Karen De ClercqMorphologie et syntaxe du langage
Karen De Clercq est linguiste, rattachée depuis 2020 au Laboratoire de linguistique formelle (LLF, CNRS / Université Paris Cité). Grâce à une approche novatrice basée sur l’étude d’unités fondamentales de langage, elle met en évidence avec son équipe certains éléments communs à une large majorité de langues dans le monde. Les résultats, en cours de compilation, obtenus au sein d’un large échantillon de 179 langues dans le cadre du projet ANR Sentential Negation Across the Globe(SNAG, 2022-2026), se concentrent notamment autour de l’étude de la négation, en interaction avec d’autres éléments de la phrase.
Karen De Clercq rejoint le CNRS en 2020 comme chargée de recherche au Laboratoire de linguistique formelle. À l’intersection entre typologie et nanosyntaxe, elle étudie les universaux du langage et la variation linguistique. Sa démarche est double, à la fois théorique et empirique.
Karen De Clercq s’appuie pour cela sur un cadre théorique novateur, la nanosyntaxe, avec pour points de départs des unités fondamentales de langage encore inférieures aux morphèmes, les « traits », en quelque sorte les atomes de la structure syntaxique.
Ses questionnements portent par exemple sur les affinités entre la négation simple (ne voir personne) et les expressions négatives sans morphème négatif (sans voir personne), ou encore la comparaison d’expressions morphologique et syntaxique (« impossible »/ « pas possible »).
Les travaux les plus récents de Karen de Clercq portent sur la variation de la négation syntaxique à travers les langues. Ils sont menés dans le cadre du projet ANR Sentential Negation Across the Globe (SNAG, 2022-2026) et s’intéressent notamment à l’interaction entre la négation et les catégories de temps, d’aspect et de mode/modalité (TAM). « Nous avons montré qu’environ 75 % des langues du monde possèdent au moins un marqueur de négation spécialisé, qui apparaît uniquement dans certains contextes liés au TAM, par exemple à l’impératif. Certaines langues peuvent présenter jusqu’à neuf formes de négation différentes. »
Sa méthode : s’intéresser d’abord aux grammaires, avant d’interroger des personnes natives. « Nous avons commencé par un large échantillon représentatif de 179 langues — sur 7 000 répertoriées dans le monde —, avant de nous pencher sur des idiomes spécifiques et rares, comme les langues pahmir du Tadjikistan ou les langues bambara et bengali. Le principal enseignement, c’est que les marqueurs de négation ne font rarement “que” nier : ils s’accompagnent le plus souvent d’autres propriétés, liées au temps, à l’aspect ou à la modalité. C’est sur la combinaison de ces différents éléments que je souhaite concentrer mes travaux, à l’avenir. »