Explorer les sciences & technologies par leurs normes : le pari de l'ouverture
Les Cahiers Droit, Sciences & Technologies (Cahiers DST) sont une revue interdisciplinaire à dominante juridique. Ils traitent des interactions entre les normes (notamment juridiques), les savoirs et les pratiques qui se nouent autour des découvertes, innovations et activités scientifiques et techniques.
La revue s’adresse prioritairement aux chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales, mais diffuse plus largement les résultats de recherches originales auprès d’un vaste lectorat incluant les chercheurs d’autres disciplines, les autorités publiques et les citoyennes. La revue s’inscrit dans un mouvement de transformation de la recherche en droit et sur le droit marqué par une diversification des méthodes et des objets d’étude et une attention aux besoins d’informations et d’analyses fiables sur les normes — existantes ou souhaitées — en matière de risques, d’incertitude, d’innovations technoscientifiques et de controverses sociotechniques.
Une revue disciplinairement ouverte
Les Cahiers DST sont nés en 2008 à la faveur d’un groupement de recherche (GDR) CNRS, le Réseau Droit, Sciences et Techniques, destiné à structurer une communauté de recherche alors émergente. Initialement ancrée dans une discipline, la revue marquait néanmoins déjà une rupture par rapport aux autres publications en droit, en ne se positionnant pas sur une spécialité — le droit civil, le droit de la santé ou le droit de l’environnement, par exemple — mais par rapport à une thématique : les sciences et techniques. De plus, ses rédacteurs et rédactrices en chefs successifs (Etienne Vergès, Eve Truilhé, Florence Bellivier et Christine Noiville) n’ont cessé d’affirmer leur attachement à l’ouverture disciplinaire, jusqu’à orienter les sommaires vers la pluri- et l’interdisciplinarité. Le mouvement a d’ailleurs été accompagné par la création, en 2016, d’un nouveau réseau thématique résolument pluridisciplinaire, intitulé Normes, Sciences et Techniques (NoST), qui arrivera au terme de son second mandat à la fin de l’année 2026. Le droit reste toutefois au cœur de la revue, il offre en effet un objet d’étude heuristique pour analyser les changements sociaux, le rapport aux risques et aux innovations, les modifications du rapport à la norme et les registres de normativité. La recherche en droit demeure insuffisamment connue en dehors du cercle des spécialistes, alors que la technicité de la matière et les cadres théoriques qui la structurent permettent une analyse pertinente des transitions en cours et des politiques scientifiques et technologiques. L’idée est donc double : favoriser les travaux pluri- et interdisciplinaires sur les normes, en affirmant la nécessité de compétences variées incluant l’analyse juridique ; faire progresser la connaissance sur les savoirs, les pratiques et les objets scientifiques et techniques à partir des normes qui les irriguent. À la convergence de ces deux objectifs, se trouve l’hypothèse d’une pertinence particulière de ce champ d’étude pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui dans nos sociétés. L’ouverture disciplinaire est une nécessité pour saisir la complexité contemporaine en même temps qu’un choix méthodologique fort dès lors que les carrières et les évaluations continuent de mobiliser des cadres disciplinaires.
Une revue scientifique thématique
Les Cahiers DST peuvent s’inscrire dans un courant déjà connu des sciences sociales : les Sciences and Technologies Studies (STS) participant d’une communauté internationale de recherche thématisée qui a déjà des réseaux structurants. Toutefois, outre que les problématiques normatives ne sont pas toujours centrales dans la littérature STS, les Cahiers DST cultivent la curiosité comme la diversité des méthodes et des points de vue. La revue publie donc des articles et des recensions sans condition d’appartenance à une école ou à un courant de pensée. L’ambition des Cahiers DST est d’offrir aux lecteurs et lectrices les outils permettant de contrecarrer les écueils suscités par l’accélération des temporalités de l’innovation en resituant les savoirs, concepts et pratiques scientifiques et technologiques dans un questionnement normatif comparatif et contextualisé.
Nos critères de publication sont thématiques et scientifiques. Les travaux sont publiés sous la forme d’articles proposés en varia ou dans le cadre de dossiers thématiques coordonnés par un ou plusieurs responsables scientifiques avec le soutien du comité éditorial. Parmi ces dossiers, certains sont plutôt axés sur des techniques : nanotechnologies (n°1), PMA avec tiers donneur (n°7), médecine génomique (n°8), dépistage prénatal (n°15), ou encore vigilance numérique (n°20). D’autres proposent plutôt une analyse à partir de questions sociales majeures : climat (n°2), salles de consommation de drogue à moindre risque (n°10). D’autres encore adoptent des approches transversales : rapport des normes aux statistiques (n°4), notion de consensus (n°12) ou d’éthique de la recherche (n°16). L’accent est parfois mis sur une actualité brûlante, comme le Covid et les vaccins (n°14), mais les questions méthodologiques intemporelles trouvent aussi leur place, par exemple pour poser la question de la mise à l’épreuve des concepts par les terrains (n°13) ou celle du rapport à l’incertitude et à l’ignorance (n°19). Les prochains dossiers porteront sur les neurotechnologies, en mars 2026, puis le nucléaire, en septembre 2026. Bien entendu, les technologies sous les feux de l’actualité ne sont pas oubliées. Au-delà des liens qu’elle entretient, via ses comités et dans son fonctionnement concret, avec les structures de recherches dédiées à des champs scientifiques et/ou technologiques particuliers (réseaux thématiques Internet, IA et Société et Droit et changement climatique, regards croisés à l’interdisciplinaire, etc.), la revue publie des chroniques annuelles qui permettent de prendre connaissance des grands mouvements normatifs à l’œuvre, en France comme à l’international, en matière de bioéthique, de biotechnologies, d’innovation et de propriétés intellectuelles, de numérique, de preuves scientifiques et technologiques et de responsabilité. Enfin, les Cahiers DST doivent offrir la possibilité de mieux connaître la jeune recherche, particulièrement dynamique dans ce domaine. Aussi, après une parenthèse de quelques années, la revue veut-elle renouer avec la publication de recensions pour des thèses récemment soutenues. Au final, cette variété de formats permet d’offrir un panorama des études sur les normes appliquées aux ou impliquant les sciences et techniques, principalement en français, mais également en langue anglaise.
Une revue à comité de lecture, pratiquant le peer review
Les revues juridiques se sont longtemps singularisées dans le paysage éditorial par leur positionnement entre recherche et pratique et une certaine réticence à mettre en œuvre les modalités d’évaluation par les pairs en usage dans d’autres domaines scientifiques. Les Cahiers DST illustrent à cet égard la volonté de créer des revues académiques répondant aux canons d’évaluation des sciences sociales. La revue fonctionne non seulement avec un comité éditorial composé de personnalités scientifiques reconnues dans les différentes spécialités concernées, mais aussi avec un comité scientifique international qui aide à consolider les bonnes pratiques et à concevoir un véritable projet éditorial. Elle a mis en place un processus de relecture en double aveugle qui mobilise au moins deux relecteurs, dont au moins un relecteur de la discipline de l’auteur, ce qui permet des soumissions pluri- et interdisciplinaires sans perdre en rigueur disciplinaire.
Une revue sans frais, ni pour les auteurs, ni pour les lecteurs
Toutes les contributions sont publiées par les Cahiers DST sans frais pour leurs auteurs et elles sont librement accessibles sur la plateforme OpenEdition, qui inscrit son action dans le cadre du Plan national pour la science ouverte. Les auteurs gardent la possibilité de déposer leurs articles, tels qu’acceptés à l’issue du processus d’évaluation, dans des archives ouvertes, et notamment dans HAL. Longtemps rendue possible grâce au financement du réseau thématique NoST, cette politique volontariste pourra encore, à l’avenir, bénéficier du soutien de CNRS Sciences humaines & sociales et de l’accompagnement du réseau national des Maisons des Sciences Sociales et des Humanités. Dans un contexte budgétaire toujours plus restreint pour la recherche scientifique, cet effort institutionnel accompagne, nous tenons à le souligner, un mouvement d’ouverture indispensable à la qualité des recherches, mais aussi plus largement, au fonctionnement démocratique de notre pays en donnant largement accès à des travaux, en droit et sur les normes, de qualité.
Rédactrices en chef : Sonia Desmoulin, directrice de recherche CNRS, Droit et Changement Social (DCS, UMR6297, CNRS / Nantes Université), Stéphanie Lacour, directrice de recherche CNRS, Institut des sciences Sociales du politique (ISP, UMR 7220, CNRS / Université Paris Nanterre / ENS Paris Saclay)