La communauté de dialecte antankarana à Madagascar

Essai d’ethnolinguistique
Anthropologie
Sciences du langage
Auteur(s)
Laurent Berger & Pierre Ernest Mbima
Publication
juin 2025
Appartenance
Laboratoire d'anthropologie sociale (LAS)
Éditeur
Hemispheres

Comment rendre compte des variations dialectales de la langue malgache au sein de la grande île ? Quelles sont les caractéristiques de telles communautés linguistiques (« speech community ») ?

En revisitant l’héritage de Wilhelm von Humboldt, un anthropologue français et un linguiste malgache présentent ici les formes phonétiques, lexicales, grammaticales et discursives du parler antankaraƞa (manaƞkàraƞa), tel qu’il est pratiqué par un ensemble de locuteurs investis dans les institutions d’une royauté sacrée, fondée au xviiie siècle autour du massif karstique de l’Ankaràƞa, à l’extrême nord de l’île. Ces institutions ont favorisé l’inclusion d’étrangers et d’hôtes allophones. Leurs membres ont souvent agi au contact de populations originaires des autres régions de Madagascar, de France et des îles et pourtours de l’océan Indien. Cette « communauté de dialecte » s’est ainsi constituée au travers des relations langagières que ses locuteurs ont entretenues avec des personnes et des groupes à la périphérie, en marge ou à l’extérieur de celle-ci. L’originalité de ce travail ethnolinguistique, adossé à une longue enquête ethnographique, est d’appréhender ce dialecte malgache à partir des usages qu’en font ses locuteurs pour pratiquer leurs « coutumes ancestrales » et en exposer la raison d’être. Pour cela, une approche phonologique, morphologique et syntaxique de la langue complète un lexique de 2 400 termes et de 1 600 formes verbales conjuguées, à l’appui de la présentation ethnologique, de la transcription vernaculaire et de la traduction française de situations concrètes d’interlocution. Une telle « communauté de dialecte » s’y laisse appréhendée dans la pratique des alliances inter-claniques à plaisanterie, de l’islam confrérique soufi, des rapports de parenté, des relations sexuelles et amoureuses, des chants traditionnels, des cultes de possession, des rituels du cycle de vie, des cérémonies royales, de la sacralisation des lieux et des personnes, et du gouvernement politique des sujets royaux.

À propos des auteurs

Laurent Berger est anthropologue, maître de conférences et chercheur au Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS).

Pierre Ernest Mbima est linguiste, maître de conférences à l’Université d’Antsiranana à Madagascar, où il a présidé le collège des enseignants de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines.