PEPR VDBI : le défi de l’acculturation mutuelle entre recherche et collectivités territoriales
#PROGRAMMES NATIONAUX
Le PEPR Ville durable et bâtiments innovants (VDBI) tient chaque année ses Journées Scientifiques. Cet événement constitue un temps fort permettant de mobiliser non seulement les participants directs au programme (chercheurs, chercheuses et ingénieures des projets financés, équipes des centres opérationnels, etc.), mais aussi les acteurs de l’urbain intéressés par les sujets traités au sein de VDBI.
L’édition 2025 — qui s’est déroulée du 3 au 5 novembre 2025 a fait une large place à la mise en valeur de la recherche tirée par l’aval1 et à la collaboration entre la recherche scientifique et les acteurs publics. Trois tables rondes se sont ainsi déroulées — préparées et animées par Laurent Meyer (responsable des évènements culturels et scientifiques à l’université Gustave Eiffel) sous forme de « regards croisés » entre les projets déjà financés dans le cadre du PEPR VDBI et les collectivités partenaires. La restitution et l’analyse de ces tables rondes ont donné lieu à une publication détaillée disponible sur HAL. Une analyse lexicométrique a également été réalisée. Même si cet exercice de restitution présente des limites — en présentant les réflexions des porteurs et partenaires des huit projets de recherche financés dans le cadre du premier appel à projets du PEPR VDBI —, les similitudes exprimées par les intervenants laissent à penser que des pistes de réflexion peuvent en émerger.
Comprendre les logiques de chacun
Un des principaux enseignements des tables rondes est la nécessité d’une acculturation mutuelle entre chercheurs et acteurs territoriaux. Les services des collectivités répondent à des enjeux techniques et politiques, tandis que les chercheurs et chercheuses visent des objectifs scientifiques. Pour que ces deux mondes se rencontrent et s’enrichissent, un temps long de connaissance réciproque est indispensable.
Les projets les plus aboutis s’appuient souvent sur une histoire de collaboration de plusieurs années, voire décennies, qui permet d’établir une relation de confiance. Cette confiance repose non seulement sur la rigueur scientifique, la qualité des résultats, mais aussi sur la participation commune à des projets locaux. La transversalité et l’implication de tous les services (aménagement, transition, mobilités…) sont essentielles pour une appropriation collective des enjeux.
Construire un langage commun
La constitution d’un vocabulaire partagé est un élément facilitateur majeur. Il s’agit de s’accorder sur le sens des mots et sur leur traduction concrète sur le terrain. Les chercheurs et chercheuses doivent aussi appréhender le langage et l’organisation des collectivités pour comprendre comment un territoire fonctionne. Des journées de co-construction, des événements de restitution et la présence de « personnes frontières » (chercheurs ou agents connaissant les deux « mondes ») sont des leviers pour harmoniser les méthodes et les attentes.

Capitaliser et tendre vers la réplicabilité
Un des défis majeurs est de capitaliser les connaissances produites pour qu’elles puissent être réutilisées et adaptées à d’autres territoires. Chaque collectivité a sa propre structure et ses spécificités, mais la mémoire des projets et des méthodes employées permet de faciliter la réplicabilité des solutions.
Freins et leviers à la collaboration
Les collectivités territoriales sont composées à la fois de services administratifs et de la sphère politique : les interactions et le travail ne sont pas les mêmes avec ces deux composantes. Les enjeux et les échelles de temps ne sont pas les mêmes et les chercheurs et chercheuses — comme les praticiennes — doivent composer avec cette contrainte.
Plusieurs obstacles peuvent entraver la collaboration entre chercheurs et collectivités, au premier rang desquels la diversité des organisations territoriales. Chaque collectivité a sa propre structure, ses compétences et ses logiques. Par ailleurs, les temps politiques et le temps de la recherche sont différents : les élections, les évolutions politiques et les phasages des projets d’aménagement peuvent perturber la continuité des projets. Enfin, la complexité des enjeux et des interlocuteurs peut constituer un frein à la collaboration : la végétalisation urbaine, la santé environnementale ou la transition écologique impliquent de multiples acteurs et disciplines.
Pour surmonter ces freins, plusieurs leviers ont été identifiés : l’identification de « personnes frontières », des interlocuteurs (chercheurs et chercheuses, agents, associatifs) qui font le lien entre recherche et territoire, ou encore l’organisation d’événements de restitution auprès des habitants et des services pour favoriser une confiance mutuelle. Enfin, la constitution de réseaux, qui sont autant d’espaces d’échanges durables entre acteurs, facilitent les partenariats.
Enseignements et pistes de réflexion de ces « regards croisés »
Pour les collectivités, il s’agira de s’appuyer sur la recherche pour observer, évaluer et reproduire les projets pilotes, favoriser la transversalité entre services et disciplines et — dans la mesure du possible — associer les citoyennes. Pour les chercheurs et chercheuses, il s’agira d’adapter les formats de restitution (carnets de synthèse, notes d’aide à la décision, modélisations spatialisées), d’accepter une part de réactivité et flexibilité face aux demandes imprévues et de travailler sur le long terme en articulant recherche exploratoire et besoins opérationnels.
Pour les chercheurs et chercheuse comme pour les collectivités territoriales, on constate l’importance de créer des objets passerelles (langage commun, échelles temporelles/spatiales partagées) et de valoriser les résultats via des canaux adaptés (carnets, ateliers, retours d’expérience).
La collaboration entre recherche et collectivités est un processus d’apprentissage mutuel, riche mais long et exigeant. Les exemples présentés lors des Journées Scientifiques 2025 montrent que, malgré les freins, des méthodes et outils existent pour réussir. Les collectivités qui s’engagent dans cette voie gagnent en résilience, en innovation et en légitimité auprès de leurs habitants. Par son approche intégrée, le PEPR VDBI s’inscrit dans une nouvelle manière de « faire ville » et de « faire recherche », au service d’une urbanisation durable et inclusive.
Solène André, responsable éditorialisation CNRS, PEPR VDBI ; Diego Vinasco-Alvarez, responsable veille CNRS, PEPR VDBI.
Appel à projets interdisciplinaires et trios de thèses
Le PEPR Ville durable et Bâtiments innovants (VDBI) a lancé en novembre 2025 un second appel à projets intitulé PITT pour Projets interdisciplinaires et Trios de Thèses, débats et controverses. À l’issue de la période de candidature, ce sont quarante-deux dossiers qui ont été déposés : 26 trios de thèses et 16 projets interdisciplinaires.
Après les évaluations par les instances scientifiques du PEPR VDBI, 14 projets sont retenus, pour un montant total de l’appel à projet de 8 M€.
Les projets lauréats — 6 projets interdisciplinaires et 8 trios de thèses — couvrent des thématiques clés telles que : le bâti et les matériaux dans une approche de confort thermique et de rénovation, les nouvelles infrastructures, la planification urbaine et les mobilités sous l’angle de la sobriété énergétique, la pollution, la santé et la qualité de vie…
Les sujets de l’économie circulaire et des risques naturels entrent également dans le périmètre du PEPR VDBI et, pour la première fois, des territoires ultra-marins (terrains d’étude et équipes de recherche) seront l’objet des recherches s’intégrant dans le programme.
L’originalité de cet appel à projets réside dans le principe des « trios de thèses » qui permettront de faire dialoguer des disciplines différentes sur un même sujet de recherche, ainsi que sur des « projets interdisciplinaires » mettant en avant des questions de recherche émergentes ou peu financées actuellement.
La volonté de la gouvernance du PEPR a été de laisser une place importante aux disciplines relevant des sciences humaines et qociales, qui devraient désormais représenter près de 50 % des disciplines présentes au sein des nouveaux projets financés dans le programme dans le cadre de cet appel à projets.
Ces projets seront officiellement présentés lors des Journées scientifiques du programme qui se dérouleront les 29-30 septembre et 1er octobre 2026 à Rennes.
La liste des projets lauréats est à retrouver ici.
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Notes
- Le programme VDBI repose sur la recherche tirée par l’aval : celle-ci consiste à partir de l’action pour produire des connaissances : « faire pour connaître » ; en effet, l’action peut être observée comme résolution de problèmes. Elle implique nécessairement la mobilisation de tous les savoirs et connaissances disponibles, et de l’ensemble des disciplines scientifiques et techniques.