La Revue économique déploie une politique d’ouverture des données et des codes de recherche
Fondée en 1950, la Revue économique est l’une des principales revues francophones en sciences économiques. En 2024, elle est passée en accès diamant avec le soutien de CNRS Sciences humaines & sociales, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace et des Presses de Sciences Po. Pour prolonger la réflexion sur la science ouverte en économie, la revue a publié en 2025 un numéro spécial sur cette thématique (Revue économique, vol. 76). En 2026, elle poursuit son engagement en faveur de la science ouverte en mettant en place, avec CNRS Sciences humaines & sociales et le Service d’appui à l’édition scientifique ouverte (SAESO) de l’UAR Condorcet1, une politique de partage et d’ouverture des données et des codes d’analyse associés aux articles de recherche.
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Unité d'appui et de recherche de Condorcet (UAR Condorcet, UAR2028, CNRS).
Un espace dédié au dépôt des données et des codes
La Revue économique encourage la mise à disposition des données et du code ayant servi à produire les résultats publiés dans ses articles sur son site. Cet espace rassemble les dossiers de réplication (replication packages) associés aux articles concernés. Ceux-ci peuvent comprendre les jeux de données utilisés dans l’analyse, les scripts et programmes de traitement, ainsi qu’un fichier décrivant le contenu du dépôt et les conditions de réutilisation. Ce dispositif vise à renforcer la transparence, la reproductibilité et la réutilisation des résultats scientifiques.
L’espace de dépôt est en accord avec les principes FAIR (faciles à trouver, accessibles, interopérables et réutilisables) : les données sont déposées dans un entrepôt de confiance et font l’objet d’un identifiant pérenne (DOI), permettant d’assurer un lien stable entre chaque article et les données qui sous-tendent ses résultats. Chaque dépôt constitue un objet scientifique à part entière, susceptible d’être consulté, cité et réutilisé. Les chercheurs et chercheuses disposent ainsi d’un accès direct aux matériaux qui ont permis de produire les résultats présentés dans les publications. Cette organisation garantit la stabilité des liens dans le temps et facilite la citation des jeux de données. Au-delà du simple stockage, cette démarche favorise le développement d’un écosystème dans lequel les données de recherche circulent plus facilement entre chercheurs, institutions et disciplines.
L’ouverture des données et la reproductibilité en sciences économiques
Cette initiative s’inscrit dans une évolution profonde des pratiques scientifiques en faveur de l’ouverture des données et de la reproductibilité qui parcourt de nombreuses sciences, dont les sciences économiques. Les avancées de la recherche reposent sur la possibilité pour d’autres chercheurs et chercheuses de répliquer les analyses publiées. Depuis plusieurs années, les grandes revues internationales de sciences économiques encouragent ou exigent la mise à disposition des données et des programmes utilisés dans les articles publiés. En conséquence, une part croissante des travaux repose sur des données et des codes d’analyse mis à la disposition des autres chercheurs.
Cette mise à disposition renforce la confiance dans les résultats scientifiques, facilite la diffusion des méthodes et innovations méthodologiques (qui sont très valorisées en sciences économiques), permet la réutilisation des données lorsque cela est possible et accroît l’impact des travaux de recherche. Elle améliore la qualité des processus de recherche en incitant les auteurs à documenter leurs méthodes et leurs traitements.
La Revue économique a souhaité s’inscrire dans cette évolution. Le passage en libre accès diamant des articles publiés constituait une première étape importante. Il apparaissait cohérent d’étendre cette logique aux matériaux scientifiques qui fondent les publications.
Un dispositif adapté à la diversité des recherches en économie
Les possibilités et pratiques de partage des données sont hétérogènes selon les domaines de recherche en sciences économiques. Certains travaux reposent sur des données publiques sans restriction d’accès. Dans ce cas, il est souvent simple de stocker ces données ou de donner les instructions indiquant comment y accéder. En économie théorique par exemple, les données sont fréquemment générées par des simulations et les chercheurs et chercheuses peuvent les rendre publiques. D’autres champs, tels que l’économie expérimentale et l’économie du développement, ont une culture ancienne de mise à disposition des données et des protocoles de recherche. Enfin, des domaines comme la finance, l’économie industrielle ou l’économie du travail peuvent utiliser des données confidentielles ou soumises à des restrictions juridiques. Dans ces cas, des initiatives relatives aux outils de réplicabilité offrent un moyen de certifier que les analyses sont bien correctes et vérifiées sans entraver les accords qui ont permis aux chercheurs et chercheuses d’obtenir leur accès. En France, il existe une agence de certification des données pour les sciences économiques. Il s’agit de l’unité CASCaD2. L’entrepôt de données de la Revue économique a la capacité de stocker les certificats de reproductibilité délivrés par CASCaD pour les auteurs qui ont sollicité un certificat.
Bénéfices pour les utilisateurs et les auteurs
Pour les lecteurs et les utilisateurs de la recherche, la disponibilité des données et des programmes facilite la vérification des résultats, l’apprentissage des méthodes empiriques et le développement de nouvelles recherches à partir de travaux existants. Elle renforce la confiance dans les publications scientifiques et accélère la circulation des connaissances.
Pour les auteurs, le partage des données et des codes présente également des avantages importants. Il accroît la visibilité de leurs travaux en donnant accès à l’ensemble des matériaux de recherche. Il favorise aussi la reconnaissance du travail consacré à la constitution des bases de données, au nettoyage des informations et au développement des programmes informatiques. Les données et les codes deviennent ainsi des productions scientifiques identifiables et citables dans un espace de stockage pérenne.
Simplifier la mise à disposition des données et des codes pour limiter les efforts pour les auteurs
Au-delà de la nature des données, les formats de fichiers, les logiciels et les méthodes de documentation varient d’un projet à l’autre. Pour une revue généraliste couvrant l’ensemble des champs de l’économie, il était donc nécessaire d’avoir un dispositif suffisamment souple pour s’adapter à la diversité des situations rencontrées. La Revue économique a donc adopté une politique de mise à disposition des données simple.
Cette politique répond à un autre défi qui est le coût imposé aux chercheurs et chercheuses. Une politique d’ouverture repose principalement sur des coûts privés — les chercheurs doivent mettre en place les documents — afin de générer des bénéfices principalement publics. C’est la raison pour laquelle le Conseil scientifique de la Revue économique a préféré adopter une politique qui encourage la mise à disposition des données et des codes sans la rendre obligatoire, afin que les chercheurs pour lesquels les coûts privés sont particulièrement élevés ne soient pas désincités à soumettre à la Revue. Comme cette pratique de documentation systématique du processus de recherche va tendre à se généraliser, la Revue pourra, à terme, rendre la mise à disposition des packages de réplication obligatoire.
Vers une science économique plus ouverte et plus transparente
L’initiative de la Revue économique s’inscrit dans une transformation générale de l’écosystème de la recherche. Les organismes de financement, les établissements d’enseignement supérieur et les organismes de recherche encouragent de plus en plus l’ouverture des publications, des données et des logiciels scientifiques. La reproductibilité devient progressivement une composante essentielle de la qualité de la recherche.
En mettant en place cette politique de partage des données et du code, la Revue économique contribue au développement d’une science économique exigeante, ouverte et accessible. Après avoir rendu les articles librement accessibles à tous, la revue franchit une nouvelle étape en facilitant l’accès aux matériaux qui fondent les résultats scientifiques. Cette démarche participe à la construction d’une recherche plus transparente, plus cumulative et plus collaborative, au bénéfice de l’ensemble de la communauté scientifique et de la société.
David Margolis, rédacteur en chef, président du comité de rédaction ; Béatrice Boulu-Reshef, présidente de l’association Revue économique, directrice de la publication ; Gabriel Desgranges, président du conseil scientifique, secrétaire de l’association ; Florence Puech, trésorière de l’association
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Certification agency for scientific code and data (CASCaD, UAR2007, CNRS / HEC Paris).