ReLRace - Religions, lignages et « race »

La Lettre

#UN CARNET À LA UNE

Créé en février 2020, ReLRace - Religions, lignages et « race » est un carnet collectif dédié au programme de recherche du même nom. Ce programme a pour objectif de réinterroger «la notion de “race” en la déconnectant, d’une part, de l’histoire du racisme et en l’abordant, d’autre part, sous un prisme nouveau qui est celui de la religion. » Le carnet présente des informations sur les événements du programme, les recrutements, les activités de médiation de l’équipe, ainsi que de nombreux billets de fond, des résultats de recherche et des analyses fouillées.

L’un des axes de recherche consiste à explorer la manière dont les religions contribuent à construire et essentialiser les différences, bien avant l’émergence au xixe siècle de la notion de « race » issue de l’histoire naturelle, en particulier à travers la notion de « lignage ». Il s’agit dès lors d’étudier ces formes généalogiques et leur diffusion, mais aussi de comprendre par qui et comment se construisent des contre-généalogies raciales. Les pasteurs afro-américains du xixe, par exemple, ont bâti des contre-généalogies fondées sur l’inclusion de figures féminines noires bibliques afin d’inverser le stigmate religieux pesant sur les personnes de couleurs aux États-Unis. Toujours au xixe siècle, Robert Benjamin Lewis associe les Afro-Américains aux tribus perdues d’Israël dans le but d’annoncer le rassemblement futur des peuples de couleur. Dans le Harlem des années 1930, le pasteur Father Divine tente d’effacer toute trace de son origine mortelle et se déclare être Dieu, parvenant ainsi à construire un mouvement qui sut répondre aux aspirations à l’égalité raciale. Les Twelve Tribes of Israel, organisation issue du mouvement rastafari jamaïcain, déploient aussi de nouvelles généalogies raciales. Au sein du judaïsme afro-américain, les Black Hebrews revendiquent l’appartenance à la religion juive en tant que descendants directs des anciens Hébreux.

Le carnet propose par ailleurs plusieurs analyses du processus de colorisation de figures bibliques telles que le mage Balthazar, l’esclave égyptienne Hagar ou Cham, personnage à qui l’on attribue progressivement une peau noire à partir du xixsiècle et dont le rire suscite aussi de nombreuses interprétations religieuses et artistiques.

Comptant actuellement une soixantaine de billets et publiant à un rythme hebdomadaire, le carnet permet de diffuser et valoriser l’avancement de ce projet de recherche qui explore la manière dont les religions produisent de la « race » dans la longue durée mais également la manière dont les minorités se saisissent des stigmates qui leur sont accolés pour les renverser.

Sophie Guillot

ReLRace

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