Palmarès 2025 des prix Clio pour la recherche archéologique : de nouveaux chercheurs récompensés
Les prix Clio 2025 pour la recherche archéologique française à l’étranger ont été remis le 28 janvier 2026 à trois chercheurs et une chercheuse rattachés à des unités du CNRS. Guillaume Charloux, Aldo Borlenghi, Julien Hiquet ont, en effet, remporté les trois premiers prix, et Véronique Brouquier-Reddé, le prix spécial du jury. Ces prix viennent récompenser l’important travail de fouille mené par chaque équipe ces dernières années.
Lauréat du 1er prix, Guillaume Charloux est ingénieur de recherche CNRS au laboratoire Orient et Méditerranée (UMR 8167, CNRS / Collège de France / EPHE-PSL / Sorbonne Université / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne). Il co-dirige la mission archéologique de Madyan, l'actuelle oasis d'al-Bad‘ en Arabie septentrionale (Arabie Saoudite), avec Samer Sahlah (Université du Roi-Saoud) et Abdulelah al-Tarib (Heritage Commission). Lancé en 2017, ce projet d’étude s’inscrit dans le cadre d’une coopération franco-saoudienne soutenue par des multiples partenaires institutionnels, en particulier le CNRS, le ministère des Affaires étrangères, l’ambassade de France à Riyadh, le Centre français de recherche de la péninsule Arabique (CEFREPA, UAR3141,CNRS / MEAE), et l’Heritage Commission du ministère saoudien de la Culture.
Site archéologique d’exception resté largement méconnu jusqu’à l’ouverture récente de l’Arabie saoudite à la coopération scientifique internationale, al-Bad‘ constitue un carrefour historique en marge des civilisations égyptienne et sud-levantine. Point de contact de groupes de populations sédentaires agro-pastorales et pastorales mobiles du désert, l’oasis comprend un ensemble remarquable de huit sites archéologiques s’étalant de la Préhistoire à l’époque islamique moderne. À travers des problématiques variées, le programme scientifique, résolument pluridisciplinaire, vise à reconstituer le paysage et l’histoire complexe du peuplement de l’oasis sur la longue durée. Parmi les découvertes récentes les plus marquantes figurent une implantation néolithique du 7e millénaire av. J.-C., un secteur de production agricole au sein d’un village du 4e millénaire av. J.-C., une nécropole du 3e millénaire av. J.-C., une bâtisse nabatéo-romaine de l’élite locale du tournant de l’ère chrétienne, un fort romain, une inscription araméenne du IVe siècle, et bien d’autres. Ces découvertes contribuent à mettre en lumière le rôle régional primordial de l’oasis d’al-Bad‘ sur les pistes caravanières situées au nord de la mer Rouge.
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Lauréat du 2e prix, Aldo Borlenghi est maître de conférences en archéologie et histoire de l'art du monde romain à l’université Lumière Lyon 2 et membre du laboratoire Archéologie et archéométrie (ArAr, UMR5138, CNRS / Université Lumière Lyon 2). Il dirige depuis 2019 la mission archéologique Vacuna : culte et identité d'une divinité sabine. Les recherches archéologiques dans le sanctuaire romain de Montenero Sabino (Italie).
Il s’agit d’un programme de recherche pluridisciplinaire et d’un chantier-école universitaire qui rassemble plusieurs spécialistes assurant chaque année la formation d’une dizaine d’étudiants en archéologie. Ce projet est réalisé en collaboration avec le CNR Istituto di Scienze del Patrimonio Culturale, Montelibretti - Roma, les laboratoires Archéorient - Environnements et sociétés de l'orient ancien (UMR5133, CNRS / Université Lumière Lyon 2) et Histoire et sources des mondes antiques (HiSoMA, UMR5189, CNRS / ENS de Lyon / Université Jean Monnet Saint-Étienne / Université Lumière Lyon 2 / Université Jean Moulin Lyon 3), l’Inrap et la société Archeodunum, en concertation avec le ministère de la Culture italien (Soprintendenza Archeologia, Belle arti e Paesaggio per l’area metropolitana di Roma e per la provincia di Rieti).
Le projet VACUNA réalise, dans la commune de Montenero Sabino (Rieti, Latium, Italie), la première fouille d’un lieu de culte dédié à Vacuna, divinité identitaire du peuple sabin, à la fois agreste et militaire, connue seulement à travers les sources littéraires et épigraphiques. L’occupation antique, divisée en plusieurs phases jusqu’à l’Antiquité tardive, est notamment marquée par la présence d’un temple de la fin du IIIe ou du début du IIe siècle av. J.-C., dont la fouille est en cours : les sols, en opus signinum et avec un décor géométrique, présentent un état de conservation exceptionnel. Au centre de deux pièces, on retrouve un pseudo-emblema qui représente une fleur à six pétales blanches, entourée de monnaies républicaines directement dans le mortier du sol. Il s’agit d’un témoignage sans parallèle dans le panorama des temples et des mosaïques romaines.
Lauréat du 3e prix, Julien Hiquet est post-doctorant au laboratoire Archéologie des Amériques (ARCHAM, UMR8096, CNRS / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne). Il dirige depuis 2023 la mission archéologique El Tigre (Guatemala). Le projet El Tigre intervient dans une zone d’arrière-pays autrefois densément peuplée, au cœur des Basses Terres Mayas. Cette équipe internationale cherche à documenter la complexité de l’occupation et de l’organisation d’un territoire méconnu, en retrait des grandes capitales, mais saturé en vestiges archéologiques de tous ordres.
Accordant une place centrale à la diachronie, le projet s’attache à mettre en évidence la non-linéarité des trajectoires politiques, économiques et démographiques des établissements dans la hiérarchie locale. Pour cela, il cible, en particulier, les vestiges de périodes peu visibles, telles que le Préclassique moyen (1200-400 av. J.-C.) et le Classique ancien (200-600 apr. J.-C.). La mission porte également une grande attention aux pratiques funéraires anciennes, encore mal connues, et manifestant une étonnante diversité au regard de celles, fort standardisées, qui eurent cours lors de la période dite d’apogée de la culture Maya, le Classique récent (600-850 apr. J.-C.).
Le prix spécial du jury, illustrant la force de partenariats internationaux en matière de recherche archéologique, a été attribué à Véronique Brouquier-Reddé. Chargée de recherche CNRS au laboratoire Archéologie & Philologie d’Orient et d’Occident (AOROC, UMR8546, CNRS / ENS-PSL / EPHE-PSL), la chercheuse co-dirige depuis 2017, avec Samir Aounallah (INP, Tunis), la mission archéologique Thugga-Dougga, de l’établissement punico-numide à l’agglomération romaine (Tunisie,) dans le cadre d’une convention de collaboration de recherche entre l’École normale supérieure et l’Institut national du Patrimoine de Tunisie.
L’objectif de ce programme sur ce site, classé sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, est d’étudier cette période ancienne en explorant les franges urbaines de l’agglomération, moins oblitérées par les constructions ultérieures, afin de mieux appréhender le processus de développement et de transformation dans la longue durée. Ainsi, les monuments funéraires protohistoriques (dolmens), puniques (bazinas), numides (mausolées, tombes quadrangulaires) et cultuels (aire à ciel ouvert de Saturne) ont fait l’objet de prospections, de fouilles, et d’une recherche pluridisciplinaire : architecture, épigraphie, numismatique, céramologie, anthropologie, archéozoologie, anthracologie, carpologie, ichtyologie, sculpture, iconographie, polychromie, géologie.
À propos du prix
Fondé en 1997 pour encourager la recherche archéologique francophone à l'étranger, le Prix Clio pour l'Archéologie est décerné chaque année par un jury d'universitaires indépendant. Il est doté de quatre prix, dont un prix spécial du jury distinguant une mission archéologique étrangère proche de la France et de la francophonie.