Florence Bretelle-EstabletHistoire de la médecine en Chine
Directrice de recherche au CNRS, Florence Bretelle-Establet est membre depuis novembre 2025 de l’Institut de recherches asiatiques (Irasia, CNRS / Aix-Marseille Université). Spécialiste française de la médecine et de la santé en Chine, elle rejoint dès 2002 le laboratoire Recherches épistémologiques et historiques sur les sciences exactes et les institutions scientifiques (Rehseis), où elle participe à un collectif à l’origine d’un décentrement du regard vers des savoirs, acteurs et institutions extra-européens. Elle y défend une approche pluri-aréale de la santé et de la médecine. L’objectif est double : éclairer l’histoire des sciences produites hors d’Europe et renouveler les questionnements de la discipline.
Florence Bretelle-Establet intègre le CNRS en 2002, comme chercheuse membre du laboratoire Resheis, devenu Sphère – Sciences, Philosophie, Histoire (CNRS / Université Paris Cité), à la suite d’une fusion d’équipes en 2009. Directrice de recherche CNRS depuis 2016, elle croise histoire sociale, histoire du livre et analyse textuelle afin d’établir une histoire de la médecine en Chine sous la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911).
Face à l’immensité des sources chinoises, elle resserre la focale sur un espace circonscrit : trois provinces du sud, terrain exploré dès sa thèse et toujours étudié. La diversité des profils et des écrits montre qu’il n’existe pas une médecine chinoise unique « malgré les simplifications faites dans les années 1970 sous le vocable de "médecine traditionnelle", et ce, malgré l’existence d’une institution impériale de médecine, depuis au moins le vie siècle ».
Ses travaux abordent la médecine dans ses dimensions sociale, économique et épistémique, en tenant compte de l’hétérogénéité des acteurs, des écrits, des espaces urbains et ruraux, ainsi que des milieux ethniques et culturels où la médecine se pratique et s’écrit.
« Je m’intéresse aux pleins comme aux vides : les monographies locales et leurs bibliographies permettent d’évaluer ce qui subsiste des textes produits. Sur mon terrain, seuls 13 % des écrits médicaux des Qing nous sont parvenus. Ce constat m’a conduite à étudier l’histoire matérielle et sociale des écrits, à rechercher les causes multiples de cette disparition massive. Au-delà des guerres et autres aléas, la position sociale des auteurs conditionne aussi la préservation des écrits. Car publier un manuscrit exige de mobiliser l’élite lettrée, condition difficile pour les médecins qui en sont souvent éloignés ».