COVID-19 : une nouvelle étude réévalue l’impact de la pandémie en Afrique
L’Afrique a souvent été présentée comme relativement épargnée par la pandémie de COVID-19, en raison du faible nombre de cas officiellement rapportés. Cependant, les différences dans le nombre et la dynamique des tests effectués peuvent rendre ces comparaisons trompeuses. En analysant conjointement les dynamiques des tests, des infections et des décès, une étude dont Stéphane Luchini, chercheur CNRS à Aix-Marseille Sciences Économiques (AMSE, UMR7316,CNRS / AMU), est l'auteur correspondant, montre au contraire que la pandémie y a suivi une trajectoire « naturelle », marquée par des phases d’accélération des infections liées à l’émergence de nouveaux variants, suivies quelques semaines plus tard par des accélérations de la mortalité. Les résultats parus dans la revue Communications Medicine soulignent l’importance de ne pas négliger l’Afrique dans la préparation aux futures pandémies et de renforcer durablement les capacités de surveillance et de réponse sanitaire.
Plusieurs revues médicales de premier plan ont présenté l'Afrique comme ayant largement échappé au pire de la pandémie de COVID-19, avec moins de cas que les autres continents. Les principales raisons avancées sont liées à une population relativement jeune, moins urbanisée et plus exposée à divers traitements contre les maladies infectieuses. Cependant, les comparaisons régionales qui ignorent les différences dans l'intensité des tests peuvent donner une image faussée de la dynamique. L'étude de la propagation et de la relation entre la létalité et la COVID-19 dans les régions de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) nécessite un ajustement explicite en fonction des volumes de tests largement variables dans le temps.
Stéphane Luchini et ses collègues ont constitué un ensemble de données hebdomadaires couvrant la période de mai 2020 à décembre 2021 pour les régions de l'OMS : Afrique, Méditerranée orientale, Asie du Sud-Est, Amériques, Pacifique occidental et Europe. Les données sur les tests, les cas confirmés et les décès attribués à la COVID-19 proviennent de la plateforme numérique Our World in Data. Les chercheurs ont appliqué une nouvelle mesure qui corrige les fluctuations du nombre de tests afin de quantifier l'accélération hebdomadaire des infections et de la mortalité : cet indicateur évalue si les cas augmentent proportionnellement plus vite (accélération) ou plus lentement (décélération) que les tests, ce qui permet une comparaison valide entre des régions aux capacités de dépistage très inégales. Ils comparent ensuite la fréquence, l'ampleur et le moment de ces épisodes d'accélération dans les différentes régions.
En tenant compte de la dynamique des tests, les chercheurs ont montré que l'Afrique a connu plusieurs épisodes d'accélération des infections dont l'ampleur et la fréquence correspondent à celles observées dans d'autres régions. Les accélérations de la mortalité en Afrique suivent de près les pics d'infection, avec un décalage moyen de dix semaines, ce qui n'est pas observé de manière aussi systématique dans les autres régions. Une corrélation positive entre l'accélération des infections en Afrique et dans les Amériques indique en outre une synchronisation, suggérant que ces deux régions ont été touchées par les mêmes vagues successives du virus plutôt que de suivre des trajectoires épidémiques indépendantes. Ces conclusions se confirment lorsque l'on utilise un ensemble de données secondaires plus large, couvrant 140 pays.
Contrairement à diverses hypothèses avancées, l'Afrique n'a pas été épargnée par la gravité de la pandémie. Les pics d'infection ont été comparables à ceux observés ailleurs et ont été suivis d'une accélération de la mortalité. Ces résultats soulignent qu'il est essentiel de tenir compte de la variabilité des tests pour évaluer avec précision la progression de la pandémie, et ils mettent en évidence la nécessité urgente de renforcer la surveillance et les capacités de soins de santé dans toutes les régions, en particulier dans les pays africains.
Référence
Luchini S., Pfauwadel C., Pintus P., Schwarzinger M., Teschl M., 2025, A Comparative Analysis of Infection and Mortality in Reassessing Africa’s COVID-19 Dynamic using Time-Varying Tests, Communication Medicine.