Nicolas RichardAnthropologie et étude comparée des sociétés contemporaines
Patrimoines locaux, environnement et globalisation (PALOC), CNRS / IRD / MNHN
Anthropologue, Nicolas Richard est directeur de recherche au CNRS. Ses recherches portent sur les transformations techniques, matérielles et énergétiques des territoires postcoloniaux d’Amérique du Sud, en particulier dans les Andes, le Chaco et l’Amazonie. À l’interface de l’anthropologie, de l’histoire et des science and technology studies, il étudie les techniques comme médiation entre sociétés et environnements, en portant une attention particulière aux matérialités ordinaires, aux expressions techniques mineures et aux pratiques quotidiennes qui façonnent les territoires. Après plusieurs années de recherche en Bolivie au sein de l’Institut français d’études andines (IFEA)
FERAL ENGINES – An ethnography of the gasoline era in post-colonial landscapes
MOTEURS FÉRAUX – Une ethnographie de l'ère de l'essence dans des paysages postcoloniaux
Alors que les pays industrialisés s’engagent dans des trajectoires de décarbonation, de vastes territoires périphériques d’Amérique du Sud connaissent une diffusion spectaculaire et à peine régulée des moteurs à combustion. Dans le Gran Chaco, l’Amazonie ou les Andes méridionales, motos, tronçonneuses, moteurs hors-bord et machines agricoles ou minières façonnent des territoires caractérisés par une forte présence de populations amérindiennes et marqués par des inégalités structurelles, l’intensification des dynamiques extractives, la fragmentation des infrastructures et l’absence de cadres régulatoires effectifs.
Le projet Feral Engines étudie la vie de ces moteurs dans ces paysages postcoloniaux. En combinant enquêtes ethnographiques, recherches historiques et modélisation numérique, il suit la circulation des machines, des carburants et des pratiques de réparation, et analyse la manière dont ils transforment les relations entre humains, animaux, territoires et institutions. Le projet s’intéresse en particulier aux formes de « féralité mécanique » qui émergent lorsque les moteurs fonctionnent en dehors des systèmes techniques, juridiques et infrastructurels formels.
Structuré autour de quatre axes — trajectoires matérielles des machines, configurations techno-écologiques, régimes énergétiques inégaux et scénarios post-fossiles —, Feral Engines propose une approche comparative de la motorisation contemporaine dans les marges du monde industriel. Il contribuera aux débats internationaux sur les transitions énergétiques, les infrastructures matérielles et les interactions machines-animaux, tout en apportant une perspective du Sud sur les futurs énergétiques de la planète et sur les transformations sociales, écologiques et politiques liées à la diffusion des moteurs fossiles.
Des dizaines de jerricans alignés devant une station-service matérialisent les réseaux capillaires qui relient les infrastructures énergétiques aux usages quotidiens du carburant. Dans ces chaînes de circulation, l’essence est bien davantage qu’une marchandise standardisée : elle est évaluée, classée et négociée à travers des relations de confiance, des catégories sensorielles locales (couleur, odeur, saveur…), des savoirs pratiques, des rumeurs et des contextes politiques changeants. Les bidons deviennent ainsi des objets intermédiaires essentiels entre les stations-service et les « machines férales étudiées par le projet ERC Feral Engines
© Nicolas Richard, 2026
Mots clefs liés au projet : Anthropologie ; Énergie ; Motorisation ; Techniques ; Amérique du Sud