© Jean-Pierre BROUARD, 2017

Estelle Ingrand-VarenneMondes anciens et médiévaux

Starting Grants

Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM), CNRS / Université de Poitiers

Spécialiste d’épigraphie du Moyen Âge, Estelle Ingrand-Varenne a étudié le langage de ces textes brefs et formulaires, gravés dans la pierre, le bois, le métal, à un moment de changement linguistique. Elle a montré qu’aux XIIe-XIVe siècles, le français pénétrait dans la sphère religieuse par l’entremise des tombes des laïcs, modifiant son statut sociolinguistique, tout en cohabitant avec le latin (Langues de bois, de pierre et de verre, Classiques Garnier, 2018). Au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM, UMR 7302, CNRS / Université de Poitiers), elle a été en charge de la rédaction du Corpus des inscriptions de la France médiévale et a lancé le projet d’épigraphie médiévale numérique TITULUS. Ses recherches se sont ensuite tournées vers l’Orient pour retrouver les traces écrites monumentales des Latins au temps des croisades au Royaume de Jérusalem. C’est pourquoi elle est détachée au Centre de recherche français à Jérusalem (USR3132, CNRS / MEAE / AMU). Ce projet d’ « épigraphie connectée » s’étend désormais à l’ensemble de la Méditerranée orientale.

GRAPH-EAST - L’écriture latine, un alien dans l’ « Orient latin » au Moyen Âge

Au VIIe siècle, à l’aurore de la conquête arabe et alors que l’empire devient byzantin, l’écriture latine disparaît du paysage graphique monumental de la Méditerranée orientale. Progressivement, jusqu'au XVIe siècle, pèlerins, marchands, croisés établissent hospices, églises et châteaux, et y apposent des inscriptions et graffiti en alphabet latin, autrement dit un signe devenu exogène. Ils tentent ainsi — à travers la pierre, la peinture ou les mosaïques —, de s’approprier graphiquement, spatialement et symboliquement les lieux, dont les lieux saints du Christianisme. L'étude de ces inscriptions se heurte à trois problèmes : l'absence de corpus, le concept d'Orient latin mêlant écriture, langue, culture et rite religieux, et une vision de l’épigraphie figée et cloisonnée. GRAPH-EAST veut changer d’échelle et de paradigme en explorant l’écriture latine de la Grèce et de la Turquie à l'Égypte en passant par la Syrie-Palestine et Chypre, en contact et en interaction avec les inscriptions grecques, arabes, arméniennes, syriaques, hébraïques, etc. 2500 inscriptions et graffitis seront analysés au prisme des transferts culturels entre Occident et Orient pour comprendre les pratiques épigraphiques de cette région.

Signature d’artiste du XIIe s. en latin et en syriaque dans les mosaïques de l’église de la Nativité de Bethléem. © Estelle Ingrand-Varenne, 2020

Mot clefs :

Inscription, graffiti, orient, alphabet latin, culture écrite

 

Centre d’études supérieures de civilisation médiévale