Les recherches SHS en Afrique sub-saharienne au CNRS

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Les chercheuses et les chercheurs en sciences humaines et sociales travaillent sur des objets inscrits dans des contextes divers, sur l’ensemble des continents. Les phénomènes sociaux peuvent être envisagés sous différents angles (anthropologique, historique, sociologique, géographique, économique, archéologique, linguistique, politique, juridique, philosophique, littéraire, etc.), selon une approche aréale (Afriques, Amériques, Asie, Europe, Océanie).

La feuille de route Afrique du CNRS a pour objectif de développer les collaborations et les partenariats scientifiques avec les pays africains. La production scientifique annuelle des pays africains est en forte croissance et des enjeux technologiques et sociétaux majeurs se manifestent sur l’ensemble du continent. Si la production scientifique est dominée par quelques grands pays (Afrique du Sud, Égypte…), l’InSHS affirme sa volonté de multiplier les collaborations avec tous les acteurs scientifiques des pays d’Afrique sub-saharienne.

Les recherches SHS en Afrique peuvent s’appuyer sur un dense réseau d’unités et de structures. Plusieurs unités mixtes de recherche ont fait du continent africain leur sujet d’étude (Langage, langues et cultures d’AfriqueLangage, Langues et Cultures d’Afrique (LLACAN, UMR8135, CNRS / Inalco). ; Les Afriques dans le mondeLes Afriques dans le monde (LAM, UMR5115, CNRS / Institut d’études politiques de Bordeaux /Université Bordeaux Montaigne). ; Institut des mondes africainsInstitut des mondes africains (IMAf, UMR8171, CNRS / AMU / EHESS / IRD / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.) ). D’autres possèdent des équipes ou des axes thématiques spécifiquement concentrés sur l’Afrique et les populations africaines en diaspora (Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétésTravaux et Recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés (UMR5608, TRACES, CNRS / Ministère de la Culture / Université Toulouse - Jean Jaurès). ; Orient et MéditerranéeOrient et Méditerranée (UMR8167, CNRS / Sorbonne Université / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / EPHE / Collège de France). ; Bordeaux Sciences ÉconomiquesBordeaux Sciences Économiques (BSE, UMR6060, CNRS / Université de Bordeaux). ; Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmansInstitut de Recherches et d'Études sur les Mondes Arabes et Musulmans (IREMAM, UMR7310, CNRS / AMU). , etc.). Outre les unités à l’étranger basées en Afrique du Nord (le Centre d'études AlexandrinesCentre d'études Alexandrines (CEALEX, UAR3134, CNRS / IFAO). et le Centre Franco-Égyptien d'Étude des Temples de KarnakCentre Franco-Égyptien d'Étude des Temples de Karnak (CFEETK, UAR3172, Ministère des Antiquités d'Égypte).) et les UMIFRE (le Centre Jacques BerqueCentre Jacques Berque pour les études en sciences humaines et sociales (CESHS, UAR3136, CNRS / MEAE). à Rabat, l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporainInstitut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC, UAR3077, CNRS / MEAE / AMU). à Tunis, le Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et socialesCentre d'études et de documentation juridique, économique et sociale (CEDEJ, UAR3123, CNRS / MEAE). au Caire), cinq autres UMIFRE se répartissent entre le Soudan (Section française de la direction des Antiquités du Soudan - SFDAS), l’Éthiopie (Centre français d'études éthiopiennes à Addis AbebaCentre français d'études éthiopiennes à Addis Abeba (CFEE, UAR3137, CNRS / MEAE).), le Kenya (Institut français de recherche en Afrique à Nairobi - IFRA-Nairobi), le Nigéria (Institut français de recherche sur l’Afrique- à Ibadan - IFRA Nigéria) et l’Afrique du Sud (Institut français d’Afrique du Sud - IFAS)La SFDAS, l’IFRA-Nairobi, l’IFRA-Ibadan et l’IFAS sont des UMIFRE rattachées à l’unité Afrique au Sud du Sahara (UAR3336, CNRS / MEAE).. Ces unités viennent notamment en appui des missions archéologiques, certaines financées par le MEAE, en Éthiopie (Wakarida, Omo-Shungura, Lalibela), en Afrique du Sud (programme Bushman), en République démocratique du Congo (Lovo), au Kenya (Mission Préhistorique au Kenya - MPK présentée dans ce dossier), en Namibie (MANAM, HOM), au Nigéria (Ifé-Sungbo), au Tchad (Djourab), au Zimbabwe (MATOBART), etc. Enfin, des réseaux structurent les communautés spécialistes du monde africain, comme le GIS Études africaines en FranceLe GIS a été présenté dans la Lettre de l’InSHS n°55 : Boillley P. 2018, Le GIS « Études africaines en France » et les rencontres de Marseille, pp13-14 : https://www.inshs.cnrs.fr/sites/institut_inshs/files/download-file/lettre_infoinshs55hd-compressed.pdf., ou le GDR Rift, commun à trois instituts (INEE, InSHS, INSU), qui regroupe 43 unités et plus de 200 chercheuses et chercheurs, et qui est présenté dans le présent dossier.

Dans le domaine du patrimoine en particulier, les programmes de recherches auxquels le CNRS est associé visent à documenter, étudier et protéger les sites archéologiques majeurs, parfois en situation de conflit, comme dernièrement les églises rupestres de Lalibela en Ethiopie, ou menacées de destruction comme les mosquées du Mali (Gao, Djenné, Tombouctou) ou simplement d’abandon, comme les bibliothèques des sables de Chinguetti en MauritanieVoir à ce sujet : Bourdin S. et Démurger S. (dir.) 2021, Protéger le patrimoine culturel : l’engagement du CNRS, Lettre de l’InSHS n°71 : 22-42. . Un enjeu important est également la numérisation et la mise en ligne d’archives, comme dans le projet Naija Archives de l’IFRA-Nigéria.

Le présent dossier, qui convoque l’archéologie, la géographie, la sociologie politique, l’économie, la sociolinguistique et les approches interdisciplinaires, vise à illustrer, par des exemples précis, la diversité des programmes de recherche SHS en Afrique sub-saharienne. Les recherches sociolinguistiques sur les langues africaines du groupe Ring au Cameroun mettent en évidence le fonctionnement des écosystèmes linguistiques et l’importance du multilinguisme et des langues africaines dans l’éducation. L’étude des actions et politiques publiques, dans les États africains comme en diasporas, vise à comprendre leur impact sur les sociétés, voire pose la question de l’amélioration des politiques publiques, comme les recherches en économie sur l’alimentation en Afrique. L’étude des premiers peuplements et de l’émergence des outils chez les hominines se concentre dans la région du Grand Rift, qui est au cœur des thèmes de recherche du GDR Rift. La préservation et la valorisation des sites rupestres d’Afrique australe apparaissent non seulement comme un enjeu patrimonial, mais aussi de développement économique et culturel.

Stéphane Bourdin, DAS InSHS