Maria GurradoRévéler les secrets de l’écriture

Médaille de cristal du CNRS

Maria Gurrado est ingénieure de recherche à l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT, CNRS). Spécialiste de l’étude des écritures anciennes, elle est à l’initiative du projet d’innovation technologique IDEM (Identification du ductus de l’écriture médiévale), qui a permis de mettre au point en 2025 un numériseur gestuel non invasif et transportable capable de restituer la dynamique du geste graphique en trois dimensions. Ce dispositif permettra de mieux comprendre les mouvements complexes qui sont à l’origine du geste d’écriture, et de participer à la sauvegarde des métiers d’arts à motricité fine. L’enregistrement des gestes du maitre calligraphe et artiste irakien Ghani Alani, réalisé grâce à ce numériseur, a fait l’objet d’une exposition à l’Institut du monde arable en décembre 2025. Les travaux pionniers menés par Maria Gurrado dans le cadre du projet IDEM sont récompensés par la médaille de cristal du CNRS 2026.

Docteure en histoire et archiviste paléographe, Maria Gurrado est fascinée par l’écriture depuis son plus jeune âge : « je suis passionnée par cet acte mécanique, par le processus cognitif sous-jacent mais aussi par l’encre, tout simplement. Cela me pousse à explorer ce sujet à 360 degrés, littéralement ». Cette paléographe étudie l’évolution morphologique des écritures latines médiévales. Cela permet notamment de pouvoir situer les textes dans le temps, précise Maria Gurrado : « à l’image des historiens de l’art qui reconnaissent un style, je peux identifier le type d’écriture afin de proposer une datation ».  

« Il y a une partie aérienne dans le geste d’écriture. C’est cette partie-là, aujourd’hui encore secrète, que nous cherchons à dévoiler ».

Avec son frère Giuseppe Gurrado, designer et directeur artistique, elle contacte en 2016 les chercheurs Matthieu Exbrayat et Sylvie Treuillet, du Laboratoire d’informatique fondamentale d’Orléans (LIFO) et du laboratoire Prisme (Université d’Orléans), spécialistes en vision par ordinateur, informatique et apprentissage machine, afin d’initier un projet permettant de visualiser et de modéliser le geste d’écriture. Cependant, il faut attendre  quelques années, et l’accompagnement du service partenariat et valorisation du CNRS , pour que le projet accélère véritablement : « les collègues du CNRS nous ont particulièrement bien accompagnés dans la structuration du projet, et nous avons pu bénéficier d’un programme de prématuration financé par CNRS innovation », se remémore Maria Gurrado.

« Nous ne prétendons pas parvenir à faire des reconstitutions historiques fidèles. Il s’agit plutôt de faire émerger des hypothèses qui serviront de base pour les futures recherches paléographiques ».

En 2025, le numériseur tant attendu est enfin opérationnel : « nous réalisons une captation vidéo à partir de laquelle nous parvenons à extraire la trajectoire de l’instrument qui sert à l’écriture. Le but est d’analyser ce que nous appelons en paléographie le ductus, c’est-à-dire la technique de construction de la lettre », précise-t-elle. L’instrument pourrait également servir à d’autres types d’études et d’analyses des gestes à motricité fine : « le fait que nous n’ayons recours à aucun capteur élargit le champ des possibles. Pour l’instant, nous sommes encore très loin d’avoir testé toutes les applications permises par cet outil », observe Maria Gurrado.

« Je suis très fière de recevoir la médaille de cristal cette année, mais ce projet est avant tout un travail d’équipe où chaque personne apporte sa compétence spécifique », conclut la paléographe.