SAPRISQUI (Équateur-France-Colombie) : pour une recherche sur les risques intégrée et partenariale

La Lettre International

#À L'HORIZON

En 2026, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) lance le Laboratoire mixte international (LMI) SAPRISQUI (Science et action pour la réduction des risques à Quito et dans la région transfrontalière colombo-équatorienne) pour une décennie. Son ambition ? Structurer une communauté internationale et interdisciplinaire de recherche et d’action autour des risques, de leur connaissance et de leur gestion sur des territoires particulièrement exposés : Quito, capitale de l’Équateur, et la région frontalière colombo-équatorienne. 

Le CNRS participe activement à cette dynamique structurante dans la région andine. au travers de CNRS Sciences humaines & sociales, de l’Institut français d’études andines (IFEA)1, du laboratoire Transitions énergétiques et environnementales (TREE, UMR6031, CNRS / Université de Pau et des pays de l’Adour), du Pôle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique (PRODIG, UMR8586, CNRS / IRD / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Université Paris Cité / AgroParisTech Paris-Saclay), mais aussi du laboratoire GéoAzur (UMR7329, CNRS / IRD /  Observatoire de la Côte d'Azur / Université Côte d'Azur), de l'Institut des sciences de la Terre (ISTERRE, UMR5275, CNRS / IRD / Université Grenoble Alpes / Université Savoie Mont Blanc) et du Laboratoire magmas et volcans (LMV, UMR6524, CNRS / IRD / Université Clermont Auvergne), relevant tous trois de CNRS Terre & Univers.

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40 ans de coopération franco-équatorienne : un héritage solide

Ce sont au moins deux générations de chercheurs et chercheuses qui sont impliquées dans des relations de longue durée, soutenues par la présence de l’IRD en Équateur, en lien avec l’IFEA pour son antenne équatorienne. À la suite de données pionnières produites sur la ville de Quito dans les années 19802, d’importants travaux en géographie ciblent la vulnérabilité3 comme concept clé4 dans un travail partenarial, déjà, avec la Mairie de Quito5. En parallèle se structure la coopération entre les géosciences, avec l’Institut de géophysique de l’École Polytechnique nationale à Quito, autour de la compréhension des processus physiques (notamment volcaniques et sismiques) associés aux principaux risques sur place. Ces efforts continus ont donné lieu à des dispositifs longs (un précédent LMI intitulé Séismes et Volcans dans les Andes du Nord - SVAN, entre 2012 et 2022) ou encore un programme ANR autour du risque sismique (ANR Remake, 2015-2022). 

C’est cette communauté de recherche plurielle et solide qui a fait le choix d’évaluer en confiance la portée de son travail, et de se positionner au sein d’enjeux socio-environnementaux contemporains. Le travail de bilan et le repositionnement des stratégies de recherche sur les risques ont duré près de trois ans. Ils ont débouché sur la publication d’un ouvrage collectif pluridisciplinaire qui reprend les avancées, limites et défis auxquels la recherche se trouve confrontée6. C’est là le socle de la proposition de recherche intégrée, située et transformatrice portée par le LMI SAPRISQUI. 

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Vers des stratégies de recherche et d’action innovantes

SAPRISQUI défend une recherche intégrée

Le LMI associe des acteurs porteurs de connaissances souvent dispersés. Les chercheurs et chercheuses en géosciences et en sciences sociales, les décideurs et techniciens impliqués dans l’action, les habitants et parties prenantes de la société civile sont engagés à différents titres dans la chaîne de production de connaissance. Le premier défi est double : interdisciplinarité (ouverture aux différents champs disciplinaires) et transdisciplinarité (ouverture au champ extra-académique). Autour d’un trinôme de base associant sciences sociales, géosciences et porteurs de l’action, un éventail d’acteurs est associé au sein de processus de concertation, de construction de problématiques, de dispositifs de diffusion et de valorisation. 

SAPRISQUI défend une recherche située

Alors que les sciences sociales sont familières des savoirs situés, les géosciences adoptent plus aisément des stratégies de connaissance plus normatives, descendantes et formalisées par une communauté. Or l’expérience montre que toutes les connaissances sur les risques ne sont pas également utiles. À quoi bon cartographier l’exposition très localement si l’on ne compte pas de cadastre ? Pourquoi établir des seuils d’alerte basés sur les processus physiques sans cadre institutionnel fonctionnel (diffusion, protocoles de réponse, etc.) ? Tant les opportunités que les contraintes des territoires étudiés ont vocation à orienter les stratégies de recherche. C’est pourquoi SAPRISQUI s’emploie aussi à penser une science des désastres à la frontière colombo-équatorienne, dans un contexte bien différent de celui de Quito. L’agenda de travail est le fruit de la concertation des membres du LMI et des acteurs des territoires concernés. 

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SAPRISQUI défend une recherche transformatrice, avec l’ambition affichée de faire une différence

Qu’apportent les produits de la recherche aux situations de risque étudiées ? Les efforts de recherche sont pensés comme des contributions significatives à l’émergence de trajectoires territoriales plus résilientes, de parcours de vie plus sûrs, de réductions effectives des vulnérabilités. Le LMI SAPRISQUI fait de cette portée sociale de la recherche un vecteur clé de l’évaluation de son action : mettre en avant des contributions concrètes à l’amélioration durable des conditions de vie pour le plus grand nombre, et notamment pour les plus vulnérables. Cette implication est la marque de l’engagement d’une communauté7.

 

Le CNRS au sein d’un réseau solide de partenaires emmené par les sciences sociales

Les gestionnaires, ceux de la mairie de Quito comme ceux du Service national de gestion des risques (en charge de la politique nationale), participent tout à la fois au pilotage stratégique du LMI et aux actions de recherche. Dans le domaine académique, on retrouve des partenaires de poids, comme l’Institut de géophysique, référence pour le suivi des processus et la recherche sur les aléas telluriques en Équateur, ou le Service géologique de Colombie. Mais c’est bien la FLACSO-Ecuador (Faculté latino-américaine de sciences sociales) qui héberge le laboratoire. L’UMIFRE IFEA a récemment transféré ses bureaux de l’antenne Quito dans les locaux de FLACSO-Ecuador, convergeant dans la mise en avant des sciences sociales au cœur du pilotage de stratégies de recherche alternatives, notamment sur les risques. Le portage est assuré par un binôme de chercheurs en sciences sociales : Andrea Carrión de FLACSO-Ecuador et Julien Rebotier, chargé de recherche CNRS au laboratoire TREE, en lien Pascale Metzger puis Jérémy Robert, tous deux membres du PRODIG. 

L’intégration partenariale et scientifique pour traiter les problématiques socio-environnementales est une signature de SAPRISQUI. C’est aussi ce qui fonde l’action de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS. Des unités et des ressources de CNRS Sciences humaines & sociales sont en ce sens mobilisées, comme l’illustre l’investissement de l’IFEA. Soutenu par la MITI, le programme SISCO (80PRIME 2024) positionne une recherche doctorale au sein d’un collectif interdisciplinaire autour d’une stratégie de recherche sur les séismes et les infrastructures critiques, centrée sur les enjeux majeurs plus que sur la connaissance préalable des processus physiques. Les résultats participent à la réflexion sur la contextualisation nécessaire des stratégies de prévention au regard du suivi et de la maintenance des infrastructures. Le programme PADOC (PIB 2026) permet de cibler en pratique l’un des vecteurs de l’intégration de la recherche : les données, leurs articulation, gestion, circulation, accès, etc., malgré leur hétérogénéité et les multiples barrières à leurs usages. Appliquée au cas de Quito, cette réflexion a vocation à profiter plus largement à d’autres expériences similaires, et pas seulement dans les Suds. 

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À l’horizon d’une décennie, la démarche de recherche partenariale de SAPRISQUI vise la création d’un Institut des risques de référence pour la recherche comme pour la gestion. Son rôle sera de participer aux efforts de connaissance, à la prévention et à la réduction des dommages et, au-delà, au débat public autour de questions cruciales pour l’avenir d’une planète habitable.

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Notes

 

  1. L’IFEA, Umifre 17, est une composante de l’unité Amérique latine (UAR3337, CNRS / MEAE).

  2. IGM-IPHG-ORSTOM, 1998, Atlas infographique de Quito : socio-dynamique de l’espace et politique urbaine, IRD-Éditions, 291p.
  3. D’Ercole R., 1991, Vulnérabilité des populations face au risque volcanique. Le cas de la région du volcan Cotopaxi (Équateur), Thèse de doctorat en géographie, Grenoble, 459p.
  4. D’Ercole R., Hardy S., Metzger P., Robert J., 2009, Vulnerabilidades urbanas en los países andinos, Bulletin de l’IFEA, Tome 38, n° 3.
  5. D’Ercole et Metzger, 2004, La vulnerabilidad del Distrito Metropolitano de Quito, IRD-Éditions, MDMQ, 496p.
  6. Carrión A., Rebotier J., Metzger P., Puente-Sotomayor F., 2024, Gestión de riesgos en Quito. Balance y perspectivas de 30 años de estudio, IRD-Éditions, FLACSO-Ecuador, 220p.
  7.  Rebotier J., Metzger P., Nocquet J-M., Samaniego P., Audin L., 2024, Développer une science des désastres pour réduire les risques, Sciences de la durabilité, Vol. 3, IRD-Éditions, pp. 102-105.