Le British Museum face au débat sur la décolonisation des collections muséales

Résultats scientifiques Droit

Alors que le British Museum est un des musées les plus contestés au monde, la juriste Catharine Titi, chargée de recherche CNRS au Centre d'études et de recherches de sciences administratives et politiques (CERSA, UMR7106, CNRS / Université Paris-Panthéon-Assas), expose l’histoire méconnue d’une série d’objets en possession du musée et passe en revue sa réponse inadéquate au débat sur la restitution. Son article Museums and the Spoils of Empire: From the Benin Bronzes to Those Marbles Again, publié dans The Journal of Imperial and Commonwealth History, est le résultat de son travail continu sur les musées et les objets d’art pillés.

Certains musées possèdent des objets controversés acquis par le biais du pouvoir impérial ou colonial. C’est le cas du British Museum, dont le directeur a récemment reconnu le caractère contesté de sa collection, tout en affirmant son intention de vouloir redonner au musée « sa gloire d’antan » et de fermer la porte aux restitutions.

À qui appartiennent les objets contestés ?

L’article Museums and the Spoils of Empire examine d’un œil critique l’histoire d’une série d’objets en possession du musée londonien et actuellement réclamés par leurs pays d’origine. Bien que la France ait été contrainte de restituer à leur pays d’origine les objets d’art issus des spoliations napoléonniennes en Europe, les Britanniques n’ont jamais rendu les acquisitions égyptiennes de Napoléon, telles que la pierre de Rosette, qui étaient passées entre leurs mains quelques années auparavant. L’étude revèle les histoires déchirantes et souvent méconnues d’autres objets et notamment des marbres du Parthénon, du trésor de Maqdala et des bronzes du Benin, qui ont été pillés par les Britanniques au cours du xixe siècle. Tous ces objets se trouvent aujourd’hui au cœur de vifs débats sur la restitution de l’art pillé.

La nouvelle politique du musée et le débat sur la restitution

L’étude démonte le mythe de la valeur éducative des musées dits « universels », comme le British Museum, et aborde des thèmes difficiles, tels que le besoin de réparer les injustices causées par le colonialisme à travers la restitution d’objets pillés. 

Contrairement au musée londonien, de nombreux pays et institutions relèvent les défis posés par leurs collections impériales et coloniales en restituant le patrimoine contesté. L’étude se penche en particulier sur la nouvelle politique néerlandaise en matière de restitutions coloniales, motivée par un désir de justice.

Publié dans la section Débats d’actualité de la revue The Journal of Imperial and Commonwealth HistoryMuseums and the Spoils of Empire est la première étude à s’intéresser de si près à la question de l’impérialisme dans les collections du British Museum et à la nouvelle politique du musée, telle qu’elle a été annoncée dans une interview récente du nouveau directeur du musée. 

Catharine Titi, dont plusieurs travaux se sont intéressés à la capacité du droit de faire justice et qui est également auteur d’un livre sur les marbres du Parthénon et le droit international (Titi C. 2023, The Parthenon Marbles and International Law, Springer), adopte une approche critique et souligne les failles de la nouvelle politique du musée. En même temps, elle démontre le besoin de restituer des objets contestés, ouvrant ainsi un débat jusqu’alors tabou sur ses collections coloniales et impériales.

image
Les marbres du Parthénon au British Museum, l'un des trésors les plus contestés du musée CC BY-SA 2.0

Référence :

Titi C. 2025, Museums and the Spoils of Empire: From the Benin Bronzes to Those Marbles Again, The Journal of Imperial and Commonwealth History

Contact

Catharine Titi
Chargée de recherche CNRS, Centre d'études et de recherches de sciences administratives et politiques