Découverte de la plus ancienne figurine représentant une interaction humain-animal
Une équipe internationale dirigée par Laurent Davin, post-doctorant au laboratoire Technologie et ethnologie des mondes préhistoriques (TEMPS, UMR8068, CNRS / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Nanterre Université) et à l'université Hébraïque de Jérusalem, a découvert une nouvelle figurine en argile vieille de 12 000 ans provenant d'Asie du Sud-Ouest. Elle repousse l'émergence de plusieurs innovations fondamentales dans l'expression symbolique humaine : cet objet est à la fois la première représentation d'une femme en Asie du Sud-Ouest et la plus ancienne figurine représentant une interaction entre l'homme et l'animal. L'interaction représentée n'est pas liée à la chasse, mais présente une scène mythologique entre un humain et un oiseau, conforme à un système de croyances animistes. Ces travaux viennent d’être publiés dans la revue PNAS.
Les représentations paléolithiques des interactions entre les humains et les animaux sont rares, avec seulement quelques exemples peints ou gravés découverts dans des contextes datés du Paléolithique supérieur, principalement en Europe. Ces scènes, représentant des interactions réelles ou imaginaires, sont d'une importance capitale pour comprendre un large éventail de perspectives humaines passées, à commencer par la façon dont nos ancêtres concevaient leur vision de l’être-au-monde, en tant qu’êtres vivants découvrant le monde, et d’interagir avec l'environnement et les êtres non humains. Au début du Néolithique en Asie du Sud-Ouest (11 500 ans avant le présent), des changements de perspective ont conduit les communautés humaines à manipuler et à transformer leur environnement tout en représentant simultanément de nouvelles formes d'art mettant en scène des interactions entre les humains et les animaux.
C’est tout l’intérêt de cette figurine découverte dans un bâtiment rituel daté de 12 000 ans avant le présent (Epipaléolithique récent) dans le village de chasseurs-cueilleurs de Nahal Ein Gev II en haute vallée du Jourdain (Israël). Façonnée en argile cuite et colorée à l’ocre, elle mesure 37 millimètres de haut. Elle a été méticuleusement modelée par une jeune adulte pour représenter une oie enveloppant une femme penchée en avant. L’importance symbolique des oies pour les habitants du site est également attestée par la découverte de témoignages de l’utilisation des plumes de ces oiseaux dans la parure.
Les techniques artistiques et les matières premières utilisées, ainsi que la scène mythologique représentée, apparaissent donc plus tôt que dans les exemples précédemment découverts en Asie du Sud-Ouest préfigurant les changements plus monumentaux dans l'expression symbolique qui se produisent au cours des périodes néolithiques suivantes. Grâce à des analyses technologiques, archéométriques et dermatoglyphiques, l’étude démontre que cette figurine unique a été méticuleusement modelée en argile par un jeune adulte ayant utilisé des techniques innovantes qui lui ont permis de créer une perspective à l'aide d’un jeu d’ombre et de lumière. La scène mythologique entre la femme et l'oie représente le plus ancien témoignage d’un système de croyances animistes en Asie du Sud-Ouest.
Grâce à une approche multidisciplinaire combinée (techno-fonctionnelle, archéométrique, géoarchéologique, dermatoglyphique et archéozoologique), cette étude fournit de nouvelles données importantes concernant l'ancienneté et le développement de l'expression symbolique en argile à la fin de l'Épipaléolithique, à un moment charnière entre les premières sociétés sédentaires et les sociétés pleinement néolithiques en Asie du Sud-Ouest.
Référence
Davin L., Munro D. N., Grosman L. 2025, A 12,000-year-old clay figurine of a woman and a goose marks symbolic innovations in Southwest Asia, PNAS Vol. 122 | No. 47, November 2025