Le mercato des postes : rapprocher le travail du domicile sans déménager

Résultats scientifiques Sociologie

Et si deux salariés exerçant le même métier échangeaient simplement leur poste pour réduire leurs trajets domicile-travail ? À partir de la Base Tous salariés, une étude menée notamment par Yoann Demoli, sociologue au Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé, UMR8019, CNRS / Université de Lille), en partenariat avec le Forum Vies Mobiles, estime pour la première fois le potentiel d’une telle politique publique. Elle montre qu’un droit à l’échange de postes pourrait améliorer la qualité de vie de millions d’actifs tout en réduisant significativement les émissions de CO₂ liées aux mobilités quotidiennes.

Les trajets domicile-travail représentent une part importante des déplacements contraints en France. Ils pèsent sur la qualité de vie des salariés, sur leur budget et sur l’environnement. Dans ce contexte, le Forum Vies Mobiles, think tank français expert de la mobilité, a souhaité évaluer le potentiel d’une mesure simple : permettre à deux salariés exerçant le même métier d’échanger leur poste afin de se rapprocher de leur domicile, sans déménager ni créer de nouvelles infrastructures.

Pour dimensionner ce potentiel, un sociologue, un professeur de droit et des acteurs de la mobilité ont utilisé la base nationale exhaustive « Tous salariés », issue des déclarations sociales nominatives, couvrant près de 30 millions d’actifs. Un algorithme de permutation a permis d’identifier les situations dans lesquelles un échange de postes réduit la distance domicile-travail des deux salariés concernés.

Les résultats montrent qu’environ 3,9 millions de salariés — soit 13 % de l’ensemble des actifs — pourraient théoriquement échanger leur poste. Pour ces personnes, la distance moyenne domicile-travail serait réduite d’environ 15 kilomètres par trajet, soit près de 47 % de temps de déplacement en moins. Cela représente environ 120 heures de temps libéré par an pour les salariés concernés.

Les effets seraient aussi collectifs. Une généralisation du dispositif permettrait d’éviter jusqu’à 2,9 millions de tonnes de CO₂ émis par an, soit une contribution significative aux objectifs de décarbonation des mobilités. Elle pourrait également favoriser le développement des modes actifs, notamment la marche et le vélo, en rapprochant lieux de vie et lieux d’emploi.

Une enquête réalisée en parallèle montre que cette proposition rencontre un large soutien social : environ 80 % des Français se déclarent favorables à la création d’un droit à l’échange de postes. Cette convergence entre faisabilité technique, bénéfices sociaux et acceptabilité citoyenne fait du mercato des postes une piste originale de politique publique de sobriété dans les mobilités.

Objectifs de développement durable

ODD

Cette recherche contribue particulièrement à la réflexion menée autour des objectifs 11 « Villes et communautés durables » : réduction des déplacements contraints et amélioration des mobilités quotidiennes ; 13 « Lutte contre les changements climatiques » : réduction des émissions de CO₂ liées aux transports ; 3 « Bonne santé et bien-être » : diminution du stress et de la fatigue liés aux longs trajets domicile-travail.

Référence :

Contact

Yoann Demoli
Maître de conférences en sociologie à l’université de Lille, Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques