Les citoyens du monde entier favorables à une hausse du financement du développement

Résultats scientifiques Economie/gestion

Du 30 juin au 3 juillet 2025, Séville accueillera la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement (FfD4). Cette conférence offre une occasion historique d’obtenir des ressources tant attendues pour le développement durable dans les pays du Sud. Or, une étude récemment parue dans la revue Nature Human Behaviour révèle que la majorité des citoyens sont favorables à des mesures mondiales de redistribution ou de lutte contre le changement climatique, même dans les pays à hauts revenus qui seraient mis à contribution. Ces résultats inédits pourraient contribuer à débloquer les négociations internationales sur les questions climatiques et fiscales.

En 2015, tous les pays ont unanimement adopté les Objectifs de développement durable (ODD). Dix ans plus tard, les deux premiers objectifs — éradiquer l’extrême pauvreté et la faim d’ici 2030 — sont loin d’être atteints. Il est désormais clair que l’extrême pauvreté ne pourra être éradiquée au cours de la décennie si les pays à hauts revenus ne respectent pas leur engagement d’accroître les transferts internationaux1. Ces dernières années, diverses solutions innovantes pour financer le développement durable ont été proposées. L’Union africaine appelle à un régime mondial de taxation du carbone. L’Inde appelle à un financement accru de l’action climatique par les pays développés. Au G20, le Brésil a proposé une taxation coordonnée des milliardaires pour financer des programmes de lutte contre la pauvreté. Le groupe de travail sur les prélèvements de solidarité mondiale, mis en place par les gouvernements de la France, du Kenya et de la Barbade, propose de nouvelles taxes internationales sur la fortune, les transactions financières et l’aviation.

Une majorité pour des mesures mondiales de redistribution et de lutte contre le changement climatique 

Les gouvernements des pays à hauts revenus sont généralement réticents à adopter des mesures de financement du développement. Pourtant, cette réticence reflète-t-elle les préférences de leurs propres populations ? Une étude, réalisée par une équipe de recherche internationale et récemment publiée dans Nature Human Behaviour, montre le contraire. 

Dans cette étude, Adrien Fabre, chargé de recherche CNRS au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement2, et ses coauteurs3 ont d’abord mené des enquêtes représentatives auprès de plus de 40 000 personnes dans vingt pays. Ils ont constaté un soutien massif à une taxe mondiale sur les millionnaires qui financerait les pays à bas revenus (Figure 1). Impressionnés par ces résultats, les chercheurs ont décidé de mener des enquêtes supplémentaires auprès de 8 000 personnes aux États-Unis et dans quatre pays européens (France, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni), afin de vérifier la véracité et la sincérité du soutien à la redistribution mondiale.

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Figure 1 - Soutien à des mesures de redistribution mondiale (en % des réponses non Indifférent⋅e).Source : Fabre et al. 2025, Majority Support for Global Climate and Redistributive Policies, Nature Human Behaviour.

Les nouvelles enquêtes confirment un large soutien à une taxe mondiale sur les millionnaires finançant les pays à bas revenus (69 % aux États-Unis, 84 % en Europe), à un niveau similaire au soutien à une taxe nationale sur les millionnaires finançant les services publics nationaux (Figure 2). 

Les chercheurs ont ensuite demandé aux répondants comment ils préféreraient allouer les recettes d’une taxe mondiale sur la fortune : le répondant médian attribue 30 % aux pays à bas revenus contre 70 % pour la santé et l’éducation dans son propre pays. D’autres questions de l’enquête confirment que la plupart des gens se soucient de la pauvreté dans le monde. Par exemple, plus de 60 % des répondants souhaitent augmenter l’aide au développement de leur pays.

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Figure 2 - Soutien à des mesures de redistribution mondiale (en % des réponses non Indifférent⋅e).Source : Fabre et al. 2025, Majority Support for Global Climate and Redistributive Policies, Nature Human Behaviour.

Un plan mondial pour le climat soutenu malgré son coût : jusqu’à 76 % d’approbation en Europe

Adrien Fabre et ses coauteurs ont également décrit un « Plan mondial pour le climat », consistant en un prix mondial du carbone finançant un même transfert de 30 euros par mois pour chaque personne sur Terre, réduisant ainsi l’extrême pauvreté. Ils ont expliqué aux répondants que les hausses de dépenses (dues à la hausse des prix des combustibles fossiles) ne seraient que partiellement compensées par ce transfert monétaire, et les ont informés du coût pour la personne moyenne de leur pays (par exemple, une perte de 10 euros par mois en France ou 85 dollars par mois aux États-Unis). Même en comprenant bien les coûts qu’elle implique, 54 % des Américains et 76 % des Européens soutiennent cette mesure.

Enfin, diverses méthodes expérimentales indiquent que le soutien à la redistribution mondiale est sincère. Par exemple, les chercheurs ont observé qu’un candidat progressiste ne perdrait pas — et pourrait même gagner — des intentions de vote en faisant campagne sur la redistribution mondiale. Ce résultat repose sur une expérience dans laquelle ils ont présenté aux répondants deux programmes politiques, correspondant aux programmes conservateur et progressiste de leur pays. Pour une moitié aléatoire de l’échantillon, ils ont ajouté le Plan mondial pour le climat au programme progressiste. La part de répondants préférant le programme progressiste n’est jamais réduite lorsque celui-ci inclut le Plan mondial pour le climat, et est même plus élevée dans certains pays, de 11 points en France.

Référence

Fabre A., Douenne T., Mattauch L. 2025, Majority support for global redistributive and climate policies, Nature Human Behaviour.

Contact

Adrien Fabre
Chargé de recherche CNRS, Centre international de recherche sur l'environnement et le développement

Notes

  1. À ce sujet, voir : Fabre A. 2025, Shortfall of Domestic Resources to Eradicate Extreme Poverty by 2030The Journal of Development Studies, 1–15.
  2. Cired, UMR8568, CNRS / École des Ponts ParisTech / Cirad / AgroParisTech.
  3. Thomas Douenne, Université d’Amsterdam, et Linus Mattauch, Université technique de Berlin.