Peintres de l'ombre
La présence tentaculaire du faux affecte la presque totalité des activités humaines et spécialement le domaine de l'art pictural. Mais si les faussaires en peinture restent de constants sujets de curiosité, leurs points de vue individuels sont insuffisamment cités et mis en perspective les uns avec les autres.
Le choix arrêté ici a donc consisté à les croiser pour les penser ensemble, afin de restituer les représentations que les faussaires ont de leur pratique et de ses effets sur l'art ou leur personne.
L'attention a notamment porté sur leur façon d'élaborer un imaginaire propre à crédibiliser l'origine de leurs toiles, de se prévaloir d'une forme de réceptivité agie et de faire de l'invisibilité la mesure de leur excellence. Devenue en elle-même performance artistique, cette recherche d'invisibilité pour se penser en connivence avec des maîtres dont ils entendent s'approprier le talent, inspire le rapprochement avec des notions en vigueur dans des sociétés extra-occidentales.
À propos de l'autrice
Monique Jeudy-Ballini est membre du Laboratoire d’anthropologie sociale (CNRS) où elle codirige l’équipe « Anthropologie des formes de réception et d’appropriation de l’art ».