Une internationalisation par les collaborations au-delà des frontières et des langues, qui tourne le dos au Web of Science

19 octobre 2026

Le Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine (JAR | RGA) est une des plus anciennes revues de géographie éditées en France — depuis 1968 par l’Association pour la recherche alpine (ADRA) et en coédition avec UGA Éditions1 depuis 2020. 

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    Maison d’édition de l’université Grenoble-Alpes.

Fondée en 1913 par Raoul Blanchard (seul géographe récipiendaire de la médaille d’or du CNRS) sous le nom de Recueil des travaux de l’Institut de géographie alpine, elle est renommée Revue de géographie alpine dès 1920, sous-titré Revue internationale de l’arc alpin dans les années 1990, avant d’adopter un titre bilingue en 2004 pour mieux s’internationaliser. Les numéros sont publiés en ligne à partir de 2007, d’abord en parallèle de la version papier, laquelle est abandonnée à l’occasion du centenaire de la revue. Le JAR | RGA a aussi eu le souci de s’ouvrir à un public (lectorat et contributorat) plus large que celui du monde de la recherche stricto sensu, en proposant des textes plus libres dans la forme et le style. En sus des notes de lecture, fréquentes dans les revues universitaires, trois rubriques ont ainsi vu le jour : Lieux-dits (en 2009), Montagnes en fictions (en 2014) et Transitions (en 2022).

À partir du moment où, en 2004, le titre a été décliné en deux langues, les articles scientifiques des quatre numéros annuels ont été publiés systématiquement en anglais ainsi que dans une des langues alpines (français, italien, allemand, slovène) ou en espagnol. Ce multilinguisme s’est accompagné d’un décentrement des Alpes : le « Alpine » du titre anglais est à comprendre dans son sens large « de montagne » et non dans le sens restreint réduit à la seule chaîne des Alpes. C’est que le JAR | RGA fait partie des quelques revues internationales dédiées au champ des Mountain Studies, en compagnie de Mountain Research & Development (éditée à Berne), Eco.Mont (Innsbruck) ou le Journal of Mountain Science (Chengdu). Comme le rappelle la ligne éditoriale, la revue a pour objectif de publier des travaux qui analysent les enjeux et les défis auxquels sont confrontées les régions et sociétés de montagne, en somme de ramener les montagnes, souvent décrites ou perçues comme périphériques, au centre du débat académique. Parallèlement, l’utilisation de « Research » et non « Geography » dans le titre rappelle que si l’ancrage disciplinaire initial reste important, la revue est bien ouverte à toutes les branches de la géographie ainsi qu’aux autres sciences humaines et sociales.

Cette internationalisation poursuivie depuis plus de vingt ans va de pair avec un recrutement du comité de rédaction qui dépasse largement le site grenoblois où se tiennent les séances (fors l’assemblée générale annuelle tenue à Genève), même s’il reste principalement franco-suisse, avec quatre membres italiens, autrichien et marocain. Elle se retrouve aussi dans le fait que chacun des trois dossiers thématiques publiés annuellement est porté par des collègues affectés dans des institutions d’au moins deux pays2. En conséquence, de 2015 à 2025, des auteurs et autrices de 23 pays ont écrit dans la revue, à partir de cas d’étude situés dans 48 pays. Dans les deux cas toutefois, la France reste en tête de peloton devant un binôme Suisse/Italie, les chercheuses et chercheurs affectés à Grenoble, Chambéry, Paris, Lausanne et Turin étant les plus représentés au sein de ces pays. Dans la même veine, le français reste la langue complémentaire à l’anglais la plus courante (87 % des articles), devant l’italien (9,50 %). Soulignons toutefois que le no113-2 a pris la forme d’une véritable Babel, ses sept articles ayant été publiés en anglais, français, italien, espagnol et allemand, ainsi que signés par des auteurs et autrices d’Italie, France, Canada, Argentine et Autriche.

Outre qu’elle est internationale, multilingue et multidisciplinaire, la revue JAR | RGA est en libre accès suivant le modèle Open Access Diamant (OAD). Elle est référencée notamment par le DOAJ, Mir@bel, le Diamond Discovery Hub ou GeoList. Les archives complètes sont disponibles via Persée (1913-2006) et OpenEdition (depuis 2007). Le trafic sur cette dernière plateforme la classe comme la première revue non généraliste en géographie, à un niveau comparable avec le trio de tête disciplinaire composé des généralistes Cybergeo, Géocarrefour et EchoGéo.

Le JAR | RGA a été la première revue de géographie éditée en France à demander et obtenir son indexation dans le ISI Web of Knowledge en 2009, devenu ensuite Web of Science, de Clarivate. Le référencement reflétait non seulement la politique d’internationalisation linguistique et éditoriale, mais aussi la conformité aux exigences d’une publication scientifique de haut niveau dont le peer review et la fréquence et la régularité des sorties. Toutefois, dans la lignée du désabonnement du CNRS aux bases bibliométriques de Clarivate début 2026, la dernière assemblée générale de l’ADRA a voté en faveur de la désindexation de la revue. Il a en effet été considéré qu’à l’heure du tournant vers une évaluation qualitative de la production scientifique (c’est-à-dire, de ses mérites propres), il n’était pas judicieux de participer à alimenter la machine des classements quantitatifs, où la quantification de la réputation d’une revue tend à invisibiliser les avancées en termes de connaissance. Les importants biais inhérents aux mesures et classements fournis par Clarivate sont connus depuis longtemps : en refusant de se voir attribuer un impact factor (IF), la revue s’est ainsi alignée sur les recommandations à destination des éditeurs publiées dans la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche. Les services de Clarivate ont rapidement accédé à cette demande et confirmé que « la revue ne sera plus incluse dans les prochaines éditions du Journal Citation Reports et ne se verra plus attribuer de Journal Impact Factor ». 

La direction de la revue s’est toutefois inquiétée de l’attractivité internationale de la revue, alors que nombre de collègues étrangers doivent publier dans des revues à facteur d’impact élevé pour assurer la pérennité de leur carrière. Il se trouve que la revue est déjà connue en Suisse, tandis qu’en Italie, elle est depuis 2022 indexée dans la liste des revues classées « A » pour la discipline géographie. Cette décision engage néanmoins la direction à œuvrer auprès des communautés scientifiques germanophone et hispanophone, en premier lieu, pour mieux faire connaître la qualité de cette publication. En termes de visibilité, la revue dispose d’une page Wikipédia en français, de comptes actifs sur LinkedIn et Mastodon, et ses publications sont relayées notamment par la Mountain Research Initiative et la Commission internationale pour la protection des Alpes.

Ce modèle de science ouverte n’est possible que grâce au soutien financier récurrent de nombreuses organisations du secteur public de la recherche, principalement françaises, mais aussi suisses et internationales : UGA Éditions, le Laboratoire de sciences sociales Pacte (UMR5194, CNRS / UGA / Sciences Po Grenoble), le LabEx Innovations et transitions dans les territoires de montagne (ITTEM) de l’UGA, l’International Scientific Committee on Research in the Alps (ISCAR), CNRS Sciences humaines & sociales, l’Institut d’urbanisme et de géographie alpine de l’UGA, le centre Rhône-Alpes d’Inrae et l’université de Genève. L’université de Lausanne apporte un financement conditionnel original : depuis 2024, le volet B du « fonds Diamant » de la Bibliothèque cantonale et universitaire est destiné spécifiquement à soutenir les revues OAD qui ont publié l’année précédente des articles de chercheurs et chercheuses lausannois. 

Ces recettes couvrent essentiellement la rémunération du secrétaire de rédaction et de publication de la revue, Maxime Frézat, ainsi que celle de la traductrice, Hayley Wood. Ces coûts de traduction sont limités aux appels à articles, voire aux éditoriaux de numéros thématiques, ceux des articles étant du ressort des auteurs et autrices. Néanmoins, pour préserver la qualité de la publication en langue anglaise, le comité de rédaction de la revue prend en charge la correction de traductions en cas de besoin.

Au-delà des aspects financiers, la revue bénéficie du support technique d’OpenEdition, qui va prochainement prendre le relais de la MSH Paris-Nord dans l’hébergement de la base de données ’ OJS (système de publication électronique) qui permet de gérer efficacement le flux éditorial. En outre, la co-directrice enseignante-chercheuse bénéficie d’une décharge de 18 heures d’enseignement octroyée par l’UGA. 

Comme le reste de l’édition scientifique, les premiers impacts négatifs du recours croissant aux agents conversationnels d’intelligence artificielle générative se font hélas déjà sentir, notamment avec l’apparition de références bibliographiques hallucinées. Cela a conduit la direction de la revue à mettre à jour la ligne éditoriale sur la question en restreignant fortement les usages possibles et en demandant la transparence à leur égard. Elle rejoint aussi les discussions en cours de déploiement à ce sujet entre les différentes revues de géographie éditées en France. 

Co-direction du comité de rédaction de la revue : Adrien Baysse-Lainé, chargé de recherche CNRS, laboratoire Pacte ; Cristina Del Biaggio, maîtresse de conférences à l’institut d’urbanisme et géographie alpine, laboratoire Pacte 

JAR | RGA

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    À titre illustratif, pour les derniers numéros parus : 114-1 « Décroissance au sein du tourisme de montagne » (Suisse et Finlande) ; 113-3 « Paysages productif de montagne dans la transition socio-écologique » (Italie et Pays-Bas) ; 113-2 « Économie, écologie et conflits dans les régions montagneuses » (Roumanie et Italie) ; 113-1 « Vieillir en montagne » (France et Suisse).