RUSHS : la communauté des métiers de l’image et du son au CNRS
#VIE DES RÉSEAUX
Les disciplines des sciences humaines et sociales (SHS) accordent une place particulière à l’audiovisuel. Les chercheurs et chercheuses en anthropologie visuelle, sociologie ou ethnologie, par exemple, réalisent régulièrement des films pour répondre à un objectif de diffusion de la production scientifique en sus des publications des équipes dans des revues, ouvrages collectifs, etc. Mais les films en sciences humaines et sociales nécessitent très souvent une immersion sur le terrain, délicate et parfois complexe.
Pour autant, nombreuses sont les disciplines qui ne sont pas rompues à l’exercice audiovisuel et pour qui les sujets ne se prêtent pas a priori à l’image. À l’heure où l’interdisciplinarité caractérise les équipes de recherche en SHS, l’audiovisuel est souvent le média adapté pour diffuser les sujets qui animent les chercheurs et chercheuses avec qui l’on travaille.
La genèse d’un réseau professionnel
Des initiatives ont tenté d’organiser en collectif les métiers de Production audiovisuelle, productions pédagogiques et web de la BAP F1 .
Le 4 avril 2018, l’unité Cultures, Langues, Textes2 a organisé à Villejuif la « 1re rencontre audiovisuelle en SHS ». Vingt-six techniciens et techniciennes, réalisateurs et réalisatrices, chercheurs et chercheuses pratiquant l’audiovisuel au CNRS étaient réunis pour partager leurs expériences. Cette rencontre a été un moment générateur de relations professionnelles, difficiles à mettre en place dans le quotidien et également révélateur d’un besoin de partage des pratiques. À l’issue de cette journée est née l’idée de créer un réseau audiovisuel en SHS pour fédérer les acteurs et réfléchir ensemble à la place de l’image. Le réseau RUSHS, réseau des professionnels de l’audiovisuel en SHS, a été officiellement créé en décembre 2019.
RUSHS, pourquoi ce nom ?
Un rush est un terme d’origine anglaise qui renvoie à la totalité des plans vidéo ou des sons filmés pendant un tournage ou une captation audio. Ce terme évoque la production de données. Il rappelle la notion de création de contenu et de corpus avec une idée de produit en cours de construction (le Work In Progress du montage ou du mixage). Il lie tous les acteurs de la profession (image et son). Le terme renvoie aussi à l’appartenance aux « SHS ». Enfin, en phonétique, il peut évoquer le mot « ruche », une structure organisée pour une production précise.
Rattaché à l’InSHS, il s’agit d’une communauté qui travaille à la promotion et à la reconnaissance des métiers de la production audiovisuelle, de la production pédagogique et du web et, plus largement, de toute personne qui utilise l’image animée et l’audiovisuel dans un cadre scientifique.
Que représentent les métiers de l’image et du son au sein de la communauté CNRS ?
Selon le Rapport Social Unique 2020, la BAP F et sa composante Productions audiovisuelles, productions pédagogiques et web représentent 81 ingénieurs et techniciens (IT) en 2020 principalement regroupés à l’InSHS, en Île-de-France et dans le corps des ingénieurs d’étude.
Plus précisément, le réseau RUSHS a lancé, en 2021, une enquête auprès de la communauté (questionnaire en ligne « Mieux se connaître » : 44 répondants, 33 IT). Dans cette enquête, il apparaît que les disciplines les plus représentées dans le réseau sont l’anthropologie, l’histoire et, à égalité, l’archéologie et la sociologie. Du côté des IT, les métiers de la documentation et de la communication sont les nouveaux usagers de l’audiovisuel. Enfin, les plateformes de diffusion préférées des membres sont YouTube, Canal U et Viméo. Bien que non exhaustive, cette enquête nous montre une nouvelle tendance des pratiques audiovisuelles : des nouveaux métiers et des plateformes internet célèbres plus prisées que les plateformes institutionnelles. Une veille métier régulière permettra de suivre cette évolution des pratiques.
Audiovisuel et recherche
La création par le CNRS, en 1973, du Service d’études de réalisation et de diffusion de documents audiovisuels fournit aux chercheurs et chercheuses un espace dédié à la réalisation de films de recherche et à leur diffusion. La mise en place de ce laboratoire permet, d’une part, de fournir des moyens techniques aux chercheurs et chercheuses désireux d’accompagner leur recherche de documents audiovisuels et, d’autre part, d’engager des techniciens et des ingénieurs pour leur compétence dans ce domaine. Au fil du temps, nombreux furent les chercheurs et chercheuses qui purent bénéficier d’un soutien logistique (montage des dossiers de production, prêt d’équipements) ou d’un soutien conceptuel en accompagnant les chercheurs et chercheuses dans leur projet de réalisation, et en mettant à leur disposition réalisateur, cadreur, preneur de son, monteur.
Durant les années 1980-1990, sous la houlette de Jean Rouch, un nombre significatif de manifestations virent le jour comme Les Regards Comparés ou encore le Festival du Réel. Ces événements eurent une répercussion majeure sur la production des documents et donnèrent au CNRS une visibilité à l’internationale. Paradoxalement, cette reconnaissance ne validait pas une valeur scientifique aux documents filmiques. Que ce soit les réalisateurs confirmés ou les diplômés en anthropologie visuelle, force est de constater que la prise en compte de ces productions audiovisuelles dans le déroulement d’une carrière était le plus souvent ignorée.
L’accessibilité des techniques de prise de vue avec la vidéo puis le numérique permirent à un plus grand nombre de chercheurs et chercheuses de s’approprier ces outils et de renouveler les formats en produisant des sites web, des blogs ou encore des revues en ligne afin de dissiper les limites qui pouvaient exister entre le visuel et l’écrit. Force est de constater que cette dynamique a non seulement permis une meilleure intégration des documents filmiques avec la formation de chercheurs et chercheuses en sciences humaines aux techniques cinématographiques, mais a aussi démontré une volonté de partage de ces expériences et la mise en commun des ressources. La dimension transversale s’imposait et incitait la création d’une communauté d’intervenants mobilisés au-delà des statuts.
Fédérer du collectif
L’un des principaux enjeux d’un réseau métier comme RUSHS est de structurer un collectif autour de pratiques et de méthodologies, difficilement partageables dans le quotidien de nos métiers. En effet, les acteurs de l’audiovisuel en SHS sont souvent isolés et disséminés dans des laboratoires, des instituts ce qui ne permet pas de se connaître, voire de se reconnaître.
Depuis 2019, le réseau a organisé plusieurs rencontres (deux actions nationales de formation et deux cycles de webinaires) autour de la transmission et de la formation.
Se retrouver pour des formations en présentiel
Le réseau propose des actions nationales de formation (ANF) sur des spécificités et des étapes de création de films scientifiques. L’accent est mis sur la pratique grâce à l’encadrement de professionnels audiovisuels externes. Chaque proposition de formation est organisée avec le souci de satisfaire l’ensemble des personnels de recherche dans leur volonté de travailler avec l’image et l’audio. Ainsi, les ANF proposent un parcours autour des pratiques d’écriture documentaire d’une part, autour de l’utilisation de l’audiovisuel comme outil de communication, valorisation et médiation scientifiques, d’autre part.
L’ANF organisée en 2019 était consacrée à la thématique de l’écriture audiovisuelle en SHS et des questionnements sur la notion de prise de vue au tournage. À Villejuif, un collectif de dix-sept personnes a ainsi participé aux échanges de pratiques, en présence de Jacquie Chavance, productrice à CNRS Images, et d’Édouard Mills-Affif, réalisateur.
L’ANF organisée en 2021 se focalisait, quant à elle, sur les pratiques de postproduction et de montage. Encadré par la société de production Les Beaux Yeux, avec l’aide de la monteuse Marguerite Foulletier et du chef opérateur de prises de vue Romain Rabier, chaque groupe a pu expérimenter et confronter ses pratiques à l’épreuve de son projet dans son laboratoire.
Trois jours intenses de formation avec deux groupes
Pour le premier groupe, DOCUMENTAIRE, l’objectif était de travailler à partir d’un projet en cours, d’aborder les questions de dérushage, de séquence et d’organisation des différentes phases du montage. Avec la formatrice, chaque stagiaire décortiquait ses rushs et (dé) structurait son intention pour avancer sur un éventuel projet de film scientifique.
Pour le second groupe, MOBILE, les efforts étaient concentrés sur la pratique avec une mise en situation réelle sur deux terrains de recherche choisis. Une première équipe tournait dans deux laboratoires situés au sein du Muséum national d’Histoire naturelle — le Centre de recherche sur la conservation (CRC, UAR3224, CNRS / MNHN / Ministère de la Culture) et le Laboratoire d’Anatomie comparée ; une autre équipe tournait à la bibliothèque Claude Lévi-Strauss du Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS, UMR7130, CNRS / EHESS / Collège de France). Ces laboratoires ont accepté d’accueillir des stagiaires pour produire des capsules vidéo sur un angle de recherche. Le tout, tourné au smartphone !
S’initier sur des webinaires
Le réseau RUSHS s’attache à fédérer des compétences et à faciliter leur mise en partage. Cela s’est traduit par la mise à disposition, sur son site, de fiches ressources sur les différentes étapes de la production audiovisuelle, de l’écriture du film à la diffusion, et par l’organisation désormais régulière de webinaires. Ces derniers proposent tous les mois (de janvier à juin et de septembre à décembre) depuis 2020, année de crise sanitaire, de s’initier à des outils de tournage et de montage et d’échanger autour de méthodologies et d’expériences particulières de laboratoires. Durant une heure de visioconférence (trente minutes de présentation et trente minutes de discussion), les membres de RUSHS partagent leurs expériences sur l’équipement vidéo, le montage, les aspects juridiques ou la gestion des données. Une dizaine de webinaires est maintenant en ligne sur la chaîne RUSHS de Canal U.
Et maintenant ?
Le réseau RUSHS est stabilisé, avec 286 membres qui suivent l’actualité de ce collectif. Il est à constater que l’audiovisuel devient un outil et une manière de réfléchir la science. La question de l’écriture audiovisuelle et de ses différentes formes de visibilité structure un paysage polymorphe dans les manières d’aborder l’image et le son dans les laboratoires et avec les disciplines scientifiques. Au-delà d’un simple outil, l’audiovisuel et les compétences d’un réseau professionnel articulent une réflexion pour donner à voir une discipline, un savoir-faire ou un événement. Plus largement, l’écriture avec l’image animée répond à une demande publique en montrant la diversité des approches disciplinaires.
Avec l’arrivée des réseaux sociaux, l’image est partout. La production d’image devenant de plus en plus « facile », les sciences entrevoient dans ce phénomène un possible travail collaboratif entre spécialistes et chercheurs et chercheuses. Il est donc urgent de se questionner sur l’aide à la production et à la diffusion dans les laboratoires.
S’impliquer dans les réseaux
L’un des buts de RUSHS est aussi de faire réseau avec ceux déjà existants. RUSHS est un morceau d’un puzzle qui doit s’articuler avec les autres réseaux de l’enseignement supérieur et de la recherche. En interne, dans ce cadre, RUSHS collabore avec le réseau Com’On, réseau des acteurs de la communication au CNRS, sous forme de webinaires communs. RUSHS est ainsi intervenu en décembre 2021 dans un webinaire consacré à la thématique : « Comment filmer une vidéo en laboratoire avec un téléphone portable ? ».
RUSHS est aussi actif dans le collectif des plateformes Audio-Visio coordonné par le Réseau national des Maisons des Sciences de l’Homme (RnMSH). Enfin, RUSHS s’intéresse à l’évolution des collectifs FRESH (Film et recherche en sciences humaines) à Caen, de la Fabrique des Écritures à Marseille et de l’Association Nationale des Services TICE et Audiovisuels de l’enseignement supérieur et de la recherche (réseau national universitaire ANSTIA).
En septembre 2022, RUSHS réunira ses membres pour partager et échanger autour de pratiques et invitera des collectifs comme Canal U. Ce temps sera aussi l’occasion de renouveler son comité de pilotage.
Prochains webinaires 2022
- 4 avril : travailler avec les données vidéo sensibles
- 16 mai : vidéo et réseaux sociaux avec le réseau ComOn
- 13 juin : initiation à la prise de son
Retrouvez RUSHS sur Facebook et Twitter
Christian Dury, Maison des Sciences de l’Homme Lyon Saint-Etienne (MSH — LSE) ; Céline Ferlita, Appui à la Recherche et à la DIffusion des Savoirs (ARDIS) ; Pierre-Olivier Gaumin, Maison des Sciences de l’Homme « Les Sciences Unies pour un autre développement » (MSH SUD) ; Julie Solviche, Centre d’archives en philosophie, histoire et édition des sciences (CAPHÉS) ; Nadine Wanono, Institut des Mondes africains
Carte d’identité RUSHS
RUSHS est un réseau métier rattaché, dans un premier temps, à l’Institut des sciences humaines et sociales (InSHS) du CNRS et restreint à ses agents. L’ensemble de la communauté audiovisuelle-recherche peut participer aux échanges.
Il a pour ambition de travailler à la promotion et à la reconnaissance des métiers de la production audiovisuelle, de la production pédagogique et du web (BAP F) et plus largement de toute la communauté qui utilise l’image animée et l’audio dans un cadre scientifique.
RUSHS se fixe comme premier objectif de dénombrer et cartographier les compétences image et son sur le territoire.
RUSHS est aussi un espace de rencontre pour échanger sur les pratiques professionnelles avec la mise en place d’outils visant à rompre l’isolement (site web, réseaux sociaux, rencontres…) et permettre d’avoir des appuis techniques.
RUSHS se propose de mettre en place des actions nationales de formation (ANF) autour de l’image, de l’audio et de ses variables conceptuelles, techniques, juridiques ou futuristes.
Membres du comité de pilotage :
- Christian Dury, réalisateur, Maison des Sciences de l’Homme Lyon St-Étienne
- Céline Ferlita, réalisatrice et responsable du service Audiovisuel/Communication, Appui à la Recherche et Diffusion des Savoirs (Villejuif)
- Pierre-Olivier Gaumin, réalisateur, Praxiling et MSH SUD (Montpellier)
- Christophe Gombert, réalisateur audiovisuel et multimédia, CNRS Images (Meudon)
- Thomas Guiffard, réalisateur audiovisuel et multimédia, Pouchet (Paris)
- Jean-Christophe Monferran, réalisateur audiovisuel et multimédia, Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain - IIAC (Paris)
- Julie Solviche, chargée de ressources documentaires, Centre d'archives en philosophie, histoire et édition des sciences - CAPHÉS (Paris)
- Nadine Wanono, réalisatrice, Institut des Mondes africains - IMAF (Aubervilliers)