À la découverte de la France d’aujourd’hui : un atlas de la population française
#À PROPOS
La géographie a pour particularité de penser et proposer des cartes pour accompagner la réflexion scientifique sur les faits sociaux et spatiaux. Le statut de ces objets continue d’être débattu au sein de la discipline, autour de discussions renouvelées à mesure que les méthodes et outils changent. Pour autant, la carte constitue toujours un outil formidable et unique pour représenter l’inscription des phénomènes sociaux dans l’espace, souvent révélatrice d’une dimension structurante des sociétés humaines qu’il est généralement difficile d’aborder autrement. Le potentiel analytique de la carte a engendré un format spécifique de production : l’atlas. Par rapport à d’autres formats de publications, il a la particularité de placer la carte comme l’élément central et structurant de l’ouvrage.
Ainsi, l’atlas est à la fois un outil nécessaire d’exploration des territoires et un support de transmission des savoirs. Dans un contexte où les cartes se sont multipliées dans leur nombre et leur forme, l’atlas « traditionnel » conserve son attractivité et surtout son intérêt, notamment didactique. C’est ce qui a convaincu un groupe de géographes de préparer collectivement un atlas de la population française.
Un besoin partagé par des communautés variées
Ces dernières années, un besoin s’est fait ressentir sur un ouvrage qui ferait le bilan des connaissances géographiques sur les populations de la France aujourd’hui. Ce fut particulièrement flagrant quand l’une des questions des concours de l’enseignement d’histoire-géographie portait sur les populations et le peuplement en France : les collègues responsables de la préparation des étudiants et étudiantes à ces concours ont eu des difficultés à trouver des informations géographiques sur des thématiques démographiques pourtant largement considérées comme classiques. Les ouvrages de géographie de la population de la France commençaient à dater, et les informations existantes étaient éparpillées dans de nombreuses sources d’informations.
Ce besoin dépasse largement la préparation aux concours de l’enseignement. Il concerne également les élèves du secondaire, les étudiants et étudiantes des premières années universitaires, mais aussi les communautés scientifiques. C’est évidemment le cas des sciences de la population qui cherchent à comprendre les phénomènes démographiques, mais aussi des autres sciences humaines et sociales pour qui les informations élémentaires de géographie de la population alimentent les réflexions et peuvent constituer un socle sur lequel s’appuient des analyses sur d'autres thématiques.
Un groupe scientifique pour un atlas
Si le besoin d’un atlas de la population française au format papier était évident, il était clair que sa réalisation était difficilement à la portée d’une personne seule. L'idée d’une production collective s’est élaborée dans un groupe scientifique réuni autour de thématiques de population, à savoir la commission « géographie de la population » du Comité national français de géographie (CNFG). Relativement jeune, ce groupe est composé de plus de vingt géographes provenant de diverses structures de recherche en France et à l’étranger.
Une fois la décision prise de travailler collectivement, il a fallu cerner le champ de l’atlas. S’il était évident que toutes les thématiques ne pouvaient pas être abordées, il était important que tous les grands classiques du champ soient présents, ainsi que des phénomènes socio-économiques, pour lesquels il a fallu se limiter tellement ils sont potentiellement nombreux. Finalement, huit parties ont été déterminées : peuplement ; dynamiques démographiques ; structures de la population ; fécondité ; mortalité et santé ; migrations ; ménages et famille ; dimensions socio-économiques (habitat, logement, éducation, emploi, revenus). L’atlas se conclut sur une planche interrogeant les défis territoriaux des changements climatiques. Ce dernier thème mériterait un atlas à lui tout seul, notamment parce que la France se caractérise par une grande diversité de territoires. La présence de tous les incontournables des phénomènes démographiques dans un même ouvrage constitue assurément une originalité de l’atlas.
Les parties sont constituées de planches, qui sont l’équivalent des chapitres dans un ouvrage classique. Chaque planche consiste en un assemblage de cartes, de graphiques et/ou de tableaux, mis au service de la compréhension d’un phénomène particulier (voir l’exemple de deux pages d’une planche ci-dessous). Elle est ainsi riche en illustrations, avec parfois des cartes connues, mais aussi des cartes originales. L’une des spécificités de l’atlas réside dans la place faite aux commentaires des éléments graphiques et cartographiques, plus analytiques qu’à l’habitude, même s’ils sont volontairement courts. Ce choix a été fait pour dépasser la simple description, et comprendre le phénomène présenté. Si l’écriture reste simple pour s’adresser à un public le plus large possible, les planches proposent des références bibliographiques pour appuyer le propos ou aller un peu plus loin dans l’analyse scientifique.
Au total, l’atlas s’organise autour de trente-quatre planches qui permettent d’avoir une vision d’ensemble de la population française en prenant en compte la diversité des situations géographiques.
Une organisation collective
La répartition des planches entre les groupes d’auteurs et d’autrices s’est faite en fonction des spécialités. C’est l’avantage d’un travail collectif de pouvoir bénéficier d’expertises et approches multiples. La règle a été établie de ne pas avoir de planches préparées seules et de ne pas dépasser quatre collègues pour une planche. Le choix de proposer un ouvrage signé collectivement était évident, mais le parti a été pris d’indiquer la participation de chacun et chacune aux planches, par transparence pour le lectorat.
Une attention particulière a été portée sur l’harmonisation des cartes, graphiques et tableaux, avec l’utilisation de codes couleur similaires et une représentation cartographique unifiée. Plusieurs auteurs et autrices étant dans des unités mixtes de recherche (UMR) impliquant le CNRS, au sein desquelles il était possible de compter sur l’appui d’un personnel expérimenté, ce qui est essentiel dans ce genre d’entreprise. À ce titre, Céline Colange, Armelle Couillet, Olivier Gillet et Amira Hamieh du laboratoire IDEES ont fourni un travail irremplaçable.
Par ailleurs, le choix a été fait de ne pas harmoniser le contenu des planches. Une grande liberté a été accordée aux personnes responsables d’une planche dans la manière de traiter la thématique en question et les données à mobiliser. Ces dernières sont aujourd’hui nombreuses, et mises à disposition selon des modalités variées. Outre les multiples données en accès libre sur le site de l’Insee, souvent déjà exploitées, des données plus originales ont pu être mobilisées grâce, d’une part, aux archives de données issues de la statistique publique (ADISP) de Progedo et, d’autre part, au centre d’accès sécurisé aux données (CASD). Les chercheurs et chercheuses ont accès, de par leur statut, à des données plus précises que les données ouvertes en accès libre, permettant un traitement plus poussé.
Cette liberté sur le contenu des planches peut paraître atypique au premier abord, mais elle permet de mieux représenter la pluralité des approches en géographie de la population, et d’en montrer la richesse analytique.
Un résultat important et des perspectives
Le résultat de ce travail mené en collectif est un atlas papier de 300 pages en couleur, avec plus de 160 cartes, 50 graphiques et une trentaine de tableaux. C’est une somme unique qui fait le point sur la population française aujourd’hui. Il ouvre donc désormais plusieurs voies, avec seulement deux exposées ici.
La première est l’approfondissement de certaines thématiques, voire l’exploration de sujets proches. En effet, lors du travail sur les planches, il a été frappant de voir comment chaque planche pouvait être complétée. Ce constat met en évidence le potentiel et la richesse de l’approche géographique des populations, qui reste encore trop peu utilisée à l’heure actuelle. L’exemplarité de cette réalisation amènera très certainement de nouvelles propositions de travail et l’approfondissement de certaines thématiques. Cela passera par l’ouverture du groupe à l’origine de l’atlas à des collègues qui n’avaient pas été mobilisés, permettant le renforcement et le développement d’une communauté structurée des géographes de la population en France.
La deuxième perspective est sans doute l’internationalisation des résultats produits. Cela peut prendre diverses formes, mais nul doute que cet atlas offrira des opportunités de collaborations internationales. Il permet en effet de mieux positionner les connaissances sur la population française pour la compréhension générale des phénomènes démographiques, alors même que les questions de l’avenir démographique européen s’invitent de plus en plus dans les agendas politiques et technocratiques, qui gagneraient à être informés par les démarches et analyses produites par la communauté scientifique.

Composition du groupe scientifique
- Mickaël Blanchet, laboratoire Espaces et sociétés (ESO, UMR6590, CNRS / Université Rennes 2 / Université d’Angers / Université de Caen Normandie / Le Mans Université / Université de Nantes / Institut agro Rennes-Angers), Angers
- Marion Borderon, Université de Vienne, Autriche
- Sophie Buhnik, ESPI2R (Paris)
- Céline Colange, CNRS, laboratoire Identité et différenciation de l'espace, de l'environnement et des sociétés (IDEES, UMR6266, CNRS / Université de Caen Normandie/ Université Le Havre Normandie / Université de Rouen Normandie), Rouen
- Armelle Couillet, CNRS, laboratoire IDEES, Rouen
- Sylvie Coupleux, Université d’Artois, centre de recherche Texte et Cultures, Arras
- Yoann Doignon, CNRS, laboratoire IDEES, Rouen
- Sylvie Dubuc, Université de Strasbourg, laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (SAGE, UMR7363, CNRS / Université de Strasbourg), Strasbourg
- Sabine Duhamel, Université du Littoral Côte d’Opale, laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société (TVES), Dunkerque
- Rania El Falhi, laboratoire SAGE, Strasbourg
- Julie Fromentin, Ined, unité Logement, inégalités spatiales et trajectoires, Paris
- Jean-François Ghékière, Université de Lille, laboratoire TVES, Lille
- Olivier Gillet, laboratoire IDEES, Rouen
- Amira Hamieh, CNRS, laboratoire IDEES, Rouen
- Christophe Imbert, Université de Rouen, laboratoire IDEES, Rouen
- David Lessault, CNRS, laboratoire ESO, Angers
- Guillaume Le Roux, Ined, unité Logement, inégalités spatiales et trajectoires, Paris
- Sebastien Oliveau, Aix-Marseille Université, Centre méditerranéen de sociologie, de science politique et d’histoire (MESOPOLHIS, UMR7064, CNRS / AMU / Sciences Po Aix), Aix-en-Provence
- Pierre Pistre, Université Paris Cité, laboratoire Géographie-cités (UMR8504, CNRS / EHESS / Université Paris 1 Panthéon Sorbonne / Université Paris Cité), Paris
- Francois-Olivier Seys, Université de Lille, laboratoire TVES, Lille
- Jean-Francois Valette, Université Paris 8, Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces (Ladyss, UMR7533, CNRS / Université Paris Nanterre / Université Paris 8 Vincennes–Saint-Denis / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Université Paris Cité), Paris