Adèle BlazquezAnthropologie politique de la violence
Chargée de recherche au CNRS depuis 2022, Adèle Blazquez est membre du Laboratoire d’anthropologie politique (CNRS / EHESS) et affectée depuis 2024 au Centre d’études mexicaines et centraméricaines
Sa première recherche, menée dans la commune de Badiraguato (Sinaloa, Mexique), connu comme le fief du cartel de Sinaloa, rompt avec la « fresque criminelle ». Par une ethnographie sensible et un travail historique sur l’économie du pavot, elle montre comment la violence produit avant tout de l’incertitude, et comment les habitants élaborent des stratégies de dissimulation, de protection et d’adaptation. Loin de la complicité ou de l’apathie, elle restitue des trajectoires familiales progressivement prises dans des rapports asymétriques, bénéficiant aux grands trafiquants.
Dans le prolongement de ce terrain, elle a élargi son enquête à des sites de production légaux inscrits dans ce contexte de violence, notamment dans le couloir pétrochimique d’Altamira, au sud du Tamaulipas. Elle y analyse la coexistence de secteurs florissants dans un environnement marqué par l’incertitude. À rebours de l’idée selon laquelle l’expansion capitaliste supposerait stabilité et prédictibilité, ses travaux interrogent l’inégale répartition des risques et des profits.
Son approche s’inscrit dans une perspective féministe matérialiste, attentive au lien entre production et reproduction. En partant des économies domestiques, de l’habitat et des mobilités contraintes, elle éclaire l’exposition genrée aux violences armées et environnementales. Ce double mouvement — ancrage ethnographique précis et élargissement vers des dynamiques globales — nourrit une anthropologie des formes plurielles de domination et des façons, elles aussi multiples, de composer avec elles.
Les travaux d’Adèle Blazquez, publiés en anglais et en espagnol — et en particulier son livre L’aube s’est levée sur un mort — font dialoguer anthropologie, économie politique et études de genre. Investie dans des collaborations internationales, elle développe actuellement un projet comparatif consacré à cette coexistence paradoxale entre essor et violence.