Le PEPR VDBI : comment agir pour la ville par la recherche ?
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Les investissements d'avenir, aussi appelés programmes d'investissement d'avenir (PIA), sont des programmes d'investissement de l'État français pour l'enseignement supérieur et la recherche. Le premier a été initié en 2010 et ce type de financement est toujours en cours en 2022.
Il s'agit d'une politique publique de l'innovation. Le quatrième programme d’investissement d’avenir ou PIA4 comporte une action «Programmes et équipements prioritaires de recherche » (PEPR) dotée de trois milliards d’euros, avec un montant moyen pour chaque PEPR de l’ordre de 50 millions. Ces PEPR visent à construire ou consolider un leadership français dans des domaines scientifiques considérés comme prioritaires aux niveaux national ou européen et liés ou susceptibles d'être liés à une transformation technologique, économique, sociétale, sanitaire, environnementale, etc. Deux types de PEPR ont été proposés. Les PEPR exploratoires accompagnent et soutiennent une trajectoire scientifique émergente. Ils doivent permettre de conduire une politique scientifique sur des domaines d’intérêt national et européen tout en escomptant la multiplicité des retombées scientifiques et techniques. Les PEPR d’accélération accompagnent une trajectoire scientifique en cours avec des produits, services, usages et acteurs bien identifiés. Ils doivent permettre de lever les barrières et les verrous scientifiques. L’État désigne les pilotes associés et le financement alloué à chaque PEPR. Les pilotes scientifiques associés ont pour mission de décrire concrètement leur programme dans un document de cadrage.
Parmi les PEPR co-pilotés par le CNRS et plus particulièrement par l’InSHS, figure la stratégie d’accélération Villes Durables et Bâtiments Innovants. Elle fait partie de la vingtaine de stratégie aujourd’hui en cours au niveau national. Parmi ces dernières, il faut d’ailleurs souligner qu’une équipe de chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales est plus particulièrement investie dans la stratégie Recyclabilité, Recyclage et Réincorporation de Matériaux Recyclés.
La notion de « développement durable » émerge dans les débats internationaux en 1988 avec le rapport Brundtland (Notre avenir à tous / Our common future). Elle apparaît rapidement sous la forme d’un schéma qui situe le développement durable à la croisée de trois sphères représentant l’environnement, l’économie, le social. En 1994, avec la Charte d’Aalborg, la notion s’étend à la ville, les villes européennes s’entendant pour opérer les mutations nécessaires pour devenir des « villes durables ». À partir des années 2000, les questions environnementales deviennent de plus en plus prégnantes dans le débat public. Depuis, une multitude d’actions et d’initiatives ont eu lieu — label, conférences internationales, réglementations, etc. — et pourtant, la mise en œuvre de ville durable reste toujours et encore à ce jour à l’agenda des urgences.
Ce n’est pas que rien n’ait été fait ni entrepris, mais les résultats n’apparaissent pas à la hauteur des enjeux. Parmi les obstacles qui se dressent devant la mise en œuvre de la ville durable, quatre d’entre eux apparaissent majeurs :
1/un grand nombre d’initiatives sont menées de par le monde, mais de manière dispersée et faiblement coordonnées,
2/le fait urbain et surtout sa généralisation restent un fait minoré et scientifiquement insuffisamment documenté,
3/ une production de solutions à l’échelle locale à des problèmes qui se posent à l’échelle planétaire,
4/des communautés scientifiques et techniques fragmentées autour du problème des villes durables et des bâtiments innovants.
Feuille de route scientifique et technique
Piloté par le CNRS et l’Université Gustave Eiffel (UGE), le PEPR Solutions pour la ville durable et innovations territoriales (VDBI) a pour vocation d’accélérer le mouvement en contribuant à la constitution d’une communauté capable de prendre en charge scientifiquement et techniquement les problèmes de mise en œuvre de la ville durable et des bâtiments innovants. Il s’agit de construire une recherche sur la trajectoire de l’urbanisation et capable d’orienter cette dernière. L’urgence appelle à la mobilisation de toutes les parties prenantes : praticiennes et industrielles, autorités locales, publics et citoyennes, chercheurs et chercheuses. Pour ce faire, deux stratégies croisées ont été définies : développer une recherche tirée par l’aval conditionnée par la capacité à mobiliser l’ensemble des champs de la connaissance scientifiques et techniques (disciplines, pratiques).
Une recherche tirée par l’aval ou les vertus d’une recherche dans l’urgence (absolue)
Sous la pression, la recherche n’a guère d’autres choix que de partir des problèmes (verrous, barrières, difficultés) de mise en œuvre de villes durables et de bâtiments innovants. Elle doit prendre en compte le fait que l’action est aussi orientée vers la résolution de problèmes : autrement dit, agir est une production de connaissances nécessaires. En conséquence, il est possible de s’appuyer sur cette nécessité pour modifier les modalités d’action par la recherche : « faire » pour «penser», « agir » pour « connaître » ou, plus précisément, « agir pour connaître pour agir ».
L’exercice de la pluralité scientifique
Les problèmes de mise en œuvre de villes durables et de bâtiments innovants apparaissent difficilement solubles dans l’organisation disciplinaire des sciences et techniques. Ces problèmes étant multiscalaires, multidimensionnels et systémiques, aucune discipline ne semble en capacité de s’en saisir et de les résoudre seule.
De fait, les sciences et les techniques sont plurielles : non pas une science ou une technique, mais des sciences et des techniques. Symétriquement, il faut ajouter la pluralité des formations et des métiers. L’exercice de la pluralité permet d’espérer cultiver des approches systémiques et favoriser des approches globales de type holistique.
Pour ce faire il convient que toutes les disciplines et métiers puissent disposer d’un objet en commun, en partage. La ville, l’urbain, l’urbanisation, l’urbanisation généralisée, la ville durable, les bâtiments, les constructions, etc. sont autant d’objets en commun entre à peu près toutes les disciplines académiques et techniques, tous les métiers.
Les grands défis à relever, trois centres opérationnels et deux appels à projet
Le PEPR Ville Durable et Bâtiment Innovant doit constituer un levier national, européen et international pour la mise en œuvre de villes durables et de bâtiments innovants. Pour ce faire, le PEPR est doté de 40 M€.
Cinq grands défis sont à relever : le changement climatique, la résilience urbaine, une urbanisation sobre et frugale, une urbanisation inclusive et équitable, une urbanisation durable assurant santé et bien-être. À ces cinq défis, s’ajoutent les défis émergents impliquant une attention forte des chercheurs, chercheuses et parties prenantes aux signaux faibles annonciateurs des grandes transformations sociotechniques à venir.
Dès le lancement du PEPR, trois centres opérationnels permettent d’engager la recherche sur la mise en œuvre de VDBI, en mettant à disposition les connaissances déjà disponibles. Ces trois centres opérationnels (CO) intéressent : la mise à disposition des informations disponibles sur les villes durables et produites dans le cadre du PEPR (CO SIVDB) ; l’aide à la compréhension et au rôle des modèles dans l’action (CO MVBDI) ; l’évaluation des politiques publiques VDBI (CO MESAP).
Enfin, deux appels à projet échelonnés sur deux ans viennent compléter le dispositif.
En conclusion
En encourageant une recherche tirée par l’aval, en favorisant la pluralité scientifique et technique, le PEPR VDBI peut contribuer au renouvellement des infrastructures des sociétés urbaines contemporaines. La transformation des infrastructures urbaines participe aux changements des comportements individuels et collectifs et peut donc concourir aux transitions nécessaires pour faire face à la catastrophe environnementale et sociale en cours : changer la ville pour changer la vie.
Reste à mobiliser les communautés de recherche et à trouver les ressources pour mobiliser l’ensemble des parties prenantes.
Gilles Gesquière, Université Lumière Lyon, Laboratoire d'informatique en image et systèmes d'information (LIRIS,UMR5205, CNRS / INSA Lyon / Université Claude Bernard Lyon 1 ), Jean-Yves Toussaint, Insa Lyon, Environnement,ville et société (EVS, UMR5600, CNRS / Université JeanMoulin Lyon 3 / Université Lumière Lyon 2 / UniversitéJean-Monnet-Saint-Étienne / Mines Saint-Étienne / InsaLyon / ENS Lyon / ENTPE / ENSAL)
Gilles Gesquière et Jean-Yves Toussaint sont codirecteurs du PEPR Ville Durable pour le CNRS. Dominique Mignot en assure la co-direction pour UGE.
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