Alessandro StanzianiMondes modernes et contemporains
Centre de recherches historiques, CNRS / EHESS
Titulaire d’un doctorat en économie et en histoire, d’une habilitation à diriger des recherches (HDR) en histoire également, Alessandro Stanziani est spécialiste de l’histoire économique et sociale de la Russie, de la France, de l’Europe et de l’Océan indien, du xviiie au xxe siècles siècle. Médaille d’argent du CNRS en 2024, membre du Centre de recherches historiques, il est auteur de seize ouvrages individuels, co-auteur de douze ouvrages collectifs et d’environ 200 articles et chapitres d’ouvrages. Ses domaines d’investigation vont de l’histoire des statistiques, des savoirs économiques et des méthodologies historiques, à l’histoire de l’alimentation, du travail, de la concurrence économique. Plus récemment, il a commencé à travailler en histoire environnementale.
Dataempire. Empires of Data, 1850-1914
« L'invention du fait moderne », c'est-à-dire l'utilisation des données quantitatives comme outil de gestion des affaires privées et publiques, est liée au développement des économies de marché occidentales et à la formation des États-nations. Le projet Dataempire vise à réorienter ce récit en rattachant les données quantitatives aux États impériaux et aux espaces eurasiens plutôt qu'aux nations et à l'Occident. Il se concentrera sur les empires ottoman, russe et des Habsbourg, s’étendant du Pacifique à l’Europe centrale et de la Méditerranée à la Sibérie.
Au cours du xixe siècle, ces empires ont lutté pour leur survie. Si ce processus a fait l’objet de nombreux écrits sous l’angle des tensions culturelles et politiques, on sait peu de choses sur la manière dont ces empires cherchaient à extraire les informations quantitatives vitales à leur existence, telles que les recensements de population, les stocks de céréales et les chiffres de production. Quand et comment y sont-ils parvenus ? Quand et pourquoi ont-ils échoué ? Au cours de la seconde moitié du xixe siècle, ces deux types d’informations quantitatives ont évolué dans des directions opposées. La conscription générale et l'impôt sur le revenu exigeaient de nouveaux types de données, favorisant la centralisation impériale. À l'inverse, les statistiques sur les récoltes étaient conçues pour faire face aux fluctuations du marché et à la spéculation dans les économies mondiales. Ce projet explorera ces tendances contrastées, offrant une nouvelle perspective sur la décadence impériale à l'ère du capitalisme mondial.
Mots clefs liés au projet : Statistique, recensement, conscription, empire, récolte