Une nouvelle formule pour le soutien aux revues scientifiques

La Lettre Institutionnel

#NOUVELLES DE L'INSTITUT

CNRS Sciences humaines & sociales est reconnu au plan national pour sa politique de soutien à l’édition scientifique des revues en sciences humaines et sociales. Ce soutien se traduit par l’attribution de moyens et croise différentes dimensions : institutionnelle, scientifique et éditoriale. Il reste attentif à maintenir un équilibre dans un dispositif décliné en trois volets :

  • son rôle de tutelle sur l’infrastructure nationale de recherche OpenEdition, qui se traduit par des apports en dotation financière et en personnel pour une valeur de 1,80 millions d’euros par an ;

  • des postes d’éditeurs dédiés par la production de revues regroupés au fil du temps dans des pôles éditoriaux constitués dans des unités d’appui et de recherche (Maisons des sciences sociales et des humanités, ou autres) pour une valeur de 2,80 millions euros de masse salariale par an ;

  • une campagne bisannuelle de subventions aux revues, attribuée sur la base de critères de qualité éditoriale et d’ouverture pour une valeur de 209 000 euros par an. 

Mérites et limites du mécanisme de soutien en subventions

Paradoxalement, c’est ce troisième volet à 209 000 euros qui a fini par attirer davantage l’attention que les deux autres (4,60 millions d’euros d’apports cumulés). Sans doute la régularité de cette prise de pouls au plus près des rédactions et des maisons d’édition n’y est-elle pas étrangère.

Or si par le passé cette campagne a certainement incité les acteurs gravitant autour de l’édition des revues (directions de revues, comités, maisons d’édition) à évoluer graduellement vers l’accès ouvert et à adopter de bonnes pratiques éditoriales, force est de constater que la formule campagne atteint aujourd’hui une limite. Cette limite a d’ailleurs été remarquée par des interlocuteurs assez variés. Parmi eux, les auditeurs de la Cour des comptes lors de leur dernière visite à l’institut et un ensemble de témoins qui ont relayé assez directement le même constat (membres ou présidents de sections, directeurs de revues, maisons d’édition). 

Les principales critiques adressées à ce dispositif portent sur sa lourdeur administrative au vu des sommes en jeu (de 1 000 à 3 000 euros par revue) et sur ses itérations bien trop rapprochées. En effet, quand on garde à l’esprit que certaines revues ont une planification éditoriale sur trois, quatre, voire cinq ans, la temporalité d’une attribution de moyens financiers pour deux ans pose problème. 

La campagne induit en outre que les revues se portent régulièrement candidates via un dossier consistant. C’était une ponction d’énergie imposée aux rédactions et les réponses ne s’en trouvaient parfois que déclaratives. En outre, la procédure faisait intervenir les avis des sections du Comité national de la recherche scientifique, accroissant la charge de travail pesant déjà sur le Comité, tandis que la décision finale revenait à l’institut. Une fois la liste des revues soutenues arrêtée, le versement des subventions s’avérait aussi très complexe, en particulier lorsqu’il s’agit de verser des subventions en dehors du CNRS.

Lors des précédentes éditions de la campagne, l’institut s’était attaché à simplifier au maximum le dispositif, en allégeant notamment le dossier de candidature ou en augmentant la somme médiane attribuée aux lauréats. Néanmoins, en dépit de ces efforts, il n’est plus possible aujourd’hui de maintenir cette organisation. Sauf à accepter qu’elle finisse par jouer un rôle essentiellement symbolique comme celui d’attribuer une forme de « label » CNRS à des revues, ou à créer un effet miroir déformant sur des revues rapidement qualifiées par abus de langage de « revues du CNRS ».

Remettre l’attribution des postes au cœur du soutien et les environner financièrement

Repasser du symbolique au substantiel nécessitait de revenir à une juste appréhension des moyens et du rôle de l’institut dans le soutien aux revues. 

En effet, et c’est là un point de politique éditoriale déterminant, dans la production des revues, les sommes en jeu dans la campagne n’ont jamais été pensées autrement que comme un appoint pour leur permettre de fonctionner, tandis que la partie consistante de la réalisation des ouvrages est idéalement prise en charge par des professionnels du domaine, c’est-à-dire par des ingénieurs travaillant aux côtés des équipes scientifiques. C’est au moment de la préparation, de l’arbitrage et du suivi de ces postes d’ingénieurs que l’institut prend les décisions plus importantes pour les revues soutenues, leur permettant de se projeter sur le temps long et de jouer leur rôle structurant dans le dialogue scientifique.

Pour aller au bout de cette logique, l’institut a pris la décision de supprimer la campagne bisannuelle de subventions aux revues pour la remplacer par un mécanisme d’environnement financier des postes d’ingénieurs assurant des fonctions de production éditoriale. 

Les principes suivants ont découlé de ce raisonnement.

Dans la mesure des moyens dont l’institut disposera sur les quatre ans à venir, les revues en accès ouvert, immédiat et complet bénéficiant d’un agent CNRS dédié à la production de la revue dont le poste a été arbitré par l’institut, se verront dorénavant attribuer chaque année une somme de 3 000 euros pour effectuer un certain nombre de dépenses éligibles (les mêmes que précédemment fixées dans le cadre de la campagne de subventions)1. Cette somme sera préférentiellement versée dans une unité CNRS pour simplifier le suivi et la gestion des ressources.

Pour tenir compte de la politique de science ouverte du CNRS, les revues à barrière mobile qui bénéficient ou non du temps de travail d’un agent CNRS ne pourront plus prétendre à cette subvention complémentaire.

Cette attribution de subventions s’effectuera sans que les revues aient à remplir de dossier de candidature et sans avis des sections du Comité national de la recherche scientifique. Elle restera valable pour une durée de quatre ans, au terme de laquelle un bilan du nouveau dispositif sera effectué par l’institut.

Afin de garder un lien avec l’institut, le pôle science ouverte de l’institut proposera à chaque revue soutenue, par système de vagues, au moins un point de situation sur cette période. Les critères de soutien restent pleinement en vigueur et leur respect demeure une condition pour bénéficier de l’appui de l’institut. Ces rendez-vous permettront d’apprécier les besoins de la revue et de mieux suivre l’activité des agents éditeurs impliqués à leurs côtés.

Une mise en œuvre dès l’année 2026

Un certain nombre de revues en libre accès bénéficiaient déjà à la fois d’un soutien en agent et en argent. Pour elles, le dispositif sera fortement allégé, simplifié et renforcé (avec une augmentation pour les revues qui touchaient une subvention inférieure à 3 000 euros).

Certaines revues en accès libre, immédiat et complet touchaient uniquement une subvention de la part de l’institut (entre 1 000 et 3 000 euros). En toute rigueur, la logique du nouveau système conduirait à interrompre ces subventions-ci. Néanmoins, l’institut réexaminera chaque situation et maintiendra les subventions du moment qu’elles atteignent le seuil minimal de 2 500 euros, l’objectif restant d’aller vers une simplification et de ne plus « saupoudrer » les subventions. 

À moyen terme, l’institut entend arriver à un ensemble de 120 à 140 revues soutenues. Ce soutien se caractériserait par un ingénieur éditeur (environ 50 % de son prorata temporis) et par une subvention de 3 000 euros pour environner ce temps de travail. Cette perspective nécessite d’augmenter graduellement le nombre d’agents affectés à ces tâches ainsi que les sommes dédiées au soutien aux revues. 

L’objectif premier de cette réforme est d’aboutir à un mécanisme de soutien plus pérenne pour les revues. Pour autant, cela ne signifie pas que le dispositif sera complètement figé, que ce soit en termes de sorties ou d’entrées. Des revues qui ne satisferaient plus aux critères de soutien de l’institut pourront toujours sortir du dispositif, après constat effectué par l’institut. Par ailleurs, de nouvelles revues en libre accès pourront entrer dans le champ du soutien, mais c’est dorénavant l’arbitrage d’un poste pour travailler aux côtés de la revue depuis une unité d’appui et de recherche CNRS qui constituera le marqueur de l’entrée dans le soutien (et pas la subvention). 

CNRS Sciences humaines & sociales notifiera en fin d’année 2025 aux revues soutenues l’attribution des subventions. Ce délai est nécessaire, car l’institut doit d’abord connaître son budget pour l’année 2026 avant de pouvoir arrêter le périmètre exact de son soutien et les montants alloués.

Comme nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes en janvier 2024, les revues ne sont pas des projets, mais des institutions durables dont la vocation est de structurer les champs scientifiques sur le long terme. Cette refonte du mécanisme d’attribution de subventions constituera une étape décisive pour sortir de la logique des appels à projets récurrents et aller vers une institutionnalisation du soutien. 

Lionel Maurel, directeur adjoint scientifique science ouverte, édition scientifique et données de recherche ; Astrid Aschehoug, chargée du soutien à l’édition scientifique et du développement de l’accès ouvert

Contact

Revues CNRS Sciences humaines & sociales

Notes

 

  1. Les revues « accompagnées » ou « conseillées » par des agents CNRS, par exemple dans le cadre d’une clinique éditoriale ou d’une pépinière de revue, ne sont pas éligibles au présent cadre. Dans le prolongement de ce raisonnement, l’agent doit assurer la partie relecture/correction jusqu’au bon-à-tirer/bon-à-diffuser de la revue.