© Frédéric Albert

Myriam SuchetLittératures, traduction et recherche-création-action

Médaille de bronze du CNRS

Maîtresse de conférences en littératures francophones et françaises à l’université Sorbonne Nouvelle, Myriam Suchet dirige le Centre d’études québécoises, rattaché au laboratoire Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (Thalim, CNRS / Université Sorbonne Nouvelle), dans une perspective de recherche-action-création. Les textes hétérolingues lui font explorer les différences qui existent entre les langues comme l’hétérogénéité qui constitue chacune d’entre elles, y traçant des rapports de pouvoir. Membre junior de l’Institut universitaire de France depuis 2019, elle invite à traduire du français en français au pluriel, un geste dont les enjeux sont indissociablement poétiques et politiques. Estimant « l’universiTerrien » parfois un peu sourd au dialogue, elle conçoit des formats singuliers (livrets agrafés-pliés, expositions, kit de désapprentissage) en complicité avec des artistes, graphistes, maisons d’édition et toute personne qui préfère les questions aux réponses. Ce faisant, elle œuvre à une recherche indisciplinée, connectée aux réalités sociales comme à son potentiel de création.

Résolument indisciplinées, les recherches de Myriam Suchet s’efforcent de pratiquer la recherche comme un acte à part entière et comme un art vivant, susceptibles de créer l’inédit. Elle a notamment théorisé l« imaginaire hétérolingue » à partir d’un « mot forgé par Rainier Grutman avec un préfixe qui insiste sur la différence plus que la multiplicité : l’enjeu n’est pas tant d’additionner une langue avec d’autres que d’envisager ce que l’on appelle ‘la langue’ autrement ». Elle travaille aussi bien au sein de l’institution qu’à ses lisières aux côtés de chorégraphes, d’artistes sonores ou plasticiens, de compagnies théâtrales, ainsi que dans des ateliers et autres chantiers où la théorie n’est pas coupée de la pratique. « Au fond, il s’agit d’admettre que ‘je pense’ aussi avec les pieds, et toujours à plusieurs… »

Autrice de cinq monographies1, Myriam Suchet a également co-dirigé plusieurs ouvrages collectifs. Elle s’aventure surtout dans des formats inédits, comme en témoigne sa dernière recherche, Traduire du français aux français. « J’invite à lire le ‘s’ du français comme une marque de pluriel pour cesser d’oublier le caractère construit, historique, politique, contingent, de ce que l’on appelle ‘la langue‘. Il en résulte une hospitalité radicale », insiste-t-elle.

« Lire est un art de l’hospitalité, qui invite d’abord à écouter et à accepter de se laisser déplacer, surprendre, puis transformer bien au-delà de ce que l’on croyait savoir ».

Myriam Suchet a aussi conçu un « kit de désapprentissage », en complicité avec Les Tables des matières et Pierre Tandille ; un site internet enfrancaisaupluriel.fr/ avec Figures libres ; et une série de livrets de recherches en cours avec les Éditions du commun. « L’enjeu est moins de diffuser des résultats de recherche que d’inviter à prendre part au processus en cours ». 

« Cette médaille est une invitation à ce que nous soyons toujours plus à nous autoriser à essayer, à échouer, à suivre Beckett : ‘Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.’ » Et d’ajouter avec Baudelaire : « ‘Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !’ Nous en avons bien besoin, dans l’état d’urgence actuel. »

Note

  1. Outils pour une traduction postcoloniale, Éditions des Archives contemporaines, 2009, issu de son mémoire de master ; L’Imaginaire hétérolingue | Ce que nous apprennent les textes à la croisée des langues, Classiques Garnier, 2014, tiré de sa thèse ; Indiscipline ! Tentatives d’UniverCité à l’usage des littégraphistes, artistechniciens et autres philopraticiens, Montréal, Note Bene Éditions, 2016 ; L’horizon est ici. Pour une prolifération de nos modes de relation, Éditions du commun, 2019. ; Sismographies du manque | Carnets 2019-2024, collection "Trans", Editions Tango Girafe, 2025.