Éducation : la recherche en action

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Au sein du CNRS, les recherches sur l'éducation représentent une thématique prioritaire. Pour son contrat d’objectifs et de performance 2019-2023, le CNRS a identifié les inégalités éducatives comme l’un de ses défis sociétaux interdisciplinaires. Dans la continuité, il a mis en place le réseau thématique Recherches autour des questions d’éducation, porté par CNRS Sciences humaines & sociales, CNRS Biologie et CNRS Sciences informatiques. Le contrat d’objectifs et de performance 2024-2028 intègre quant à lui l'éducation dans deux de ses défis sociétaux — « le cerveau » et « les sociétés en transition » — avec des recherches portant sur l'apprentissage et la formation tout au long de la vie, la transition numérique, les mutations du monde du travail et les inégalités éducatives. L'éducation et les inégalités éducatives sont des priorités de recherche dans lesquelles s'engagent des domaines scientifiques divers où les sciences humaines et sociales prennent toute leur place, aux côtés des sciences du vivant et des sciences de l’informatique.

Les contributions proposées dans ce dossier mettent en évidence la diversité des recherches liées à l'éducation menées dans des laboratoires de recherche rattachés à CNRS Sciences humaines & sociales, qui réunissent les sciences de l’éducation, la psychologie, les sciences cognitives, la sociologie, les sciences politiques ou encore l'anthropologie.

Camille Alban, Charles Allaigre, Grégoire Borst, Pascal Huguet et Jean-François Rouet présentent les lignes directrices du Programme prioritaire de recherche « Sciences pour l’éducation » (PPR SpÉ), inauguré le 23 juin dernier et piloté par le CNRS et l’université de Poitiers. Le PPR SpÉ soutient des recherches interdisciplinaires qui associent chercheurs, chercheuses et acteurs de terrain. L'objectif est d'améliorer les pratiques éducatives et les politiques publiques en soutenant des projets qui partent de problématiques identifiées sur le terrain et évaluent scientifiquement l’impact des solutions proposées. 

Véronique Boulenger, Jennifer Krzonowski, Alice Roy et Agnès Witko donnent un aperçu des troubles spécifiques des apprentissages qui impactent l'apprentissage de la lecture (dyslexie), de l’expression écrite (dysorthographie) et des mathématiques (dyscalculie). Elles soulignent que ces troubles spécifiques de l'apprentissage ont leur origine dans des mécanismes neurobiologiques spécifiques et non pas dans un déficit intellectuel, sensoriel, social ou éducatif.

La contribution de Jérémy Danna explore les liens entre développement cognitif et développement moteur. Des recherches en neurosciences ont mis en évidence des interactions fortes entre capacités motrices et capacités cognitives ultérieures dans les premières années de vie. Ces observations soulèvent la question de la place de la motricité dans l'éducation des jeunes enfants. 

Elena Soare et Anne Zribi-Hertz présentent le projet « Langues et Grammaire du Monde dans l'Espace Francophone » (LGMEF), un partenariat entre chercheurs en sciences du langage et professeurs de français dans des unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants (UPE2A). Le projet LGMEF rassemble des informations sur les langues de l'immigration, en particulier sur leur grammaire et leurs convergences et divergences avec le français, afin que les enseignants puissent s'en servir dans leur pratique pédagogique. Désormais, les fiches langues du projet LGMEF servent de documentation aux systèmes d'IA qui peuvent analyser les difficultés dans les productions des élèves et proposer des exercices individualisés de remédiation en français en fonction de leur langue maternelle. 

En partant du constat qu'il existe des inégalités éducatives importantes entre les Outre-mer français et la France métropolitaine, Isabelle Léglise résume les travaux du projet « Inégalités éducatives : langues et accès aux savoirs dans les Outre-mer » (ILASOM) qui a réuni des recherches interdisciplinaires en sciences du langage, mathématiques, sociologie et anthropologie. Ce projet vise à caractériser les freins à l'apprentissage que rencontrent les dispositifs scolaires face aux spécificités linguistiques et culturelles de ces territoires.

La contribution de Sébastien Goudeau synthétise un ensemble de travaux de psychologie sociale documentant, d'une part, les mécanismes qui ont pour effet de transformer des inégalités sociales en écarts scolaires et, d'autre part, les leviers dont disposent les enseignants pour neutraliser ces dynamiques.

Camille Floderer, Emily Lopez Puyol, Gaël Marsaud, Magali Nonjon et Ariane Richard-Bossez reviennent sur le déploiement de cinq Cités éducatives (CE) à Marseille. Ces dispositifs visent à améliorer la prise en charge éducative des enfants et des jeunes par une alliance renforcée des acteurs éducatifs : des parents aux associations et habitants des quartiers en passant par les services de l'État et des collectivités. L'analyse fait ressortir un nombre de verrous qui restent à lever pour inclure pleinement les publics les plus touchés par les inégalités éducatives dans les partenariats développés.

 

Patricia Cabredo Hofherr, DAS CNRS Sciences humaines & sociales