Le CERDI : cinquante ans au service du développement international

La Lettre Economie/gestion

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Le Centre d'études et de recherches sur le développement international (CERDI, UMR6587, CNRS / Université Clermont Auvergne) fête cette année ses cinquante ans. Le 7 octobre dernier, la cérémonie a ainsi réuni à Clermont-Ferrand plusieurs centaines d’anciennes diplômées, d’étudiantes et de membres du laboratoire autour des fondateurs, Patrick Guillaumont et Sylviane Guillaumont Jeanneney. Étaient également représentés des partenaires institutionnels et internationaux, pour célébrer cet anniversaire et discuter de l’actualité du développement économique. 

Le CERDI, Centre d’études et de recherches sur le développement international, est un laboratoire de recherche en économie créé en 1976 à Clermont-Ferrand par l’université et le CNRS. C’était alors la seule équipe associée qui explorait les questions de développement économique, notamment des pays d’Afrique. Elle est devenue une unité mixte de recherche (UMR) en 1996. S’ils n’étaient qu’une dizaine au départ, l’unité compte aujourd’hui 35 permanents, et une cinquantaine de post-doctorantes, ATER, doctorantes et assistantes de recherche. 

L’unité est née de la volonté de deux passionnés, Patrick Guillaumont et Sylviane Guillaumont Jeanneney. Les deux fondateurs du CERDI ont débuté leur carrière en 1965 à l’université de Dakar (aujourd’hui université Cheikh Anta Diop) au Sénégal. Cette première expérience académique a contribué à façonner leurs intérêts de recherche et à les rapprocher des enjeux du développement. Dès le départ, la vocation internationale du centre s’est concrétisée par l'accueil d'une dizaine d’étudiantes africaines. Dans le champ très large de l’économie du développement, le CERDI a placé au cœur de ses travaux de recherche des questions macroéconomiques, telles que l’économie monétaire et la gestion du taux de change, l’intégration économique, la politique fiscale, la stabilisation du prix des produits primaires ou encore le financement du développement. Cette spécificité clermontoise a permis au centre d’établir des liens très étroits avec des organisations internationales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), ainsi qu’avec des organisations, gouvernements et administrations de pays africains, et, en France, avec l’Agence française de développement. Un autre choix méthodologique important du CERDI a été de combiner dans ses analyses économiques les spécificités de chaque pays en développement (en termes de priorités et de contraintes) avec une méthodologie standard basée, notamment, sur un traitement très pointu des données. 

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Patrick Guillaumont et Sylviane Guillaumont Jeanneney, cofondateurs du CERDI, 1999 © CERDI

La création du CERDI a permis d’ouvrir une fenêtre sur le monde en Auvergne, au cœur de la France. Cette ouverture est liée à l’objet des recherches qui y sont menées, à l’origine géographique de ses doctorantes — dont environ les trois quarts sont étrangers — et de ses membres permanents. Le CERDI est aussi un lieu de passage. Depuis sa création, plus de 4 500 étudiants ont été diplômés de masters adossés au CERDI, et environ 450 docteures ont soutenu leur thèse dans l’unité, pour poursuivre ensuite leur carrière dans le milieu académique, en France où à l’étranger, dans des institutions internationales, régionales, ou bien dans les administrations publiques de leurs pays d’origine. Le CERDI est ainsi le plus grand pourvoyeur de recrutées originaires de pays francophones de l’economist program du FMI (la porte d’entrée principale dans cette institution), et l’un des principaux au niveau mondial, avec Harvard aux États-Unis et l’université d’Oxford au Royaume-Uni. Il a contribué à former de nombreux référents pays membres non seulement du FMI mais aussi de la Banque mondiale, l'autre institution créée à Bretton Woods en 1944 pour organiser le système monétaire mondiale et promouvoir le développement économique après le deuxième conflit mondial. Le réseau de ces anciennes diplômées, formalisé par l’association CERDI Alumni, est un actif très important.

Les membres permanents du CERDI sont aussi régulièrement sollicités par le Fonds monétaire international et d’autres institutions internationales pour des missions d’expertise, notamment dans les pays africains, sur des questions couvrant par exemple la lutte contre la fraude en douane, la réforme de la taxe sur la valeur ajoutée, la règlementation limitant les pratiques d’optimisation fiscale des entreprises multinationales, ou encore la décentralisation de l’administration publique. Entre 2019 et 2024, les membres du CERDI ont ainsi réalisé 182 missions d’expertise dans une quarantaine de pays du monde (dont 23 en Afrique). Avec son vaste réseau d’anciennes et ses relations historiques et solides avec les organisations internationales, le CERDI est une force importante pour le rayonnement de la recherche, de la formation et de l’expertise française dans le monde, dans le domaine du développement et du partenariat international.   

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Plants prêts à être replantés dans les parcelles de la Grande muraille verte au Sénégal © Natalia MEDINA SERRANO / ESS / OHMi Téssékéré / CNRS Images

Au fil de ces cinq décennies, le CERDI a connu une évolution de ses approches méthodologiques, avec une montée en puissance des recherches microéconomiques, s’appuyant souvent sur des missions de terrain pour collecter des données originales. Ces recherches ont aussi été conduites en intégrant d’autres disciplines des sciences humaines et sociales, comme l’anthropologie ou la psychologie, qui ont contribué à façonner les questions de recherche et à définir des approches méthodologiques plus adaptées pour y répondre, parfois dans le cadre de projets interdisciplinaires et toujours en collaboration avec des acteurs locaux. 

Le CERDI a toujours eu comme objectif de générer des connaissances utiles à la définition et à l’évaluation des politiques publiques. Le laboratoire veille à la pertinence des questions de recherche relatives aux grandes questions liées au développement économique, et à la demande exprimée par les pays du Sud et par les institutions internationales et nationales. Cette attention a conduit à une évolution récente au sein de l’unité, qui a décidé d’accorder une importance centrale à l’ouverture et à la transparence de ses activités de recherche, et notamment de ses analyses empiriques. Cette transparence est, dans une logique de science ouverte, vitale pour permettre à d’autres chercheurs et chercheuses de reproduire les résultats de l’analyse, et de préserver ainsi la crédibilité des recommandations de politique économique qui en découlent. L’ambition de l’unité est d'associer une pleine transparence à la logique de la « science pour la société » portée par le CNRS ; cela conduit le laboratoire à s'intéresser à des sujets cruciaux pour les pays du Sud. Dans la même logique, le CERDI a été à l’initiative, en 2003, de la constitution d’une fondation d’utilité publique, la Ferdi, think tank dont la mission principale est d’assurer la transmission des résultats issus de la recherche menée au CERDI auprès des décideurs politiques et institutionnels. En 2022, l’antenne européenne du Global Development Network, une organisation internationale, ainsi qu’un bureau de l’Agence française de développement ont rejoint le laboratoire et la fondation, formant le Pôle clermontois de développement international, un cluster dédié aux questions de développement et de partenariat international soutenu par l’État et les collectivités territoriales.   

Il y a 50 ans, créer une unité dédiée au développement international au cœur de l’Auvergne était un pari risqué, car l’unité était éloignée non seulement de ses terrains d’études, mais aussi de Paris et de ses centres de décisions. Ce pari a été gagné. Le CERDI ambitionne aujourd’hui de montrer la même audace pour relever d’autres défis. La réduction (en France et ailleurs dans le monde) des ressources dédiées à l’aide publique au développement et les difficultés de plus en plus importantes auxquelles font face les étudiantes étrangeres pour poursuivre leurs études en France font peser une menace importante sur le CERDI. Cependant, les tensions géopolitiques croissantes, l’accélération technologique (IA) et le dérèglement climatique en cours ne font qu’accroître l’importance de poursuivre des activités de recherche dédiées au développement international. Les défis auxquels le monde, et tout particulièrement les pays du Sud, font actuellement face créent le besoin de solutions économiques innovantes, qui doivent s’appuyer sur les résultats de la recherche. Le CERDI compte poursuivre sa contribution de cette mission dans les prochaines décennies. 

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Illustration réalisée pour les 50 ans du CERDI © DIRCOM, Université Clermont Auvergne

 

Simone Bertoli, professeur à l’université Clermont Auvergne et directeur du CERDI

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Simone Bertoli
Professeur à l’université Clermont Auvergne et directeur du Centre d'études et de recherches sur le développement international (CERDI)