© Frédéric Albert

Angélique AmelotPercer les secrets de la phonétique

Médaille de cristal du CNRS

Angélique Amelot est ingénieure de recherche au sein du Laboratoire de phonétique et phonologie (CNRS / Université Sorbonne Nouvelle). Elle a mis au point un dispositif unique, permettant d’enregistrer simultanément les pressions et débits d’air qui passent par la bouche et par le nez, tout en préservant la qualité acoustique du signal audio. Ce dispositif constitue un véritable atout pour la recherche en phonétique, car l’aérodynamique de la parole y occupe une place centrale : elle permet d’accéder directement aux mécanismes physiologiques qui régissent la production des sons, notamment au niveau de la glotte et des voies respiratoires supérieures. Ce dispositif, appelé AeroMask, est aujourd’hui mobilisé dans un grand nombre d’études et d’expérimentations scientifiques. Il sert non seulement à explorer les spécificités du langage, mais aussi à étudier les modifications de la production du son suite à certaines interventions médicales. 

« Comment les différentes langues peuvent-elles produire une aussi grande variété de sons, alors que tout le monde possède un conduit vocal relativement similaire ? C’est l’une des grandes énigmes que nous tentons de résoudre grâce aux recherches menées en phonétique et en phonologie ».

Après un premier passage au sein du Laboratoire de phonétique et phonologie à l’occasion de sa thèse, soutenue en 2004, Angélique Amelot réintègre le laboratoire en 2011. Elle y travaille depuis en tant qu’ingénieure de recherche : « Je suis chargée d’aider les chercheurs, chercheuses et les étudiants du laboratoire dans le travail d’analyse des données, mais je mène aussi une activité de recherche afin d’explorer le lien entre les mécanismes physiologiques et la production de la parole. Il s’agit notamment d’étudier quelles sont les implications aérodynamiques dans l’acte de parole ».

L’ingénieure a développé plusieurs dispositifs qui sont aujourd’hui régulièrement utilisés dans la recherche en phonétique. Parmi eux, on trouve l’AeroMask, un dispositif qui permet d’enregistrer le flux d’air passant par la bouche et par le nez, sans altérer le son de la voix. « Les mesures aérodynamiques sont habituellement réalisées grâce à des masques très rigides, qui perturbent la production du son. L’idée derrière l’AeroMask était d’imaginer un outil qui permettrait de comparer les sorties aérodynamiques et acoustiques en même temps », explique Angélique Amelot.

« C’est grâce à l’élan donné par Shinji Maeda, ancien directeur de recherche CNRS à l’école nationale supérieure des Télécommunications de Paris, que l’AeroMask a pu voir le jour en 2019 ».

Pour mettre au point cet appareil, l’ingénieure a dû surmonter de nombreux défis techniques : « j’ai beaucoup travaillé sur la séparation entre le nez et la bouche : il fallait que ce soit suffisamment souple, mais aussi bien étanche afin de pouvoir identifier la différence entre le flux d’air qui passe par le nez et celui qui passe par la bouche. Puis dans un deuxième temps, il a fallu mettre au point un logiciel d’acquisition des données qui soit simple à utiliser ».

Résultat : l’AeroMask est aujourd’hui un système complet, que les scientifiques peuvent emporter facilement pour mener des expériences sur le terrain. « Plusieurs doctorants de notre laboratoire y ont recours dans le cadre de leurs travaux. L’une d’entre eux l’utilise notamment afin de comprendre comment les locuteurs chinois font pour apprendre les voyelles nasales du français. Il y a aussi un chercheur qui l’utilise actuellement pour faire des enregistrements de la langue Zulu en Afrique du Sud », précise Angélique Amelot.

Pour elle, cette médaille de cristal est avant tout « une reconnaissance de l’ensemble du travail mené par les équipes du Laboratoire de phonétique et phonologie ».