Le transport, une affaire de mode ? La notion de "mode de transport" en question
Le transport, une affaire de mode ?
La notion de « mode de transport » en question
Appel à manifestation d’intérêt – Appel à articles
Coordinateurs : Thomas Quillerier, Timothée Mangeart et Pierre Zembri
La notion de « mode de transport » et ses notions dérivées (par exemple : « mode de déplacement », « report modal », « intermodalité », « multimodalité »), sont couramment utilisées dans le champ académique, parmi les professionnels de la mobilité et des transports, ainsi que dans le débat public. Les débats, tant politiques que scientifiques, sur la remise en question de la place de la voiture individuelle dans nos sociétés et l’importance donnent lieu à des discussions sur le développement des modes « actifs », « doux », ou « partagés ».
Historiquement, l’action publique et les activités économiques en matière de transport et de mobilité se sont organisées dans les pays occidentaux autour de différents systèmes sociotechniques et spatiaux (par exemple : ferroviaire, aviation, routier) sur lesquels des véhicules (par exemple : train, avion, voiture) et des activités (par ex. : transport de marchandise ou de passagers pour des motifs variés) viennent prendre place (Baldasseroni et al., 2022). Dans l’Union Européenne, par exemple, ce découpage modal donne lieu à des politiques publiques distinctes amenant à une régulation spécifique de chacun de ces modes (Le Néchet, Commenges, 2021). A l’échelle internationale, cette logique modale, issue des pays occidentaux et du monde de l’ingénierie (Chatzis, 2023), a été diffusée par les industriels et les organisations internationales, conduisant à une structuration des systèmes de transport des pays des Suds de manière opérationnelle sur ce modèle.
Aussi, les connaissances que nous avons des transports et de la mobilité reposent sur cette catégorisation, qualitative ou quantitative, avec, par exemple, le nombre de déplacements par mode de transport ou encore les investissements économiques pour tel mode de transport. La justification implicite d’une catégorisation des transports et de la mobilité en modes de transport repose ici sur l’idée que chaque mode a ses caractéristiques propres, et que celles-ci sont homogènes au sein de chaque catégorie (Amar 1993). Cette catégorisation modale du système de transport se retrouve ainsi dans les enquêtes de déplacements, les modélisations et les prospectives des réseaux de transports afin de quantifier et de qualifier les modes de transport (Chatzis, 2023 ; Commenges, 2013). Par exemple, l’Enquête Globale Transport (EGT) de 2010, en Île-de-France, catégorise le système de transport en six modes : transport collectif, vélo, marche, deux-roues motorisés, voiture, autres.
Pour autant, cette notion, issue de l’ingénierie du trafic, est passée aux sciences humaines et sociales et dans le langage courant, sans jamais avoir fait l’objet d’un travail définitionnel approfondi. La vision par mode des systèmes de transport et de mobilité pose aujourd’hui question pour deux raisons. D’une part, l’offre et les pratiques de mobilité évoluent au gré des évolutions sociales et des développements techniques. Deux grandes évolutions sont mises en lumière. En premier lieu, le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) a participé à une évolution de l’offre de mobilité et favorisé l’émergence de nouveaux acteurs, comme Uber ou Grab, et de nouveaux services,comme le Mobility as a Service (MaaS) ou les véhicules en free-floating, questionnant ainsi la pertinence d’une vision par mode (Boutueil, 2019). En second lieu, les enjeux environnementaux ont amené à la popularisation d’autres manières de se déplacer, avec notamment le développement de l’usage du vélo (Eskenazi, 2024). D’autre part, la formalisation de pratiques de mobilité avec des catégories modales, définies notamment par le système technique associé, le type de véhicule utilisé ou encore les capacités et les performances de ce dernier (Libourel et al., 2022), ne rend pas toujours compte de la diversité des manières dont la mobilité est performée par les individus selon les territoires. Dans les pays des Suds, les pratiques de mobilité des personnes prennent une variété de formes que ne reflètent pas les catégorisations occidentales des modes de transports, comme les taxis- motos ou les minibus, et qui ont amené à des débats politiques sur les transports dits formels ou informels dans les pays des Suds (Audard et al., 2023 ; Cervero,Golub, 2007).
Dans ce contexte, il apparaît important d’interroger scientifiquement la notion de mode de transport, sa définition et son utilisation à l’aune des mutations et des changements qui animent actuellement les sociétés contemporaines. Interroger cette notion revient à adopter une posture réflexive sur la manière dont elle structure la construction de nos savoirs et connaissances et nos manières d’agir sur le monde de la mobilité et des transports. Plusieurs questionnements animent cet appel à articles. Pour quoi et par qui la notion de mode de transport est-elle utilisée ? Comment les modes de transport peuvent-ils être définis et catégorisés ? Quels sont les luttes, les enjeux et les effets politiques, sociaux et techniques de l’usage de la notion de mode de transport et des catégories modales ? En quoi les évolutions des pratiques et de l’offre de mobilité redéfinissent-elles ou remettent-elles en question les catégorisations modales ? Finalement, les systèmes de transport et la mobilité contemporaine peuvent-ils toujours être analysés et structurés au prisme d’une catégorisation modale ? À l’inverse, peut-on faire l’économie de l’usage de la notion de mode de transport ?
Cet appel à articles invite à soumettre des articles fondés sur des recherches empiriques, théoriques et épistémologiques afin de documenter la formalisation et l’évolution de la notion de mode de transport dans les pays des Nords ou des Suds sur une échelle temporelle courte ou longue. L’appel à articles est ouvert à toutes les approches disciplinaires s’intéressant aux transports et à la mobilité (par exemple : géographie, aménagement, urbanisme, économie, ingénierie, sociologie, anthropologie, histoire, sciences politiques). Pour orienter la réflexion, trois axes ont été identifiés. Les propositions d'articles pourront s'inscrire dans un ou plusieurs de ces axes. Les articles ne s’inscrivant pas dans ces axes mais questionnant la notion de mode de transport pourront être accueillis.
Information aux auteurs
Date limite pour les résumés : 28/11/2025
Les contributeurs doivent envoyer un résumé de 4 000 caractères maximum, ainsi que les noms des auteurs et leurs affiliations institutionnelles, à :
thomas.quillerier@enpc.fr - timothee.mangeart@enpc.fr - pierre.zembri@enpc.fr
Date limite pour les articles complets (première version) : 06/03/2026
Sur la base des résumés pré-validés par le comité de rédaction de la revue Flux, les contributeurs auront jusqu’au 6 mars 2026 pour envoyer la version complète de leur article. Celui-ci correspondra aux standards de la revue (cf. note aux auteurs), à savoir un texte de 50 000 caractères maximum (espaces compris), un résumé de 1000 à 1500 caractères en français et en anglais, ainsi qu’une notice biographique de 600 caractères environ.
Plus d’informations sur la revue Flux et les consignes aux auteurs : https://shs.cairn.info/revue-flux?lang=fr&tab=a-propos
La publication de ce numéro spécial de Flux est prévue pour 2027.