PépiNord, une pépinière en jouvence
Présentation de PépiNord, la pépinière de revues de la Maison des sciences de l’Homme Paris Nord.
La pépinière du (début du) siècle
Parmi la quinzaine de pépinières de revues que compte aujourd’hui le paysage français de l’édition scientifique publique, celle de la Maison des sciences de l’Homme Paris Nord
Le contexte est marqué par la montée en puissance du numérique et de l’infrastructure OpenEdition, qui s’érige alors en alternative open access aux plateformes privées, et quasi exclusivement anglophones de l’édition savante. À ce moment de son histoire, OpenEdition Journals s’appelait encore Revues.org
Une pépinière en actions
Porte d’entrée et tremplin naturel vers les plateformes de diffusion de portée internationale, PépiNord a pour mission d’héberger sur son serveur et de diffuser en accès libre des revues qu’elle accompagne : de leur phase de conception — c’est le temps de l’incubation — à leur migration vers une plateforme de plus grande ampleur. De façon générale, elle s’engage pour une circulation plus ouverte et accessible des sciences humaines et sociales. Pas seulement pour en ouvrir techniquement le contenu au plus grand nombre, mais aussi pour ouvrir grand le champ des acteurs avec lesquels ces sciences, humaines et sociales, prennent langue.
Son idée sous-jacente ? Répondre bien sûr aux exigences des MSH d’inter-institutionnalité, d’inter-nationalité, mais aussi d’inter-disciplinarité et soutenir ainsi des projets indépendamment de leur appartenance institutionnelle. Mais il s’agit aussi de donner de la voix à des projets éditoriaux — naissants, renaissants, nativement numériques ou en transition vers le modèle diamant
Parmi les pépinières, cet ancrage interdisciplinaire dans quatre axes scientifiques caractérise foncièrement PépiNord et fait sa singularité. C’est en effet moins sur la base d’une proximité géographique, d’une logique de site ou d’une spécialité disciplinaire que sur celle d’une proximité intellectuelle et exploratoire qu’elle fédère sa communauté de revues
Or les périodiques que soutient PépiNord ont tous pour point commun d’aborder leur problématique par un angle d’approche non conventionnel — la Revue de la régulation, par exemple — ou par un angle d’approche situé à l’intersection de savoirs, de pratiques, de terrains, de cultures hétérogènes — pour ne citer qu’elle, la Revue francophone informatique & musique, qui va jusqu’à dialoguer avec les neurosciences.
Quand PépiNord fait peau neuve
De 2007 à 2021, cet ambitieux projet a été porté par un binôme d’ingénierie composé d’une éditrice et d’un responsable chargé de ressources documentaires. Ils sont parvenus, malgré des ressources limitées, à faire vivre cette plateforme.
Tout s’est ensuite accéléré sous l’impulsion de CNRS Sciences humaines & sociales qui a plus particulièrement souhaité développer à Paris-Nord un pôle éditorial comparable à celui de Nanterre. En peu de temps, cinq autres agents titulaires du CNRS sont venus rejoindre le tandem initial. À noter que la naissance de la fédération des pépinières Repères en 2019 a également contribué à mettre les réflexions locales en perspective avec d’autres problématiques perçues ailleurs.
La pépinière a donc servi de point d’appui pour construire un service agrégeant six agents, mais aussi une offre de service de plus grande ampleur. Initialement tournée vers l’accompagnement de revues de la pépinière, l’offre de la MSH Paris Nord s’est ainsi étoffée par la production d’autres revues déjà structurantes dans leur champ de recherche — le Mouvement social, la Revue d’histoire moderne & contemporaine ou encore SociologieS, entre autres exemples. À partir de 2021, c’est une équipe renforcée, composée d’une responsable de pôle (CNRS), d’un coordinateur de projet (CNRS), d’un chargé d’édition numérique (USPN) et d’un responsable technique (Paris 8), qui est à pied d’œuvre pour revoir le fonctionnement du « cœur » pépinière, en le dotant non seulement d’un nom, PépiNord
À l’arrière-plan de ces réalisations, s’exprime la volonté de mutualiser les pans techniques pour laisser tout loisir de développer la qualité éditoriale à la faveur des adaptations nécessaires. PépiNord prête aussi une attention particulière à une éthique de la recherche soucieuse d’en rendre visibles les différents acteurs. Il s’agit de se rapprocher d’une vision des revues conçues non pas seulement comme un réceptacle des résultats de la recherche mais comme un projet, vivant et fragile, d’une recherche en train de se faire.
PépiNord veille ainsi à étendre son offre de services qui se décline, de manière graduelle et personnalisée, auprès des revues autant sur les aspects techniques — organisation de formations avec l’infrastructure Métopes, attribution de DOI Crossref
Le lancement imminent de son site internet, grâce au concours de CNRS Sciences humaines & sociales, fait écho au dynamisme de PépiNord, qui accueillera cette année une nouvelle recrue : la revue Silence(s), dédiée aux arts et aux intelligences du silence.
Ancrée dans un territoire nord-francilien en mutation, PépiNord continue de se structurer de l’intérieur et à faire jouvence. Elle entend non seulement faire fructifier son ancrage historique, mais aussi, au plus près d’elle, continuer le dialogue entamé avec les divers acteurs du Campus Condorcet.
Cécilia Monteiro, Tomasz Doussot, Félix Terrier