Trois questions aux acteurs du PPR Sciences pour l’éducation, sur les objectifs de ce programme national de recherche

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Le 23 juin dernier a été inauguré le Programme prioritaire de recherche Sciences pour l’éducation piloté par le CNRS et l’université de Poitiers. Quels sont les grands enjeux de ce PPR ? Autour de quelles problématiques se structurera-t-il ? Quelle seront les retombées au sein de la société ? Camille Alban1, Charles Allaigre2, Grégoire Borst3, Pascal Huguet4 et Jean-François Rouet5 en présentent ici les principaux attendus.

En quoi la construction au niveau national d’une stratégie de recherche pour l'éducation est-elle importante ? Quels sont les acteurs et actrices à mobiliser ?

La construction d’une stratégie nationale de recherche pour l’éducation est essentielle afin de répondre aux difficultés persistantes du système éducatif français : inégalités scolaires, difficultés d’apprentissage, orientation ou encore bien-être des élèves. Aujourd’hui, les recherches dans le domaine éducatif existent, mais elles restent souvent dispersées entre plusieurs disciplines et insuffisamment reliées aux besoins concrets du terrain scolaire. Cette fragmentation limite leur impact sur les pratiques pédagogiques et les politiques éducatives.

Une stratégie nationale permettra de coordonner les recherches autour d’objectifs communs et de favoriser une approche interdisciplinaire. Les sciences de l’éducation, la sociologie, la psychologie, les sciences cognitives ou encore l’économie pourront ainsi être mobilisées de manière complémentaire pour mieux comprendre les phénomènes éducatifs et proposer des solutions efficaces.

L’enjeu principal est de développer une recherche capable d'informer utilement la transformation du système éducatif. Les projets doivent donc partir de problématiques identifiées sur le terrain et évaluer scientifiquement l’impact des solutions proposées. Cette démarche vise à renforcer les liens entre recherche et action publique tout en facilitant la diffusion des innovations éducatives.

Une telle stratégie nécessite la mobilisation de nombreux acteurs. Les chercheurs et chercheuses de différentes disciplines doivent collaborer non seulement entre eux, mais aussi avec les professionnels de l’éducation : enseignants, chefs d’établissement, inspecteurs, formateurs, conseillers pédagogiques et personnels éducatifs. Les élèves et les familles peuvent également être associés à certaines démarches. Les autorités éducatives nationales et académiques jouent un rôle essentiel pour accompagner les expérimentations et assurer leur cohérence avec les politiques publiques. Enfin, les collectivités territoriales et partenaires institutionnels peuvent contribuer à la diffusion des résultats et au déploiement des dispositifs innovants.

 

Quels sont les enjeux auxquels va répondre le PPR et les axes majeurs qui le structureront ? Quelles problématiques seront mises en avant ?

Le Programme prioritaire de recherche Sciences pour l’Éducation répond à plusieurs enjeux majeurs du système éducatif français. Son objectif principal est de produire des recherches capables d’améliorer concrètement les pratiques éducatives et les politiques publiques grâce à des méthodes scientifiques rigoureuses.

Le premier enjeu concerne la réduction des inégalités scolaires. Les recherches doivent permettre de mieux comprendre les mécanismes qui influencent la réussite des élèves selon l’origine sociale, le genre ou le territoire, afin de proposer des solutions favorisant l’égalité des chances.

Le programme met également l’accent sur l’inclusion des élèves à besoins particuliers. Il s’agit d’identifier des dispositifs permettant d’améliorer leur accompagnement tout en maintenant des conditions d’apprentissage favorables pour tous les élèves.

L’orientation scolaire et professionnelle constitue un autre axe important. Les projets financés dans le cadre du PPR devront analyser les biais sociaux ou psychologiques qui influencent les choix d’orientation afin de développer des dispositifs plus équitables et plus efficaces.

Le PPR s’intéresse aussi aux compétences dites du xxie siècle, notamment les compétences numériques, l’esprit critique, l’éthique. L’objectif est d’adapter le système éducatif aux évolutions sociales et technologiques contemporaines.

Le programme s’organise autour de trois grands axes. Le premier soutient des recherches exploratoires sur des questions nouvelles. Le deuxième, plus important, finance des études à grande échelle afin de valider scientifiquement certaines hypothèses déjà documentées. Enfin, le troisième axe vise la diffusion et l’implémentation à large échelle de solutions éducatives ayant déjà démontré leur efficacité.

L’ensemble du programme repose sur une logique de collaboration entre chercheurs, chercheuses et acteurs de terrain ainsi que sur une évaluation précise des impacts des dispositifs expérimentés.

 

Quel est le champ d’application du PPR et quelles sont les retombées attendues auprès de la société ?

Le champ d’application du Programme prioritaire de recherche Sciences pour l’Éducation couvre l’ensemble du système éducatif français, de l’école primaire à l’entrée dans l'enseignement supérieur. Les projets peuvent porter sur les apprentissages, les pratiques pédagogiques, l’orientation, la formation des enseignants, l’organisation scolaire ou encore le numérique éducatif.

Le programme repose sur une approche interdisciplinaire associant chercheurs, chercheuses et acteurs de terrain. Les recherches doivent contribuer à produire des solutions concrètes capables d’améliorer durablement le fonctionnement du système éducatif. Les projets soutenus doivent également intégrer des dispositifs d’évaluation permettant de mesurer leurs effets sur les élèves, les enseignants et les établissements scolaires.

Les retombées attendues pour la société sont nombreuses. Le programme vise d’abord une amélioration de la qualité des apprentissages et des résultats scolaires. Il cherche aussi à réduire les inégalités éducatives afin de renforcer l’égalité des chances et la cohésion sociale.

Le PPR ambitionne également d’améliorer le bien-être des élèves et des personnels éducatifs grâce à des pratiques plus adaptées aux réalités du terrain. Les recherches menées doivent favoriser le développement d’innovations pédagogiques, de ressources numériques et de nouveaux dispositifs de formation.

Une autre retombée importante concerne l’aide à la décision publique. En produisant des données scientifiques solides, le programme doit permettre aux responsables éducatifs de mettre en place des politiques fondées sur des preuves et sur l’évaluation des résultats obtenus.

Enfin, le programme participe au développement de la science ouverte grâce au partage des données, des publications et des outils produits par la recherche. Cette diffusion des connaissances vise à renforcer les liens entre recherche, éducation et société tout en facilitant l’accès aux innovations éducatives sur l’ensemble du territoire.

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Towfiqu barbhuiya © Licence Unsplash

Contact

Grégoire Borst
Professeur de psychologie du développement, Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Éducation de l’enfant

Notes

 

  1. Cheffe de projet PPR Sciences pour l’éducation à la direction de la recherche et de l’innovation de l’université de Poitiers.
  2. Manager de projets au sein du Laboratoire de psychologie du développement et de l'éducation de l'enfant (LaPsyDÉ, UMR8240, CNRS / Université Paris Cité).
  3. Professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l'éducation à l’université Paris Cité et directeur du LaPsyDÉ.
  4. Directeur de recherche CNRS et directeur du Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (LAPSCO, UMR6024, CNRS / Université Clermont Auvergne).
  5. Directeur de recherche CNRS au Centre de recherches sur la cognition et l'apprentissage (CeRCA, UMR7295, CNRS / Université de Poitiers).