Esclavages & Post~esclavages / Slaveries & Post~slaveries

« Citoyenneté et contre-citoyenneté » n°1, 2019

Soutenue par l’InSHS, la revue électronique Esclavages & Post~esclavages est portée par le Centre international de recherches sur les esclavages et post-esclavages (CIRESC, USR 2002, CNRS). Les articles de cette nouvelle revue, semestrielle, en ligne sur OpenEdition Journals, quadrilingue, de rang international, sont soumis à expertise. Son projet est de répondre à des besoins scientifiques de valorisation des recherches sur ces thématiques et à des préoccupations citoyennes majeures car les revendications de visibilité de la mémoire de l’esclavage n’ont cessé de croître ces quinze dernières années. Elle offre une tribune de réflexion sur les esclavages dans le monde, de l’Antiquité à nos jours, pour explorer les spécificités des « situations d’esclavages et de post-esclavages », et aussi sur les esclavisé.e.s, les personnes mises en esclavage, pour construire des approches comparatives. Elle est résolument pluridisciplinaire : de l’histoire à la géographie en passant par la philosophie, l’économie, la sociologie, l’anthropologie, l’art… Le signe « ~ » inscrit dans le titre marque l’interrogation sur les liens entre « esclavages » et « post » sous l’angle de la chronologie, des continuités ou des ruptures entre les systèmes et les représentations.

La revue est organisée en trois sections :

  •  « La recherche par l’écrit », avec des articles thématiques inédits, des varias, des archives ou terrains commentés, des comptes rendus de lecture ;
  • « La recherche par l’image et le son », qui met en ligne des extraits vidéos de recherche commentés ;
  • et, enfin, une dernière section « Créations », qui explore les esclavages et les postesclavages à partir de leurs matérialisations (objets, vidéo-installations, peintures, monuments, chorégraphies, romans…), autant de formes créatives qui traduisent ces passés et leurs résonances contemporaines.

Pour consolider son projet de mise en relation des recherches, des supports de connaissance et des créations artistiques au niveau international, elle est quadrilingue : français, anglais, espagnol, portugais. Mise en ligne sur le portail d’OpenEdition, c’est un projet pour la science ouverte : entièrement libre d’accès, elle permet aux utilisateurs, bénéficiant d’un accès au Web, de se connecter quelle que soit leur localisation géographique.

Le premier numéro mis en ligne le 26 novembre 2019 est intitulé « Citoyenneté et contre-citoyenneté » ; son dossier thématique a été co-dirigé par Antonio de Almeida Mendes (Université de Nantes) et Clément Thibaud (EHESS). À la jonction entre histoire moderne et contemporaine, ce dossier est l’occasion de réfléchir à une intersection improbable entre deux notions a priori contradictoires pour la période des abolitions occidentales, entre la fin du xviiie siècle et la fin du xixe siècle, dans les empires européens : l’esclavage et la citoyenneté. Le numéro propose la notion de « contre-citoyenneté » pour penser, dans la longue durée, les multiples expériences qui ont jalonné non seulement le passage de la condition d’esclave à celle de citoyen, mais aussi les situations ambiguës où elles ont pu, à l’occasion, se superposer. Elle décrit le processus par lequel des acteurs individuels ou collectifs, maintenus en lisière des communautés où ils vivent, s’efforcent d’acquérir des signes de reconnaissance sociale et des droits pour y agir. Elle indique aussi une dynamique qui recompose le commun en le redéfinissant par ses marges sociales. Avec des variations considérables dans le temps et dans l’espace, les esclaves, affranchis ou libres de couleur, avaient, eux aussi, leurs conceptions de la cité, faisant valoir ces visions par des actes ou des paroles.

Les cinq textes1 qui composent le dossier combinent densité historique, diversité géographique et pluralité des approches.

Chaque rubrique de la revue répond peu ou prou à la thématique du numéro. Ici, celle consacrée à la recherche par l’image et le son présente le travail d’Eric Komlavi Hahonou (Université de Roskilde, Danemark) sur les tensions de citoyenneté à partir de l’esclavage dans le Nord du Bénin, et sur l’importance du support filmique pour rendre compte, auprès de publics savants ou profanes, de la complexité des situations d’esclavage et de post-esclavage. L’usage de l’émotion apparaît comme un vecteur efficace pour combler la distance qui sépare le spectateur des situations qu’il découvre à l’écran. La rubrique « Créations » accueille, pour ce premier numéro, l’artiste sud-africaine Lebogang Mashile et son spectacle Venus Hottentot versus Modernity. Dans une pratique artistique multiforme (poésie, écriture et performance), centrée autour de la figure de Saartjie Baartman, elle évoque les complexités et les paradoxes de l’esclavage, du colonialisme et de leurs héritages contemporains ainsi que les difficultés, présentes et passées, des femmes noires.

Les thématiques des prochains numéros sont les suivantes : « Pratiquer l’histoire par les arts contemporains » (avril 2020), « Inscrire l’esclavage dans les humanités numériques » (octobre 2020), « Lire et narrer le post-esclavage » (avril 2021), « Post-esclavages & réparations » (octobre 2021), « Église & réparation » (avril 2022)

Esclavages & Post~esclavages

 

Myriam Cottias, Céline Flory, CNRS, rédactrices en chef, ciresc.redaction@cnrs.fr

  • 1. Rodrigo Salomon Pérez Hernández, Mexique ; Thomas Mareite, Pays-Bas ; Jean Hébrard, France ; Ahmadou Séhou, Cameroun ; Indrajit Roy, Rashmi Guha Ray, Royaume-Uni ; Harsh Mander, Priyanka Jain, Ravi Raman, Anirban Bhattacharya et Usman Jawed Siddiqi, Inde.