GIS Asie : un nouveau format de congrès réussi
#À PROPOS
Le GIS Asie, fondé en 2013 à l’initiative du CNRS, fédère vingt-cinq établissements et quarante équipes de recherche en sciences humaines et sociales (SHS) dédiées à l’étude de l’Asie. Il poursuit trois missions principales :
- structurer les recherches en SHS sur l’Asie, en encourageant une approche transversale entre disciplines, thématiques, zones géographiques et institutions ;
- soutenir la formation des jeunes chercheurs et chercheuses pour favoriser le renouvellement des générations scientifiques ;
- renforcer la visibilité et les collaborations internationales des équipes membres, notamment en Europe et en Asie.
L'organisation, tous les deux ans, d’un congrès, le plus grand rassemblement français de spécialistes de l’Asie, est un des moments-phare de l'activité du GIS Les éditions précédentes se sont tenues à Sciences Po Paris en 2017, et à l’université de Leiden (Pays-Bas) en 2019, en partenariat avec l’International Institute of Asian Studies (IIAS), lors de la 11e International Convention of Asian Scholars (ICAS). Ces congrès ont pris la suite des congrès du Réseau Asie-Pacifique, organisés entre 2003 et 2011, avant la création du GIS.
Un nouveau format en 2024

Après une longue absence depuis 2019, due à la pandémie de Covid19 et à des évolutions organisationnelles, le congrès Asie s’est renouvelé en 2024. La direction du GIS Asie a opté pour un événement plus réflexif sous forme de tables rondes et d’ateliers. Du 17 au 19 septembre, les Assises de la Recherche Française sur l’Asie se sont donc tenues au Campus Condorcet, marquant une évolution majeure dans le format des événements organisés par le GIS Asie.
Cette transformation s’inscrit dans une réflexion, amorcée lors du 10ᵉ anniversaire des GIS aréaux en septembre 2023, sur les limites des congrès traditionnels où la tenue simultanée de nombreuses sessions parallèles ne favorise pas la discussion collective des enjeux auxquels est confrontée la communauté des chercheurs et chercheuses sur l’Asie. En outre, en prenant en compte le souci du développement durable et l'esprit de la slow science, cette nouvelle formule a visé à réduire l’empreinte écologique globale de la conférence tout en se concentrant sur un nombre volontairement limité de thématiques.
Un panorama de la recherche sur l'Asie
Les Assises ont été conçues pour réunir non seulement les chercheurs et chercheuses mais aussi des acteurs extérieurs à l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), notamment des décideurs. Préparée par la direction et le Conseil scientifique du GIS Asie, cette rencontre a rassemblé jeunes chercheurs et chercheuses ainsi que des chercheurs et chercheuses confirmés, qu’ils soient parisiens ou provinciaux, tous et toutes issus des disciplines des sciences humaines et sociales. L'événement s’est articulé principalement autour de tables rondes thématiques, réflexives et prospectives, accompagnées d'une section consacrée aux communications de jeunes chercheurs, et d'une présentation des activités et projets de certaines unités mixtes des instituts français de recherche à l’étranger (UMIFRE) d’Asie, membres du GIS Asie. Trois projets collectifs de recherche, en cours ou quasi achevés, ont également été présentés, offrant un aperçu des dynamiques de la recherche en Asie.
© 2024 GIS Asie
Les dix-huit tables rondes ont permis de débattre des défis et des enjeux essentiels auxquels les chercheurs spécialistes de l'Asie sont aujourd’hui confrontés. L’organisation de chaque table ronde avait été confiée à un tandem de spécialistes du sujet abordé, en associant autant que possible des chercheurs et chercheuses de générations différentes et en veillant à représenter la variété des régions de l’Asie et la diversité des institutions de recherche et d’enseignement supérieur où sont menées ces études. Selon leur thème dominant, ces tables rondes peuvent être réparties en divers groupes (qui ne sont bien sûr pas mutuellement exclusifs) :
les conditions actuelles d’exercice de la recherche en Asie et de la communication ainsi que ses résultats (Terrains sous contraintes en Asie / Les libertés académiques en tension) ;
le cadre institutionnel de la recherche sur l’Asie (Le dispositif français de recherche en Asie / La recherche sur l’Asie face aux attentes des pouvoirs publics) ;
la formation des jeunes chercheurs et chercheuses et leurs débouchés professionnels (Formations linguistiques et usages professionnels des langues chez les spécialistes de l'Asie / Former au terrain : où en est-on ? / Carrières)
les ressources documentaires de la recherche et le renouvellement de leur utilisation dans le tournant numérique des études aréales (Documenter l'Asie : état des lieux, enjeux et défis / Humanités numériques)
l’articulation entre approche disciplinaire et approche aréale (La place de la littérature dans les études asiatiques / Avenir de l’archéologie en Asie / Études cinématographiques/Études aréales : Tensions et articulation / Les défis de l’étude du religieux en Asie) ;
la réflexion sur un objet de recherche spécifique (Humanités environnementales : penser la pollution depuis les terrains asiatiques / Étudier la santé, le care et le bien-être des populations d’Asie et leurs diasporas : quels défis et enjeux ?)
les nouvelles façons d’effectuer sa recherche et de la présenter par la remise en question des ses frontières et de ses discours (Recherche et art(istes) / Éditer, traduire / Écritures alternatives).
Quatre tables rondes ont attiré un public particulièrement nombreux :
- Carrières académiques et au-delà
Cette session a réuni chercheurs juniors et seniors spécialisés sur l’Asie du Sud-Est et du Nord-Est, pour explorer les transformations des parcours professionnels sous l’effet de l’internationalisation, de la standardisation des évaluations et du recrutement. Les défis liés à l’allongement des trajectoires post-thèse et à la prolifération des postes temporaires ont été débattus. Des pistes concrètes pour les jeunes docteurs ont été présentées, notamment en matière de carrières dans les métiers d’ingénierie de la recherche, mais aussi dans des secteurs extra-académiques comme les think tanks et organismes publics et privés de conseil. - Documenter l’Asie : un panorama des enjeux
Cette table ronde a dressé un état des lieux national de la documentation sur l’Asie, enrichi par les travaux du réseau métier DocAsie. Après une cartographie des ressources existantes, les discussions ont abordé les problématiques d’accès, le coût des bases de données et les défis liés aux terrains sous contraintes. Les échanges avec le public ont permis de réfléchir aux perspectives d’avenir pour une documentation plus accessible et inclusive. - Le dispositif français de recherche en Asie
Cette discussion a mis en lumière les enjeux de l’implantation des institutions françaises en Asie. Les débats ont porté sur leur ancrage académique local, leur perception parfois critique comme une forme d’orientalisme, les libertés académiques et les relations avec les autorités locales. La table ronde a également exploré les synergies possibles pour renforcer ces dispositifs et leur impact. - Terrains sous contraintes en Asie
Cette table ronde a interrogé les défis des terrains de recherche marqués par des contextes de violence étatique ou de pressions plus subtiles. Les intervenants ont partagé des stratégies pragmatiques et éthiques pour répondre à ces contraintes tout en assurant la sécurité des chercheurs et des interlocuteurs locaux. Les discussions alimenteront le Livre Blanc sur les terrains empêchés, co-rédigé par les GIS Asie, GIS Études Africaines en France, GIS Moyen-Orient et Mondes Musulmans et GIS Institut des Amériques avec le GDR Europe Médiane et le GDR Mondes Russes, une initiative portée par CNRS Sciences humaines & sociales en collaboration avec l’Inalco au sein de l’unité Études aréales (UAR2999, CNRS) au Campus Condorcet.
À l’occasion de cet événement majeur, où la formule des tables rondes thématiques a été très appréciée des membres de la communauté scientifique, le GIS Asie a confirmé son rôle central à la fois dans la constitution d’un réseau national et international de recherche et sa capacité à structurer des recherches décentralisées tout en leur donnant une meilleure visibilité.