institution académique indépendante népalaise, le Social Science Baha qui, à partir de 2003, assure la prestation de mise en pages et d’impression de EBHR. 

Lorsque la responsabilité éditoriale de la revue revient pour la troisième fois au CNRS, entre les mains des chercheurs français du Centre d’études himalayennes (CEH) en 2019, la nécessité d’une transition numérique est devenue plus pressante que jamais et elle est décidée en concertation avec les deux autres institutions fondatrices. L’intérêt pour l’accès libre n’est pas nouveau et, dès 2005, un premier dépôt des fichiers numérisés des numéros passés de EBHR (nos 1 à 22) est réalisé sur Digital Himalaya, un site d’archive de matériaux ethnographiques créé par Alan Macfarlane et Mark Turin à Cambridge1. Cette politique de dépôt systématique, qui permet un accès libre en ligne au contenu de la revue, est poursuivie jusqu’en 2020, grâce au soutien actif de Mark Turin, avec une barrière mobile variant de six mois à un an.

En 2021, EBHR opère sa transition numérique pour une diffusion en accès ouvert immédiat et complet conforme au modèle diamant, publiée dans un premier temps sur la pépinière de revues Preo déployée au sein de la Maison des Sciences sociales et Humanités de Dijon (MSH Dijon, UAR3516, CNRS / Université Bourgogne-Europe). La revue adopte alors une licence creative common CC-BY et contractualise avec les auteurs la diffusion des contenus via une cession non exclusive. Deux ans plus tard, la revue accède à la plateforme OpenEditionJournals. Cette transition d’une revue papier à une revue en ligne est accomplie grâce au soutien de CNRS Sciences humaines & sociales et à l’important travail d’accompagnement du pôle Édition/publication ouverte de la MSH Dijon. Ce dernier poursuit son engagement dans le suivi de la production des numéros ainsi que dans la mise en œuvre de l’archivage de l’intégralité des numéros publiés depuis trente ans sur la plateforme Persée, ce qui permettra au lectorat de retrouver l’ensemble des numéros publiés depuis le début de la création de la revue. 

Le nouveau format numérique favorise une large diffusion des articles, notamment au travers des ressources numériques et des outils d’indexation et de référencement. La revue est désormais référencée dans le Directory of Open Access Journals (DOAJ), ainsi que dans le Diamond Discovery Hub (DDH). Sa politique de publication est visible dans Open Policy Finder et se répercute dans l’archive ouverte HAL, ce qui favorise le dépôt d’articles par les auteurs et l’alimentation des rapports RIBAC, conformément aux recommandations du CNRS. Enfin, EBHR dispose également d’une page Wikipédia et toutes les informations sur la revue sont mises à jour dans la base Mir@bel ce qui facilite la propagation des données. Depuis 2025, EBHR fait partie du bouquet de revues des Éditions de l’École de hautes études en sciences sociales (EHESS).

Si une partie du lectorat de la revue bénéficiait de la diffusion papier faute d’un accès ou d’une familiarisation à internet dans certains pays, la plupart des lecteurs de la version en ligne restent originaires d’Inde, du Népal, des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni, comme l’attestent les statistiques de consultation du site de la revue. En moyenne sur les dernières années, la fréquentation mensuelle varie de 3 000 à 4 000 visites, et le nombre de téléchargements mensuels ne cesse d’augmenter. La mise en ligne de EBHR a donc permis une véritable extension de son lectorat, ce qui s’est aussi traduit par un flux croissant de propositions spontanées d’articles et de comptes rendus. La renommée de EBHR, déjà bien établie, n’a fait que se renforcer, confirmant ainsi son statut incontournable dans le champ des études himalayennes.

Tristan Bruslé et Stéphane Gros, Centre d’études sud asiatiques et himalayennes (CESAH, UMR8077, CNRS / EHESS) ; Philippe Ramirez, Institut de recherches asiatiques (IrAsia, UMR7306, CNRS / AMU)

EBHR

 

Notes :

  1. À ce sujet, voir : Shneiderman S., Turin M., and the Digital Himalaya Project Team, An Ethnographic Archive in the Digital Age, EBHR 20–21: 136–141.