Les troubles spécifiques des apprentissages : mieux les connaître pour mieux les accompagner

La Lettre Sciences du langage

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Directrice de recherche CNRS en neurosciences cognitives, Véronique Boulenger s’intéresse à l’ancrage du langage dans le système sensorimoteur, ainsi qu’à la synchronisation des rythmes cérébraux sur la parole, chez des populations neurotypiques ou présentant des troubles du langage. Ingénieure d’études CNRS, Jennifer Krzonowski accompagne les équipes de recherche dans la mise en oeuvre de protocoles expérimentaux visant à étudier le développement et le traitement du langage. Directrice de recherche CNRS, Alice Catherine Roy s’intéresse aux représentations du corps et de l’action ainsi qu’aux interactions entre le système moteur et les différentes composantes du langage, de la phonologie à la syntaxe, chez des populations neurotypiques et présentant un trouble du développement de la coordination. Maîtresse de conférence à l’université Lyon 1 et orthophoniste, Agnès Witko développe des travaux visant à mieux comprendre les interactions entre facteurs environnementaux et développementaux, qu’il s’agisse de caractériser le bilinguisme ou de comprendre la diversité des profils de dyslexie. Toutes quatre sont membres du laboratoire Dynamique du langage (DDL, UMR5596, CNRS / Université Lumière Lyon 2) dont les recherches explorent l’articulation entre la diversité des milliers de langues parlées à travers le monde et l’universalité de la capacité langagière humaine.

Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) paru en 2013, les troubles spécifiques des apprentissages sont classés parmi les troubles du neurodéveloppement (TND). Ils concernent principalement :

  • la lecture, appelé trouble spécifique des apprentissages avec déficit de la lecture ou dyslexie ; 
  • l’expression écrite, appelé trouble spécifique des apprentissages avec déficit de l’expression écrite, désignée par dysorthographie ;
  • les mathématiques, appelé trouble spécifique des apprentissages mathématiques, connu sous le nom de dyscalculie.

Ces troubles sont souvent regroupés sous le terme « troubles dys », qui englobe également le trouble développemental du langage (TDL) ou dysphasie, le trouble développemental de la coordination (TDC) ou dyspraxie, ainsi que le trouble déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité (TDA/H).

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Figure 1 : Troubles du neurodéveloppement selon le DSM-5 (2013). En France, il est d’usage d’utiliser le terme « Troubles Dys », absent du DSM-5, pour regrouper les troubles suivants : TDC
(dyspraxie), TDL (dysphasie), dyslexie, dysorthographie et dyscalculie (en gras sur la figure).

Selon l’Inserm1, les troubles spécifiques des apprentissages concernent 5 à 7 % des enfants d’âge scolaire, avec 1 à 2 % de formes sévères parmi les troubles « dys », soit environ un à deux élèves par classe. Ces troubles sont primaires : ils ne découlent pas d’un déficit intellectuel, sensoriel, social ou éducatif, mais de mécanismes neurobiologiques spécifiques. Ces troubles présentent un impact durable sur la scolarité et la vie quotidienne, et persistent à l’âge adulte. 40 % des enfants avec un trouble « dys » présentent plusieurs troubles associés, par exemple TDL et TDC, TDC et TDA/H, TDL et dyslexie/dysorthographie, ou encore dyslexie/dysorthographie et dyscalculie.

 

La dyslexie et la dysorthographie

La dyslexie développementale et la dysorthographie sont deux troubles, parmi les plus repérés, qui touchent environ un enfant sur six ou dix selon les études. Bien que leur origine exacte reste inconnue, des antécédents familiaux sont souvent observés. Ils se manifestent chez des personnes dont l’intelligence est préservée, évoluant dans un milieu socio-culturel stimulant, avec une scolarité adaptée et une exposition suffisante à la langue écrite.

La dyslexie, aussi appelée « trouble spécifique des apprentissages avec déficit de la lecture », se caractérise par des difficultés à lire de manière fluide, précise et rapide, ainsi qu’à comprendre un texte écrit. Dans les langues alphabétiques, elle se manifeste par une difficulté à intégrer les principes du code alphabétique (association des lettres/graphèmes aux sons/phonèmes) et à acquérir un lexique orthographique. Ces difficultés entraînent des erreurs de décodage, des confusions de lettres, des inversions ou des omissions, rendant la lecture laborieuse. Elle est très souvent associée à la dysorthographie, mais cette dernière peut également se manifester de manière isolée.

La dysorthographie, ou « trouble spécifique des apprentissages avec déficit de l’expression écrite », est un trouble de l’acquisition et de l’automatisation de l’orthographe. Elle impacte principalement l’exactitude en orthographe, en ponctuation et en grammaire, ainsi que la clarté de l’expression écrite. On distingue deux formes principales : la dysorthographie phonologique, où les mots écrits ne correspondent pas à la forme sonore voulue en raison de difficultés à encoder les sons du langage (phonèmes), et la dysorthographie lexicale ou de surface, où les difficultés résident dans le rappel de la forme visuelle des mots, entraînant des erreurs d’orthographe malgré une prononciation correcte. Les personnes dysorthographiques peuvent commettre des erreurs ou omissions dans la copie de mots, produire des transcriptions confuses lors de prises de notes ou de dictées, ou avoir un graphisme déformé ou illisible.

Ces troubles entraînent des difficultés persistantes à l’âge adulte dans des tâches liées à l’écrit, avec un retentissement fonctionnel important : ils peuvent freiner la progression scolaire et académique, générer une grande fatigabilité dans les activités de lecture ou d’écriture, et poser des défis dans la vie quotidienne, notamment pour comprendre des textes administratifs ou produire des documents professionnels. Pourtant, selon le Collège français d’orthophonie (CFO)2, les personnes concernées conservent une compréhension orale normale, qui constitue un appui précieux pour les apprentissages.

 

La dyscalculie 

Le « trouble spécifique des apprentissages mathématiques », ou dyscalculie, est un trouble neurologique qui affecte la capacité d'une personne à comprendre et à manipuler des nombres, des concepts et des opérations mathématiques. Il touche 3 à 7 % des individus selon les études, et 20 % des personnes dyslexiques en sont également atteintes. Comme pour la dyslexie et la dysorthographie, la dyscalculie se manifeste chez des personnes dont l'intelligence est par ailleurs préservée.

Les personnes dyscalculiques ont en général des difficultés à évaluer de petites quantités, à dénombrer, à manipuler le code arabe pour lire, écrire et comprendre le sens des nombres. Les calculs arithmétiques simples, en calcul mental et même à l'écrit, sont problématiques. Il est également difficile pour ces personnes de mémoriser ou d’apprendre des nombres, comme les numéros de téléphone ou les tables d’addition ou de multiplication. Les personnes avec une dyscalculie peuvent enfin éprouver des difficultés à distinguer les symboles +, -, x, et / ou à comprendre des concepts comme « moins que » ou « deux fois plus que ».

La dyscalculie est un trouble qui persiste à l’âge adulte et qui engendre des difficultés au quotidien, comme vérifier sa monnaie, évaluer les distances, les poids, utiliser les dates et les heures, ou encore décoder un schéma de montage de meuble.

 

Repenser les troubles spécifiques des apprentissages : hétérogénéité, résilience et adaptations 

Pour faire évoluer les représentations sur les troubles spécifiques des apprentissages, il est essentiel d’en saisir la complexité et d’en aborder toutes les dimensions.

On observe une grande hétérogénéité clinique au sein des troubles « dys ». En effet, ils ne se manifestent pas de la même manière chez toutes les personnes concernées. Les déficits cognitifs sous-jacents, tels qu’une mémoire à court terme fragile ou une perception et une catégorisation des sons de parole altérées, et leurs manifestations comportementales, telles qu’une lecture lente et laborieuse ou des difficultés en orthographe, sont très variables d’une personne à l’autre. Ces déficits peuvent se combiner de multiples façons, expliquant la diversité des profils observés. Quelle que soit la combinaison de déficits, les troubles « dys » engendrent inévitablement un coût cognitif et une fatigue, souvent peu visibles. 

Au-delà des difficultés rencontrées, il est crucial de repérer et de valoriser les forces et les ressources sur lesquelles les personnes concernées peuvent s'appuyer. Celles-ci peuvent inclure un bon niveau de vocabulaire, de solides capacités de raisonnement, une ténacité et une volonté de réussir, ainsi que des capacités de résilience face aux obstacles répétés.

Les troubles « dys » s’accompagnent souvent de répercussions émotionnelles et psychologiques importantes. Les difficultés rencontrées au quotidien, en particulier dans le milieu scolaire, ainsi que les échecs répétés affectent souvent l’estime de soi et génèrent du stress, de l’anxiété ou encore du découragement. Ces aspects trop souvent négligés, de même que la fatigue, le coût généré par les troubles et les compensations mises en place, jouent un rôle déterminant dans le bien-être et la motivation des personnes concernées.

Par ailleurs, les troubles « dys » se répercutent également sur l’entourage. Les dynamiques familiales, les interactions sociales et les opportunités offertes par la société influencent fortement la capacité à surmonter les obstacles. Un environnement bienveillant, adapté et sensibilisé favorise le développement de stratégies de compensation efficaces, contribuant à l’épanouissement personnel, scolaire et professionnel des personnes présentant un trouble « dys ».

Enfin, les besoins des personnes avec des troubles « dys » évoluent tout au long de la vie. Les aménagements qui se révèlent efficaces à une étape du parcours peuvent devenir insuffisants ou inadaptés ensuite. Ce qui fonctionnait à l’école primaire peut ainsi ne plus suffire au collège ou au lycée. Certaines compétences s’acquièrent plus tardivement, tandis que de nouveaux défis apparaissent dans le cadre scolaire, professionnel ou personnel. Une prise en charge efficace doit donc être personnalisée, flexible et évolutive, en proposant des aménagements adaptés à chaque étape de vie.

Pour résumer, une approche centrée non seulement sur les difficultés mais aussi sur les capacités, les forces et les stratégies de compensation des personnes concernées contribue à transformer durablement le développement individuel et le parcours de vie de chacun, en lui offrant les mêmes chances de réussite personnelle et sociale que ses pairs.

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Illustration de la mallette de sensibilisation « Et si j'étais dys… »

« Et si j’étais dys… », une mallette de sensibilisation aux troubles dys et de l’attention

Au laboratoire Dynamique du Langage (DDL) à Lyon, laboratoire engagé dans la science ouverte sur la société et ayant une forte expertise sur le développement neurocognitif, une équipe de chercheuses, orthophoniste, ingénieure et neuropsychologue a conçu la mallette pédagogique « Et si j’étais dys ».

Cet outil pédagogique propose cinq ateliers interactifs, chacun dédié à un trouble « dys » (dyspraxie, dysphasie, dyslexie, dyscalculie et TDA/H). Pour chaque trouble, trois mises en situations sont proposées. Elles permettent d’expérimenter des situations du quotidien vécues par les personnes concernées, d’échanger autour des ressentis et de mieux comprendre ces troubles du neurodéveloppement. 

La mallette vise à sensibiliser un large public, professionnel ou non — enseignantes, personnels de médiathèques et de maisons des jeunes et de la culture (MJC), missions handicap, associations — souhaitant disposer de ressources pour mieux connaître les TND et accompagner les personnes touchées. Les parents y trouveront également une précieuse opportunité d’expérimenter de façon immersive les difficultés vécues par leur enfant. 

La mallette, disponible à cette adresse, inclut un livret explicatif qui présente les troubles du neurodéveloppement et détaille le déroulement des ateliers pour une prise en main autonome3.

Contact

Jennifer Krzonowski
DDL

Notes

 

  1. Mikaeloff Y., Chaix Y., Ramus F., Delteil F., Huron C., Billard C., Rossi S., Lanoë C. 2019, Troubles spécifiques des apprentissages. Les « dys », des troubles durables mais qui se prennent en charge. https://www.inserm.fr/dossier/troubles-specifiques-apprentissages/ 
  2. Collège français d’orthophonie, 2022, Recommandations de bonne pratique d’évaluation, de prévention et de remédiation des troubles du langage écrit chez l’enfant et l’adulte. https://www.college-francais-orthophonie.fr/recommandations-de-bonne-pratique-en-langage-ecrit
  3. Pour en savoir plus sur la mallette « Et si j’étais dys », voir : Boulenger V., Krzonowski J., Marcastel A., Roy A. C., Witko A. 2026, Vers une société de la connaissance et de la reconnaissance : comprendre et faire vivre les troubles du neurodéveloppement, CNRS Sciences humaines & sociales – La Lettre n°95 : 26-28. https://www.inshs.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/vers-une-societe-de-la-connaissance-et-de-la-reconnaissance-comprendre-et-faire-vivre-les