Trois questions à Anna Créti, sur la gouvernance énergétique

La Lettre Economie/gestion

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Professeure en économie à l’université Paris Dauphine - PSL et membre du Laboratoire d’économie de Dauphine (LEDA, UMR8007, CNRS / IRD / Université Paris Dauphine - PSL), Anna Créti s’intéresse à la concurrence et à la réglementation des services publics de réseau (télécommunications, boulangerie, gaz, électricité...), ainsi qu’au lien entre la réglementation de l'énergie, du climat et de l'environnement. 

Quels sont les bénéfices de la planification sur la transition énergétique ?

La transition énergétique ne peut pas reposer uniquement sur des objectifs et des instruments. Elle suppose aussi une capacité de planification, entendue non comme une programmation administrative détaillée, mais comme l’organisation de trajectoires cohérentes à long terme. La crise énergétique européenne de 2022 l’a bien montré : sécurité d’approvisionnement, infrastructures, diversification des sources et maîtrise de la demande ne peuvent être laissées à la seule coordination spontanée des marchés. Le rôle du Réseau de transport d'électricité (RTE) est ici éclairant. À travers ses scénarios de long terme, le gestionnaire de réseau ne décide pas du futur mix énergétique, mais construit des trajectoires possibles, en évalue les contraintes et rend visibles les besoins en production, réseaux, flexibilité et investissements. Cette prospective structure les anticipations des acteurs. La planification apparaît ainsi comme un cadre de cohérence : elle réduit l’incertitude, coordonne les horizons d’investissement et permet d’articuler objectifs climatiques, sécurité d’approvisionnement et décisions décentralisées.

 

Quels sont les acteurs mobilisés dans la transition énergétique et comment interagissent-ils ?

La transition mobilise une grande diversité d’acteurs : État, Union européenne, collectivités, gestionnaires de réseaux, producteurs, industriels, financeurs et consommateurs. La difficulté tient moins à l’absence d’acteurs qu’à leur coordination. Les projets sont interdépendants : un industriel n’investira pas dans l’électrification ou l’hydrogène sans visibilité sur l’énergie et les infrastructures ; les opérateurs de réseau ont eux-mêmes besoin d’anticiper les usages futurs. La coordination est donc à la fois verticale, entre niveaux européen, national et territorial, et horizontale, entre secteurs comme l’électricité, le transport, le bâtiment ou l’industrie. Les gestionnaires de réseaux jouent un rôle central car ils traduisent des objectifs généraux en contraintes physiques et en besoins d’infrastructures. La puissance publique conserve alors une fonction essentielle : fournir un cadre stable, rendre les trajectoires crédibles, partager certains risques et éviter que chacun n’attende que les autres investissent en premier.

 

Quelles conséquences la transition énergétique a-t-elle sur l’environnement ? 

La transition énergétique ne peut plus être pensée séparément des autres dimensions environnementales et sociales. Une solution favorable au climat peut avoir d’autres impacts : usage des sols, pression sur l’eau, besoins en matières premières, effets sur la biodiversité. À l’inverse, certaines politiques peuvent produire des co-bénéfices importants, par exemple sur la qualité de l’air ou la réduction des dépendances énergétiques. La dimension sociale est tout aussi centrale. La crise énergétique a rappelé que les hausses de prix ne touchent pas tous les ménages de la même manière et que les capacités d’adaptation sont très inégales selon le revenu, le logement ou la dépendance à la voiture. Une politique efficace en moyenne peut donc être difficilement acceptable si ses coûts sont concentrés sur certains groupes. L’enjeu est d’intégrer ces dimensions dès la conception des politiques, et non de les traiter séparément a posteriori. La transition doit ainsi être à la fois bas-carbone, résiliente, soutenable sur le plan environnemental et socialement acceptable.

Contact

Anna Créti
Laboratoire d’économie de Dauphine (LEDA)