“The Worlds of Work: Crossed Perspectives from France and England” - Renouer le dialogue scientifique sur le travail France – Royaume-Uni

La Lettre Sociologie

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Témoignages

Testimony: “The event organised by the Maison Française d’Oxford reestablished the previously strong intellectual bridge between French and British researchers of work. Focused on the key and pressing issue of the positive and negative impacts of new digital technologies on work, the event reaffirmed the benefits to be gained from pooling our intellectual endeavours and insights. It is to be hope that this event triggers a renewal of collaborative Anglo-French research focused on this and other issues in the sociology of work”. Chris Warhurst, Professor, Director, Warwick Institute for Employment Research, University of Warwick

Témoignage : « Plusieurs constats s’imposent : celui du croisement de nombreuses préoccupations communes sur la question du travail (les effets du numérique, l’urgence de croiser travail et écologie, les questions migratoires…), le constat également des difficultés institutionnelles que nous pouvons rencontrer de part et d’autre de la Manche pour faire vivre la recherche sur tous ces sujets, une internationalisation toujours croissante des réseaux de recherche sur le travail (en direction des Suds notamment) qui est assortie de traditions nationales qui demeurent dans la façon de nommer et de traiter les problèmes (je pense par exemple à l’entrée par la variété des écosystèmes) ». Michel Lallement, professeur, sociologue, Conservatoire national des arts et métiers. 

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La Digitalisation au bout des doigts - Le travail de Plateforme @ Mélanie Fo

La Maison Française d’Oxford (MFO, UAR3129, CNRS / MEAE / Université d’Oxford) a accueilli, en mai 2025, un séminaire international intitulé « Les mondes du travail : perspectives croisées entre la France et l'Angleterre », événement international et interdisciplinaire qui a réuni des chercheurs et chercheuses des deux pays afin d'explorer la dynamique évolutive du travail dans chacun de ces pays. À travers des discussions animées et des présentations pertinentes, les participants ont examiné des thèmes clés tels que les transformations du marché du travail, les bouleversements et les continuités, l'ère numérique et l'avenir du travail. Les analyses comparatives et les débats ont mis en évidence les similitudes et les différences entre les structures du monde du travail, les tendances économiques et les influences culturelles et numériques qui façonnent les pratiques professionnelles en France et en Angleterre. Les échanges ont donné lieu à des débats riches, encourageant une réflexion plus approfondie sur l'avenir du travail dans une économie mondialisée. Dans l'ensemble, le séminaire a constitué une occasion précieuse de réseautage et de partage des connaissances entre différentes disciplines et différents contextes nationaux.

Suite à la publication de l’ouvrage Le Travail et la société française1 en janvier 2025le groupe de réflexion sur le travail créé par CNRS Sciences humaines & sociales a décidé de discuter de son bilan avec les collègues du Royaume Uni. Le dialogue scientifique ayant été interrompu en partie suite au Brexit, il semblait nécessaire d’héberger ce séminaire côté Royaume Uni, afin de relancer les collaborations. 

Le travail reste au cœur des transformations sociétales contemporaines. Les mondes professionnels traversent aujourd'hui des mutations profondes, marquées non seulement par des ruptures significatives mais aussi par des éléments de continuité. C'est le constat que dressent les auteurs de cet ouvrage, qui identifient une permanence majeure : le travail demeure central dans les parcours individuels comme dans l'évolution de nos sociétés.

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Intervention de Jacqueline O’Reilly, professeur à l’université du Sussex © Delphine Mercier

Sans cesse soumis à des changements, à des innovations techniques et sociales, les mondes du travail demeurent un reflet saisissant des modes de vie et des structures sociales. En témoignent par exemple le secteur de l’aide à domicile qui s’est développé de façon exponentielle face au vieillissement de la population française, ou le développement considérable du secteur du numérique et des emplois en lien avec des applications sur les smartphones, transformant de fait les organisations, les formes de travail, les vies de travailleurs. Le travail est ainsi un révélateur des évolutions de notre société dont l'une des manifestations frappantes est l’augmentation de formes d'emploi atypiques. Si l'on a beaucoup évoqué par le passé le travail flexible, temporaire et à temps partiel, ainsi que le travail indépendant, le travail à distance et le travail de plateformes2 connaissent un développement remarquable : ils apportent à la fois des opportunités et des défis pour le développement durable de ces formes d’emploi et ont un impact réel et souvent sous-estimé de ces changements au-delà des sphères de vie directement liées au lieu de travail. Nous assistons ainsi à l’émergence d'une nouvelle structure sociale, où non seulement les relations de travail changent, mais aussi la façon dont les sciences humaines et sociales doivent aborder le travail lui-même.

Quelles sont ces transformations du travail au cœur du changement social ?

Parmi ces transformations macrosociales, la relation entre travail et crise environnementale apparaît comme un phénomène fondamental en émergence depuis plus d'une décennie. Depuis la pandémie de 2020, il semble de plus en plus urgent de comprendre les relations qui se sont tissées entre la crise environnementale, la crise sanitaire et celles du travail (verdissement des emplois, bifurcations professionnelles atypiques, « grande démission », explosion du télétravail, etc.), qui semblent de plus en plus clairement imbriquées. En particulier, diverses analyses internationales et nationales ont mis en évidence l'impact significatif sur l'emploi de tous les efforts déployés en faveur d'une économie durable. 

Cependant, la plupart des analyses contemporaines soulignent que le modèle de développement actuel demeure basé sur une logique d'extraction et d'exploitation visant à maximiser la valeur de la nature et de la population. Ces logiques sont ensuite reproduites sur le marché du travail, tant formel qu'informel. Des événements et des faits d'exploitation du travail (cf. droit international) ont ainsi lieu quotidiennement dans tous les types de secteurs, primaire (agriculture), secondaire (industrie) comme tertiaire (services).

La « transition juste » au cœur des mutations du travail

Comment transformer nos sociétés sans laisser personne sur le bord de la route ? Cette question centrale anime aujourd'hui le débat public autour de la notion de « transition ». Deux trajectoires se dessinent. D'abord, la « transition juste » : un processus qui vise à concilier transformation économique et justice sociale. Ensuite, les « transitions jumelles » : l'alliance nécessaire entre innovation numérique et révolution verte.

De nouveaux prismes d'analyse

Parallèlement, deux approches révolutionnent notre compréhension du travail et de l'emploi. Les études de genre d'une part, les analyses par les temporalités d'autre part. Ces grilles de lecture innovantes permettent de dépasser les schémas analytiques traditionnels, trop souvent calqués sur une vision uniforme de la société. Un renouvellement conceptuel qui éclaire d'un jour nouveau les enjeux contemporains du monde professionnel.

Ainsi, si l’ouvrage démarre avec les années 1990 en France, c’est que c’est précisément à cette période que les mondes du travail se sont profondément transformés, avec la fin des grands plans de reconversion industrielle en France et le début de la spécialisation des territoires productifs. Le choix de cette périodisation s’appuie sur l’idée que les années 1990 ont constitué un point d’inflexion lié aux multiples crises qu’ont connu les mondes du travail (chômage de masse, globalisation, digitalisation, etc.) Ce choix est certes arbitraire mais il a fait consensus avec les collègues britanniques. Les auteurs envisagent de continuer ce dialogue au travers de plusieurs opérations : un programme de recherche, un numéro de revue et un ouvrage édité en Angleterre. 

Ce séminaire a également représenté un riche mélange de discussions intellectuelles et d'expériences culturelles. La projection du documentaire « La Ferme des Bertrand », récompensé par un César, suivie d'une discussion avec les réalisateurs Gilles Perret et Marion Richoux, a été un moment stimulant et captivant pour les participants. 

Le comité d’organisation du séminaire comprenait l’équipe de la Maison Française à Oxford (MFO), avec des illustrations fournies par Mélanie Forné. L’événement a été organisé à la Maison Française d’Oxford, située à Oxford, et dirigé et géré par Pascal Marty.

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Delphine Mercier, directrice de recherche CNRS, Maison française d'Oxford (MFO, UAR3129, CNRS / MEAE / Université d’Oxford), Thierry Berthet, directeur de recherche CNRS, Laboratoire d'économie et de sociologie du travail (LEST, UMR7317, CNRS / AMU) 

Liste des participants

  • Isabelle Berrebi-Hoffmann, directrice de recherche CNRS, Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE, CNRS / Cnam) 

  • Thierry Berthet, directeur de recherche CNRS, Laboratoire d'économie et de sociologie du travail (LEST, CNRS / AMU) 

  • Valérie Boussard, professeur à l’université Paris Nanterre, Laboratoire Institutions et Dynamiques Historiques de l'Économie et de la Société (IDHES, CNRS / ENS Paris-Saclay / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis / Université Paris Nanterre / Université Évry Paris-Saclay) 

  • Juliet Carpenter, directrice de recherche au Kellogg College, Université d’Oxford

  • Antoine Destemberg, professeur associé à l’université d’Artois, Maison Française d’Oxford (MFO, CNRS / MEAE / Université d’Oxford)

  • Enrico Donaggio, professeur à Aix-Marseille Université 

  • Duncan Gallie, professeur au Nuffield College, Université d’Oxford

  • Jérôme Gautié, professeur à l’université Paris1 Panthéon-Sorbonne, Centre d'économie de la Sorbonne (CES, CNRS / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)) 

  • Damian Grimshaw, professeur au King’s College London 

  • Odile Join-Lambert, professeur à l’université Paris Saclay, Laboratoire Printemps (CNRS / Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)

  • Michel Lallement, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique

  • María Eugenia Longo, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS, Québec), présidente du Research Committe of Sociology of Work (RC30), International Sociological Association (ISA) 

  • Sandrine Maljean-Dubois, directrice de recherche CNRS, directrice adjointe scientifique CNRS Sciences humaines & sociales

  • Pascal Marty, professeur à la Maison Française d’Oxford 

  • Delphine Mercier, directrice de recherche CNRS, Maison Française d’Oxford, Kellogg College, Université d’Oxford 

  • Gilles Perret, réalisateur, scénariste et documentariste

  • Jacqueline O’Reilly, professeur à l’université du Sussex 

  • Judith Rainhorn, professeur à l’université Paris1 Panthéon-Sorbonne, Centre d'histoire sociale des mondes contemporains (CHS, CNRS / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

  • Marion Richoux, scénariste 

  • Eve Saint-Germes, professeur associée à l’université Côte d’Azur, Groupe de recherche en droit, économie et gestion (GREDEG, CNRS / Université Côte d’Azur)

  • Jens Thoemmes, directeur de recherche CNRS, Centre d’étude et de recherche travail organisation pouvoir (CERTOP, CNRS / Université Toulouse Jean Jaurès / Université de Toulouse)

  • Chris Warhurst, professeur à l’université de Warwick

Contact

Delphine Mercier
Directrice de recherche CNRS, Maison française d'Oxford (MFO)

Notes

 

  1. Berthet T., Mercier D. (dir.) 2025, Le Travail et la société française, CNRS Éditions.
  2. Des services à la demande organisés par une interface numérique qui met en relation prestataires et clients.